La bière dans nos assiettes

Qu’est-ce qui fait tant le succès des festivals de bières? À bien y penser, la clientèle épicurienne s’intéresse tout autant à la bière qu’aux plaisirs de la table. Le Mondial de la Bière, le Festival l’Oktoberfest de Mascouche et la Fête Bières & Saveurs de Chambly l’auront compris.

Un plat épicé pour accompagner une blanche? Du chocolat noir avec une noire? Les unions harmonieuses sont certes multiples. Tout comme pour le vin, certains festivals viennent confirmer que la gastronomie fait bon ménage avec le houblon.

Patrick Gagnon en connaît bien une chose. Le cofondateur du Festival des bières du monde de Chicoutimi est désormais propriétaire unique des Fêtes Gourmandes Internationales (FGI), une équipe qu’il avait d’abord joint pour le volet bière.

L’événement qui est déménagé à Laval en 2010 sera reproduit au Centropolis du 27 au 31 juillet, cette fois  sur un nouveau site, plus adapté. Il aura également  lieu pour une première fois au Quartier 10/30 de Brossard ainsi qu’en Outaouais. Au menu : les mixtes bières et bouffe sur quatre continents – Asie, Europe, Amérique du Sud et du  Nord – sans oublier les produits du terroir québécois.

«Le mandat cette année est d’accoupler les kiosques de bières avec ceux de la bouffe», a-t-il commenté. Par exemple, les Cons Servent, spécialistes de la caille, seront jumelés à une bière de choix pour rehausser les deux produits.

Celui qui organise aussi un festival de bières à Las Vegas dit voir poindre la tendance d’autant plus. Même les grosses brasseries semblent emboîter le pas. Rickard’s sera des trois Fêtes Gourmandes avec sa bière Dark accompagnée d’un fromage.

«Les chefs cuisinent aussi beaucoup à partir de la bière», ajoute-t-il, en citant en exemple son ami et propriétaire de la Voie Maltée, Daniel Giguère, qui fait notamment sa friture à partir de ses produits brassicoles.

Quant aux gastronomes avides de sensations fortes, les trois éditions de FGI auront à l’horaire cette année l’activité Dinner in the Sky, où 22 personnes attablées pourront avaler un repas dans les airs. La microbrasserie Saint-Arnould qui souligne son 15e anniversaire en sera d’ailleurs le fournisseur exclusif.

Une tendance universelle

La Fête Bières & Saveurs s’est bâtie sur le concept même de jumeler bière et bouffe. «De 1994 à 2000, le Festibières de Chambly offrait seulement des dégustations de bières. La Ville, souhaitant maintenir un événement similaire, a fait un appel d’offres aux organismes locaux. Dans sa proposition initiale, Bassin en Fête, l’organisme à la tête de l’événement, avait retenu et développé l’idée qu’il serait plus intéressant et viable d’offrir des dégustations de bières avec d’autres produits agroalimentaires», explique Nicole Vincelette, directrice générale de l’organisation.

Sans pour autant mélanger bières et bouffe, on s’est mis à intégrer graduellement des exposants agroalimentaires. Et depuis, plusieurs activités sont issues du concept : le Chapiteau des Saveurs, où les chefs cuisiniers font des démonstrations culinaires en incluant la bière dans leurs recettes, et la Tribune des Découvertes, où des conférenciers présentent l’art de jumeler bière et chocolat, ainsi que bière et fromage, notamment.

«La clientèle épicurienne a envie de découvertes gustatives et on a toujours embauché des experts du goût et de l’odorat pour développer ce volet», explique Marie-Josée Lefebvre, directrice générale du Mondial de la Bière, en nommant quelques ateliers alliant bières et nourriture, entre autres avec des fromages, des sushis et des produits du terroir québécois.

D’ailleurs, en vertu de l’engouement, l’événement Flaveurs, bières et caprices sera de retour, cette fois à l’intérieur même de la programmation du Mondial, qui se tiendra à la Place Bonaventure du 8 au 12 juin. L’événement, qui a été interrompu en 2009 puisque l’équipe s’affairait depuis cinq ans à organiser le Mondial à Strasbourg, reviendra avec un souper gastronomique au Hilton Bonaventure, le 10 juin. La thématique reste à déterminer…

Celle qui voyage beaucoup pour son travail est bien placée pour témoigner de la tendance, ici comme ailleurs : «Les gens veulent découvrir leur culture et il y a souvent beaucoup d’histoire derrière la bière et la bouffe». Avec plus de 500 bières d’importations privées, le Mondial est une occasion d’expérimenter un millier de mariages gustatifs.

Si dans les festivals de bières la tendance semble parfois bien installée, elle ne l’est pas toujours dans les événements gastronomiques. L’attachée de presse du volet culinaire pour le Festival Montréal en Lumières, Micheline Vallée, a à son tour informé Bières et plaisirs que l’organisation ne prévoyait pas pour l’instant ouvrir un volet bières. Comme quoi le volet vin est déjà assez prenant.