Molson réagit, enfin, avec vigueur au marché de la bière artisanale

La connaissance des consommateurs pour les bières de microbrasseries et artisanales est encore très fragile et le sera fort probablement pour longtemps. On ne peut demander à un consommateur de connaître la différence entre une bière artisanale, de microbrasserie, de brasserie industrielle, 100% pur malt mais on ne peut l’empêcher de se soucier de plus en plus de ce qu’il mange et surtout de ce qu’il boit. Les bières artisanales et de microbrasseries ont la côte et continuent de prendre de plus en plus de part de marché, au grand dam des grandes brasseries mais les consommateurs ne sont pas toujours conscients de ce qu’ils boivent réellement.
Molson-Coors vient d’annoncer la création d’une compagnie qui chapeautera tous les projets de brasseries artisanales comme la Creemore Springs. Une excellente bière brassée en Ontario et qui appartient, depuis 2005, à Molson Coors.
Alors que Molson utilise depuis longtemps sa marque Rickard’s pour attirer les consommateurs avides de nouvelles saveurs en leur proposant des produits brassés avec les mêmes méthodes que leurs grandes marques désinvoltes, elle a très peu modifié la Creemore Springs et à renforcer son réseau de distribution partout au pays. Que faut-il comprendre ? Que les consommateurs sont de moins en moins dupes et veulent du goût et que les brasseries comme Molson se doivent de se tourner vers des nouvelles stratégies qui se rapprochent plus des choix des consommateurs. « Les aptitudes et le modèle d’affaires nécessaires pour réussir à assurer la mise en place, le développement et la croissance de marques de bière de spécialité sont très différents de ceux qui se rattachent aux grandes marques comme Coors Light et Molson Canadian, explique M. Freedman, nouveau président de Six Pintes. En plus de présenter ces capacités supplémentaires, Six Pintes disposera d’atouts et de personnes déterminées à répondre aux besoins uniques des clients et des consommateurs de la catégorie des bières artisanales et de spécialité. ». Le message est clair : On va brasser de la bière comme les microbrasseries mais avec un réseau de distribution qu’aucune ne pourra égaler. Voila toute la force de Molson et un retour aux sources pour une des plus anciennes brasseries du pays.
Je ne cesse de le dire, les grandes brasseries se doivent de changer de stratégie afin de rester compétitive et il semble que Molson-Coors ait compris. Molson et Labatt ne sont plus des brasseurs mais des vendeurs de bières; la nuance est aussi importante que les objectifs de bénéfices.
Et Labatt ?
Labatt avait essayé il y a quelques années d’offrir des produits proches de ce qu’offrent les microbrasseries du Québec avec la marque Saint-Urbain. Un plantage monumental car toute la stratégie était basée sur un manque de transparence : Trompons le consommateur en brassant des bières aux allures artisanales. Je me souviens d’avoir personnellement appelé le numéro du service à la clientèle sur la bouteille et demandé si « Les Produits Oland » et « Saint-Urbain » sont des marques de Labatt. On m’avait assuré que non… Le produit n’a jamais réussi à être commercialisé comme prévu et a disparu très rapidement.
Soulignons cependant que Labatt fait partie du plus grand groupe mondial et importe la Stella-Artois, la Leffe, La Hoegaarden. Des bières qui permettent d’offrir des marges de vente non négligeables.
On peut donc s’attendre a une mini révolution dans le monde de la bière qui commencera d’abord dans les provinces du ROC (Rest of Canada) avant d’arriver au Québec. Nous sommes d’étranges consommateurs qu’il faut étudier avant de convaincre.