Loup rouge, sa meute de loups

Jan-Phillippe Barbeau a peut-être ouvert sa brasserie le Loup rouge il y a seulement 5 ans, mais depuis belle lurette il est connu dans le paysage brassicole québécois. Il a longtemps brassé à la maison des recettes qui lui ont valu des honneurs et qui lui ont permis de faire son nom dans le milieu. Il a également publié des articles et son propre site Internet sur la bière. Si Jan-Philippe est respecté et apprécié de tous dans l’industrie, c’est sans doute en raison de son enthousiasme et de sa personnalité chaleureuse. Pas étonnant qu’il se soit lié d’amitié avec pratiquement tous les brasseurs de l’industrie.

Né à Alma, Jan-Philippe est parti s’installer dans le bout de St-Hyacinthe pour faire la connaissance de son père biologique qui habitait la région. Ce dernier fréquentait le Bilboquet, un bistro du coin qui se démarquait par sa grande variété de bières de microbrasseries. Jan-Philippe s’est lui aussi mis à côtoyer les habitués de la brasserie et est ainsi devenu ami avec le brasseur de l’époque, Jean-Sébastien Bernier qui a depuis mis sur pied À l’abri de la tempête.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

À un certain moment à la fin des années 90, Jean-Sébastien a dû s’absenter pour aller faire un stage à la brasserie Aux 4 Temps pour parfaire ses connaissances des procédés de brassage industriel. Comme personne ne pouvait le remplacer, c’est moi qui ai pris le relai pendant cette période. Ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses au niveau de l’équipement utilisé pour brasser; le tout a duré environ 6 mois. Après, j’ai commencé à brasser à la maison jusqu’en 2005, j’ai participé à des projets et événements, notamment des concours avec Biéropholie et j’ai aussi fait plusieurs visites de brasserie.

La première bière que vous avez brassée ?

La première est une version initiale de la Sainte-Barbe que j’ai brassée au début des années 2000 et qui a par la suite été développée par Jean-Sébastien au Bilboquet. Il s’agit d’une bière à l’épeautre et au blé noir biologique.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

C’est probablement la McKroken Flower, la plus connue que j’ai brassée et également l’une des premières, je venais de commencer à brasser.  Je voulais faire une Scotch Ale, mais avec du miel de fleur sauvage pour créer un effet de caramel brûlé… Disons que le tout a plutôt fonctionné puisque la bière a remporté plusieurs médailles dont l’édition 2004 du concours X de mille de Biéropholie. Ce fut probablement la première Scotch Ale québécoise et elle a été très réputée.

Je suis également très fier de ma Chapeau Noir, un Sweet Stout au lactose et à l’avoine, tout comme ma blonde dont j’ai écrit la recette dans un bar de Sorel en dégustant une Labatt 50… Ce n’est pas si facile de créer une blonde à la fois goûteuse et facile à boire.

Votre style de bière préféré ? [À boire et à brasser]

À boire, c’est probablement une Pale Ale anglaise, les bières de session me font triper, car se sont des bières très goûteuses et faciles à boire, c’est fait pour être bu en bonne quantité et ça permet tout de même passer une belle soirée. Au fond, c’est une bière de soif, mais qui reste plaisante à déguster, c’est vraiment un bel équilibre. À brasser maintenant… Pour moi, le style importe peu. Je n’aime pas faire des bières qui ne goûtent pratiquement rien, mais le reste, c’est toujours plaisant. J’aime particulièrement les collaborations avec d’autres brasseurs, ça donne toujours de bons moments et ça nous permet de nous amuser.

Votre ingrédient préféré ou fétiche ?

Le miel de fleur sauvage Richard Paradis et fils… C’est le miel utilisé dans la McKroken Flower et si on en utilise un autre, ça ne donne simplement pas le même résultat. Il y a aussi le houblon américain Mount Hood fait pour les Lager, mais que j’aime bien utiliser pour mes Ales. Il est légèrement épicé et très goûteux.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

Hopfenstark, Fred [le brasseur] est devenu un grand ami au fil du temps et quelqu’un avec qui je m’entends très bien. Le Trou du Diable aussi, ils sont également de bons amis… Ce sont des brasseries que j’apprécie beaucoup pour les personnes qui y travaillent et qui s’y investissent.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

La St-Ambroise Pale Ale de McAuslan, c’est une bière de base qui se trouve partout, elle est parfaite et très bonne. C’est probablement celle qui démontre le plus la raison pour laquelle je brasse. C’est sûr qu’il y en a plusieurs que j’aurais aimé brasser… Je me rappellerai toujours la fois où Peter McAuslan est venu au Loup rouge; il a goûté ma Pale Ale et m’a dit qu’elle lui plaisait bien, j’étais très content.

Vos impressions sur la bière au Québec…

C’est vraiment un beau milieu. La compétence des brasseurs est reconnue à travers le monde et je suis très fier de faire partie de cette gang-là. On organise des voyages ensemble et en goûtant ce qui se fait ailleurs, on réalise qu’on est chanceux ici et que l’industrie s’est développée très rapidement depuis 1986, c’est assez étonnant. C’est vraiment le meilleur métier du monde!

Qu’est-ce que ça prend pour créer un style québécois?

Je ne pense pas vraiment qu’un style québécois puisse exister… Au Québec, on est reconnu pour notre diversité et c’est bien ainsi, c’est ce qui nous démarque. Même avec des ingrédients 100% québécois, pour moi, ce ne fait pas un style québécois; je brasse avec des ingrédients de partout et ça ne fait pas de mois un brasseur du monde… De toute façon, on n’a pas besoin d’un style, on a la camaraderie!

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

On aura bientôt des barils de chênes pour faire du vieillissement spécial en bouteille. On a aussi plein de nouvelles recettes et une série mono-houblon qui s’en viennent prochainement. Nos bouteilles sont vendues sur place, mais on travaille à l’occasion avec d’autres brasseries pour les faire voyager un peu.

Mot de la fin… Diantre!