Les festivals de bière au Québec, une tendance à finir ?

Des festivaliers et une ardoise au soleil couchant au Bières et Saveurs de Chambly
Photo | Annie Rousseau

Photo | Annie Rousseau

Que non! Nouvelle micro par ci, nouveau festival par là… déguster l’éventail de bières d’ici dans des événements près de chez vous n’aura jamais été aussi probable! Histoire de prendre le pouls sur le phénomène, Bières et plaisirs a sondé quelques intervenants sur la tendance toujours florissante des festivals de bière au Québec.

Interpelé sur le sujet, le directeur général de La Barberie, Bruno Blais, admet que bien que certains événements devraient renouveler leur formule, nous n’en sommes pas à une saturation des festivals, pas plus que des microbrasseries. Il nuance cependant que chacune des microbrasseries s’identifiera à quelques festivals seulement, ce qui mènera peut-être un jour à un phénomène «d’événements de bières régionales».

Par «certains événements», il cible ceux qui recourent encore à la formule des coupons 50/50. «Il est temps que les microbrasseries québécoises puissent tirer profit de ces événements qui exigent beaucoup d’énergie de notre personnel, admet le dirigeant de la microbrasserie qui s’est pointée pour la première fois dans un festival de bière, à Chambly, en 1997. Je crois, et je ne suis pas le seul que cette formule ne convient plus… Certains événements ayant soutenu notre industrie au tout début étaient en droit de demander un partage des risques à l’époque. Toutefois, l’engouement grandissant des bières de dégustation au Québec, en plus de la multiplication des festivals qui ne demandent pas le 50/50 portent à croire que les microbrasseries devraient enfin bénéficier d’un profit financier et non pas seulement de l’aspect promotionnel de ceux-ci…»

Cette année seulement, La Barberie aura participé à une dizaine d’événements de la sorte. Et de ce nombre, très peu se sont révélés rentables, indique-t-il, en ajoutant qu’il serait également temps que l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) organise un festival pour ses membres. «Un festival où les profits seraient directement réinjectés dans l’industrie.»

Une tradition née à Chambly

Avec les années, Sleeman Unibroue aussi a participé à plusieurs festivals, explique la directrice de marques Josiane Beaupré, qui considère que le contact avec les consommateurs est important pour eux. Cette année, par exemple, la brasserie était présente au Mondial de la bière, au Festibière de Québec, ainsi qu’à la Fête Bières et Saveurs de Chambly, un événement initié à l’origine par André Dion, le fondateur d’Unibroue.

«En effet, l’intérêt pour la bière et tout ce qui en découle (art de la dégustation, food pairing, et autres) s’observe bien sur le marché. Or, bien qu’il y ait de la place pour plusieurs festivals, les brasseurs peuvent-ils participer à tous ces événements? Temps, staff, investissement, pertinence selon le marché/distribution… voilà qui soulève plusieurs questions.»

Les amateurs sont avides de découvrir de nouveaux produits, poursuit-elle, des bières qu’ils ne retrouvent pas facilement sur les tablettes. «Ce n’est donc pas tant le contenant que le contenu qu’il faut regarder… Par exemple, l’accès aux bières importées et américaines normalement non disponibles au Québec pourrait attirer une clientèle d’amateurs dont tous les brasseurs pourraient bénéficier durant les festivals», avance-t-elle. Selon elle, l’attrait grandissant pour les produits brassicoles artisanaux et les festivals qui les mettent en vedette suit l’engouement qu’ont suscité plusieurs autres produits de dégustations québécois tels que le fromage, le cidre, le vin et le chocolat ces dernières années.

Les Brasseurs du Nord aussi ont tenu leur tout premier kiosque à Chambly. Avec les années, ceux qui brassent toujours six produits étiquetés Boréale ont dû limiter leur participation à cinq festivals annuellement. Parmi les intervenants sondés dans le cadre du présent article, ils sont les seuls à avoir répondu «oui» à la question à savoir si on commençait à être saturés, au Québec, en termes de nombre de festivals de bière. La directrice communication et marketing, Stéphanie Robitaille, explique qu’il y en a beaucoup et qu’en tant qu’exposant, il a fallu faire des choix. «Nous ne pouvons pas tous les faire, alors certains évènements en souffrent plus que d’autres étant donné qu’il y a moins d’exposants et donc, ça devient moins intéressant pour le consommateur…» Mais, elle est toutefois en faveur de nouveaux concepts. «La bière se marie avec beaucoup plus de trucs que les frites, les hot dogs, le kangourou ou la musique bavaroise! À quand un festival de bière urbain, branché, électro ou encore culturel?»

Avec l’accès à l’information et la mondialisation des marchés, le domaine alimentaire connait une véritable explosion, continue-t-elle. Les gens veulent bien manger, autant pour leur santé que leurs papilles. L’accès aux ingrédients autrefois rares et l’accès aux recettes fait en sorte que bien cuisiner est à la portée de tous. Les émissions de cuisines abondent sur nos ondes pendant que les accords mets et vins et mets et bières gagnent aussi en popularité. Et l’explosion des bières de microbrasseries au Québec suit cette tendance…

«Les gens veulent expérimenter différents goûts, arômes et textures et comme ils sont plus informés, ils s’intéressent à l’art brassicole et désirent découvrir. En plus, grâce à des campagnes comme Fromages d’ici et Aliments du Québec, jumelées à une conscience écologique grandissante, on note un engouement pour les produits locaux.»

 

D’autres festivals à venir ?

Mario D’Eer, biérologue bien connu qui préside des événements de bières plus souvent qu’à son tour, considère aussi qu’il y a beaucoup de place pour ces festivals au Québec. Surtout pour les festivals en plein air… «Les micros brassent de plus en plus des bières saisonnières et une foule de nouveautés toujours plaisantes à découvrir. Auparavant, les festivals servaient à faire connaître la brasserie, tandis que le budget d’inscription faisait partie du compte promotionnel. Or, on constate aujourd’hui d’autant plus qu’il s’agit d’une source de revenus avec profit. Assez que certaines microbrasseries possèdent désormais une équipe de tournée», d’admettre celui qui constate aussi que la présence d’un festival de bière s’agit d’un impératif pour plusieurs villes ou villages.

Et lui aussi est ouvert à essayer de nouveaux concepts… «Les formules des États-Unis sont plutôt limitées, tandis que les modèles européens sont trop près des beuveries… J’ai insisté pour adopter une formule familiale avec le Festibière de Chambly depuis 1995, j’ai poussé le concept un peu plus loin avec le Festibière de Gatineau et l’Oktoberfest des Québécois… C’est définitivement une dimension que je vais développer un peu plus, explique celui qui préfère, pour l’instant, rester avare de commentaires. Et au niveau de l’animation, il y a beaucoup de place pour innover. Mais, encore une fois, je préfère rester discret avec les idées que je suis en train de développer… Je peux seulement vous assurer que ça pétille d’originalité!»

À Sherbrooke, les organisateurs du Festibière lanceront le tout premier festival de bière en Estrie, du 24 au 26 août 2012. «Sherbrooke est une ville de choix pour tenir un tel événement, son emplacement géographique et son charme naturel attire déjà et heureusement, personne n’avait encore agi», admet Yannick Cleary, qui se lance dans cette nouvelle aventure «par pur plaisir» avec David Vallée. Bières, vins, spectacles, jeux, produits du terroir alimentaire diversifiés… a priori, avec une offre qui répondra à tous les désirs de la famille, le Festibière de Sherbrooke ne révolutionnera pas le concept du festival de bière. «Notre priorité est d’organiser un événement de qualité, admet l’organisateur qui s’y prend un an d’avance sous prétexte de vouloir offrir un petit plus que les autres n’offrent pas. Nous sommes présentement en discussion et rien n’est confirmé, mais nous travaillons fort pour offrir de belles surprises aux visiteurs.» Un autre rendez-vous pour l’an prochain…