Êtes-vous concentré ?

La plupart d’entre vous ont bien sûr vu le vieux classique Retour vers le futur avec Micheal J. Fox où on le voit faire un retour dans le passé. Eh bien, c’est ce que j’ai fait moi aussi chers lecteurs. Bien que cela fait des années que je ne brasse que tout grain, j’ai fait un retour dans mon lourd passé de brasseur et je suis retourné, pour vous, vers les concentrés.

Donc pour vous, nous avons testé — c’est-à-dire brassé, fermenté, et bu — trois bières venant de concentrés. Notre choix s’est arrêté sur trois compagnies différentes, mais qui offraient toutes des bières de type Ales blondes, soit les compagnies Baron, Coopers et Muntons.

Le processus

Tous les concentrés ont été brassés de la même façon. Chaque concentré a été bouilli 30 minutes et s’est vu ajouter un kilo de dextrose. Par la suite, chacun a été refroidi et a été inoculé avec la levure fournie par la compagnie, soit de la levure lyophilisée d’une fraicheur et qualité douteuse.

Certains me diront : «Ben, voyons mon homme! Pourquoissé que t’as pris c’te levure là si tu penses qu’est douteuse?». Nous avons simplement choisi de prendre la levure fournie avec les kits, car c’est elle qui est le plus souvent disponible pour la plupart des consommateurs. De plus, nous voulions vraiment savoir ce que ces levures procuraient comme profil gustatif. Si vous le voulez bien, nous y reviendrons plus tard.

L’expérience

Je dis toujours que peu importe à quel moment du processus de fabrication nous goûtons, nous n’aurons le verdict final que lorsque nous aurons la bière dans nos verres. Pour vous, nous avons donc goûté aux trois produits. Voici comment nous avons procédé : chacune des bières a été dégustée à l’aveugle par cinq personnes s’intéressant principalement à trois aspects, soit l’apparence (aux yeux), les arômes (au nez) et le goût (en bouche) avec, bien sûr, tout ce que cela comporte. En voici les résultats :

La première bière dégustée est celle de Baron

– Aux yeux

Elle est cuivrée orangée, coiffée d’une mousse mince et légèrement fugace. Les bulles sont tantôt régulières, tantôt timides et grosses.

– Au nez

Elle est légèrement caramel, voire madérisée. On peut aussi subtilement sentir un peu l’alcool.

– En bouche

Elle est peu amère, sucrée et sèche. L’amertume coupe très court.

La deuxième bière du lot est celle de Coopers

– Aux yeux

même chose que la Baron, soit cuivrée, orangée, mais légèrement moins voilée. La tenue de mousse est correcte et elle offre une belle gazéification.

– Au nez

Elle est sucrée, caramélisée, et un peu noisette.

– En bouche

Elle est sèche et un peu sucrée. L’amertume est plus prononcée et plus longue que la Baron. Elle est un peu astringente et oxydée, ou si vous préférez, elle a un goût de métal, comme si celui-ci venait de la canne…

La troisième et dernière bière, celle de Muntons

– Aux yeux

Elle est plus claire que les deux premières et la mousse tient un peu mieux que pour les deux autres. Les bulles sont régulières, mais pas très fines.

– Au nez

Elle est très timide. Rien ne transpire vraiment du verre.

– En bouche

Elle est un peu aqueuse, très peu maltée et métallique. Bref, c’est la moins agréable des trois.

Le verdict final 

Pour conclure ce test, tous sont d’accord pour dire que la meilleure des trois est sans contredit celle de Baron. Il ne faut pas oublier que cette dernière est vendue dans un viniez, ce qui lui donne un goût moins métallique, et qui fait aussi en sorte que l’on y retrouve une plus grande quantité de moût. En bref, ce que nous pouvons dire sur ces trois concentrés, c’est qu’ils devaient tous être des bières de type Ale très «blondasses» et qu’elles se sont avérées assez similaires : aux yeux, cuivrées orangées, mousse fugace, bulles légèrement grosses; au nez, somme toute assez timides; et en bouche, très peu intéressantes et métalliques.

Le mot de la fin

Il est malgré tout possible de faire de la bonne bière avec des concentrés. Certains y arrivent même merveilleusement bien. Selon moi, le truc est de ne pas suivre la recette sur l’emballage et de privilégier l’utilisation d’une levure liquide. Vous pouvez aussi y ajouter vos houblons préférés et même d’autres grains de spécialité. Cette technique s’appelle alors le «Partial Mash».

Toutefois, si vous ne vous sentez pas prêt à faire le grand saut dans le tout grain, sachez qu’il existe des milliers de recettes sur le Web pour faire un clone de votre bière préférée, ou simplement pour vous amuser. Le concentré demeure, comme je l’ai mentionné auparavant, une école. J’ai fait des bonnes bières avec des kits et j’ai aussi fait des trucs imbuvables. Et cela peut aussi se produire avec le tout grain… Le concentré est également une façon de faire moins coûteuse puisqu’elle requiert moins d’équipement.

En terminant, n’oubliez pas de vous amuser et surtout d’oser. C’est souvent les folles idées qui mènent à des trucs fantastiques. Si Steve Jobs avait pour leitmotiv «Stay foolish, stay hungry», moi je vous dirais plutôt «Stay foolish, stay thirsty»!