Accords B&M #1: Les musiques jamaïcaines – Partie I : Ska, Rocksteady.

Au début des années 1950, les citoyens jamaïcains sont majoritairement originaires d’Afrique. La vie est inégalitaire, les noirs n’ont pas le droit de vote et seuls les blancs originaires majoritairement du Royaume-Uni ont la vie facile.

Les seules ondes américaines qui parviennent à être captées sont celles de Wins (Miami) qui diffuse du rhythm & blues et du jazz. A cette époque, les jazzmen américains représentent alors l’espoir face à l’oppression. Les jamaïcains s’essayent à les imiter sur leurs bases rythmiques locales (calypso, merengue…) mêlées au rock & roll et au boogie-woogie. Cela donne naissance à un nouveau vent de liberté, appelé ska.

Le rythme à la batterie est sur une base de 4 temps avec des temps forts sur le 2 et 4 comme si  vous répétiez inlassablement « Boots – Cats », accompagné d’une basse chaloupée, la « Walking bass ». Cette base basse/batterie reste en arrière plan, ce qui pourrait être assimilé à un léger goût de malt en fond. La guitare et le piano sont des métronomes, les accords aigus plaqués « skank » sur chaque contre-temps tranchent sur la basse/batterie, ils amènent une sensation d’amertume qui revient sans cesse à chaque gorgée et surtout un rythme soutenu qui laisse croire que la diffusion de l’alcool doit se faire rapidement pour continuer à danser, entre 4% et 6% vol d’alcool. Enfin les thèmes des cuivres complexes selon la section (trompette, trombone, saxophone…) apportent les arômes de houblons aussi complexes que différents.

Tout cet ensemble peut faire penser aux « English pale ales » et par exemple en cask où les arômes de houblons sont multiples et développés.

Le rocksteady, quant à lui, est un dérivé du ska. Gardant la même construction musicale mais diffère du ska par une rythmique binaire et un tempo plus lent. Sûrement dû à la vague de chaleur qui s’est abattue au milieu des années 60 et fit jouer les musiciens plus lentement, ou aux personnes plus âgées qui souhaitaient du ska plus lent pour pouvoir danser. La soul américaine permit d’influencer le rocksteady sur des thèmes comme l’amour ou la misère, quitte même à le considérer comme la soul jamaïcaine.

On remarque que la basse s’est avancée pour donner une impression de support sur lequel piano et guitare sont à la fois rythmiques et mélodiques. Souvent le piano accompagne la basse, l’orgue joue le thème et accompagne les voix et harmonies. Quant à la guitare, elle tranche sur chaque contre-temps. En revanche si le piano est rythmique alors la guitare appuie le thème des voix et harmonise en jouant en cocotte « tac tac tac ».

Ce style de musique est donc un peu plus lent, ce qui peut permettre d’avoir un peu plus de volume d’alcool, de 6% à 8% par exemple. Les graves sont plus appuyés et les aigus sont présents par l’intermédiaire du piano/guitare/voix. Les cuivres sont quasi inexistants. Cela peut être assimilé à une bière avec des arômes de malt voire de caramel sans trop de rondeur, contrebalancée par l’amertume et limitée en arôme de houblons.

Ces caractéristiques peuvent évoquer les bières de garde françaises (dans le Nord par exemple) ou les « Bocks » chez lesquelles plus les arômes de malt/caramel sont présents, plus l’amertume les équilibre.

En attendant, la partie II je vous ai préparé 2 playlists pour chaque style de bière et de musique. Amusez vous à les tester et n’hésitez pas à donner votre avis.

Playlist Ska : English Pale Ale & Cask

The Skatalites – Nelson’s song

Rico Rodriguez – Confucious

NY Ska Jazz Ensemble – Mouse

The Skatalites – After the rain

The Upsetters – The return of Django

Western Special – Road to the roots

Yellow Umbrella – It’s so easy

The Skatalites – Freedom sounds

Playlist Rockstaedy : Bières de garde & Bocks

Ken Boothe – I can’t stand it

Alton Elis – Artibella

The Technique – Queen Majesty

The Paragons – Happy go lucky girl

The Slickers – DIP DIP

The Jamaicans – Peace & love

The Paragons – Only a smile

Bonne écoute et bonnes dégustations !