Une émission de bière – Enfin… mais…

Comme plusieurs autres amateurs de bières québécoises, j’ai regardé avec beaucoup d’enthousiasme la première émission de « Ça va brasser » à V télé ce samedi à 17h30. Pour ceux qui ont raté la première, la rediffusion sera disponible sur le site Web de l’émission (elle ne l’était pas au moment d’écrire ces lignes). Les prochains épisodes seront diffusés dans le même créneau horaire, le samedi à 17h30, et mettront en vedette 12 autres brasseurs.

Enfin une émission de télévision grand public sur la bière et les artisans du Québec. L’idée de départ est excellente et Caroline Leclerc, animatrice de l’émission et également conceptrice, peut être fière de son projet : elle ouvre la porte aux futures émissions qui n’hésiteront pas à mettre la bière et les artisans d’ici à l’avant-plan. Le projet « Ça va brasser » a réussi sa mission première : parler de bières artisanales. Et si l’on suit la tendance, il y en aura forcément d’autres.

Mais ce premier épisode de « Ça va brasser » pourrait en avoir laissé certains sur leur faim. On pourrait s’attendre à ce que la plupart des téléspectateurs qui syntonisent V télé à l’heure du souper n’aient pas une connaissance approfondie des microbrasseries présentées. Il serait d’ailleurs dommage que l’auditoire réel ne soit que des amateurs de bières et non du « grand public » à conquérir. Pourtant, on a eu le sentiment que cet épisode s’adressait aux biéorophiles principalement.

Une émission de 20 minutes, c’est court. Et on se perd un peu dans le fil des événements. Les téléspectateurs non avertis auraient peut-être apprécié un peu plus de contexte On peut en effet supposer que la plupart d’entre eux ne sont pas allés voir la description disponible sur le site Web de l’émission avant de prendre place devant leur téléviseur samedi dernier.

Dès le début, on nous présente très rapidement la brasserie Dieu du Ciel! et on nous plonge dans le vif du sujet : une entrevue avec Jean-François Gravel et son passé de brasseur maison, fort intéressante d’ailleurs. À peine le temps d’apprécier l’échange entre l’animatrice et le brasseur qu’on se retrouve à plus de 15 mètres de hauteur pour parler de sa passion : l’escalade. Avec ces changements aussi rapides qu’imprévisibles, il est difficile de cerner le ton de l’émission : est-ce qu’on parle de bière ou du brasseur? Il y a très peu de contexte.

De retour de la pause, on est en présence de tous les invités de la saison pour parler d’une bière brassée conjointement et dont on suivra le déroulement tout au long de la saison, une excellente idée. Puis, l’animatrice souhaite un bon anniversaire à Mario. Mais qui est Mario (d’Eer)? Si vous êtes biérophiles, Mario se passe de présentation. Mais si vous ne connaissez pas le monde de la bière au Québec, on ne sait toujours pas qui est Mario! Une présentation timide est proposée dans le dernier segment de l’émission qui porte sur les accords bières et mets. Dommage… puisque Mario occupe une place importante dans le concept de l’émission et sera présent pour les 12 autres épisodes à venir.

Présenter des mariages bières et mets est une excellente idée puisque le concept est considéré comme une tendance à suivre par plusieurs critiques influents en gastronomie. Mais encore une fois, aucun contexte ou mise en situation. On aurait apprécié une mini entrevue avec Mario d’Eer pour expliquer les fondements des mariages bières et mets. Cela aurait permis de mieux apprécier ses commentaires par la suite qui, malheureusement, se noyaient dans le nuage d’informations qu’on proposait au téléspectateur. Les propos des intervenants étaient difficiles à percevoir dans ce dernier segment, tourné dans le va-et-vient d’un restaurant branché de Montréal. Lorsque l’on connaît le brouhaha typique du milieu de la restauration, cela se comprend. On espère que ce sera moins chaotique dans les épisodes à venir…

Un bilan très positif

Malgré ces remarques, le bilan global de l’émission est très positif. Je ne pourrais passer à côté de mes coups de cœur. Tout d’abord, je lève mon verre à Caroline Leclerc qui a réussi, avec détermination et volonté, à réaliser son rêve : animer une émission de télévision sur les bières de microbrasserie. Si chaque animateur (-trice) connaissait son sujet aussi bien que Caroline, les émissions seraient bien plus intéressantes. Je félicite Laura Urtnowski (présidente de l’Association des Microbrasseries du Québec, l’un des commanditaires du projet) pour sa capsule sur l’explication des bières de microbrasseries et de la philosophie qui s’y rattache. Un message percutant, rapide, concis et surtout pertinent.

Et surtout, je souhaite longue vie à la bière en tant que vedette de la télévision!