Blackheart de Three Floyds Brewing Co.

Ce soir, motivé par ma crainte de la perdre au vieillissement, je me suis ouvert une Blackheart de la brasserie Three Floyds Brewing Co., de l’Indiana.

Une grande première pour moi ce soir; une IPA de style anglaise, mais vieillie sur des copeaux de chêne rôtis. J’imagine qu’on a fait rôtir les copeaux pour simuler l’intérieur d’un baril de bourbon.

Cette IPA anglaise, c’est du gros n’importe quoi. Non seulement que le vieillissement sur copeaux de bois rôtis est anormal, mais le tirage à 8 % d’alc./vol. en plus d’un houblonnage féroce à basses acides alpha (typique de la brasserie) donnent un résultat qui ferait retrousser les jupons de notre chère souveraine.

Faut pas être surpris, parce que la brasserie Three Floyds a tendance à lever le doigt d’honneur à toutes restrictions et conventions imposé par les définitions de style. Pas que c’est mauvais… après tout, en dépassant les limites du raisonnable, la brasserie nous offre de grandes bières hors-norme comme la Gumballhead (une blanche houblonnée à froid), la Dark Lord (une impériale stout qui bloque les artères), et la Alpha King (avec laquelle j’ai ruiné ma langue à maintes reprises).

La Blackheart tombe dans le verre sans trop mousser, avec lourdeur. Malgré un repos long à la verticale, elle est quand même opaque, aux teintes d’un jus de papaye.

Le nez présage une acidité d’un mélange de pamplemousse et de sapin (!) mais dégage en même temps des arômes de papaye, d’ananas. Tout ça, avec une petite note de chêne dans le fond, mélangé avec un biscuit à l’avoine. Un toast de pain de seigle à la marmelade avec un verre de Five Alive! N’importe quoi!

En bouche, la carbonatation active nous envoie une amertume tranchante et fruitée. Le pamplemousse ressort vraiment, rehaussé de citron, se terminant avec une astringence de chêne.

À part la couleur, je ne vois pas ce que rôtir le chêne a bien pu lui conférer. Une petite touche vanillée est rapidement dominée par le caractère citrique, et l’amertume monopolise la langue. Ce n’est qu’en rétro-olfaction qu’on apprécie les esters de fruit qui la rendent intéressante.

En tout cas, elle cache très bien son alcool. Ca ressemble plus à un cocktail d’été – un mimosa – qu’à une bière.

Je ne sais pas trop quoi vous dire, à part que l’expérience en vaut largement la peine. Unique en son genre, ça y’a pas de doute!