Les brasseurs québécois brillent autour du monde

Les microbrasseurs québécois font de plus en plus parler d’eux à l’étranger. Grâce, évidemment, au boum brassicole que vit le Québec depuis quelques années et à la multiplication des festivals qui mettent en lumière des produits de qualité. Mais, d’autres efforts sont aussi gages de succès : la mission technique et commerciale de l’Association des microbrasseurs du Québec (AMBQ) qui s’est tenue en Belgique au début avril, par exemple. Et qui sait, elle est sans doute la première  initiative d’une longue liste à venir…

En vérité, ce n’est pas d’hier que la bière d’ici est sur la mappemonde. À ce titre, on peut remercier Unibroue, qui trace le chemin du succès depuis 20 ans. Encore aujourd’hui, la brasserie rafle des prix à l’international avec sa doyenne, la Blanche de Chambly, sacrée meilleure blanche de blé épicée au monde au dernier World Beer Awards (WBA) de Londres.

Unibroue aura participé à plusieurs concours à l’étranger. Elle a d’ailleurs fidélisé sa participation auprès du World Beer Cup, du World Beer Championship et du Concours MBière Greg Noonan tenu chaque année au Mondial de la bière de Montréal. Une participation au Denver International Beer Competition, au Los Angeles International Commercial Beer Competition et au Australian International Beer Awards fait également partie du curriculum de la brasserie de Chambly.

Plutôt que de sortir 15 produits par année, Unibroue consolide ses classiques, précise Patricia Gagnon, directrice de marques pour Sleeman-Unibroue. On pense à la Fin du monde et à La Maudite, entre autres classiques dont on ne se lasse pas. «On prend notre temps, c’est notre marque de commerce. On rebrasse tant qu’on n’est pas satisfait, explique-t-elle. C’est notre façon à nous d’innover. Et comme la diversité donne lieu à une économie plus saine, notre sommelier en bière, Sylvain Bouchard, aime apporter des produits d’autres microbrasseries à faire découvrir sur les plateaux des émissions auxquelles il est invité», poursuit-elle.

Une autre stratégie marketing propre à Unibroue, c’est de sortir des produits des boules à mites. D’ailleurs, après le retour de la 1837 et de L’Eau bénite, cette année on ressuscite La Gaillarde pour compléter le portefeuille.

Un saut au pays de la bière

Le président de la MicroBrasserie Charlevoix, Frédérick Tremblay, était des huit représentants de microbrasseries qui se sont envolés pour la Belgique à l’occasion de la mission technique et commerciale initiée par l’AMBQ, en partenariat avec la Déléguation générale du Québec à Bruxelles (DGBQ), le ministère de Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). La mission, couplée à une participation au 10th International Trends in Brewing à Gand, s’est révélée être une expérience enrichissante pour les microbrasseries participantes, assure-t-il.

«C’est la première fois que l’AMBQ organise une délégation de concert avec le MDEIE et le MAPAQ et c’est une expérience à répéter», admet-il, satisfait de son séjour. Grâce au maillage et aux partenariats établis dans le cadre de ladite mission, le programme chargé, mais complet aura permis aux microbrasseries d’innover, d’ajouter de la valeur à leurs produits, de s’inspirer et d’asseoir solidement leur croissance et leur prospérité. Et l’expérience aura certainement porté fruit du côté des microbrasseurs belges.

Frédérick Tremblay et ses acolytes québécois garderont un très bon souvenir de leur soirée passée chez le délégué général, où ils ont rencontré fournisseurs et tenanciers, dont ceux du Delirium Café, reconnu pour son offre généreuse de bières – la plus grande au monde en fait – et du célèbre Chez Moeder Lambic, surtout renommé pour faire la promotion des produits des artisanaux et émergents. Il semblerait d’ailleurs qu’ils aient été très impressionnés par la Vache Folle Milk Stout… assez qu’ils veulent la faire découvrir à leur clientèle. La Dominus Vobiscum Brut aurait également retenu l’attention.

En plus de la MicroBrasserie Charlevoix, les microbrasseurs québécois La Barberie, Les Brasseurs du Temps, Le Naufrageur, La Voie Maltée – Microbrasserie du Saguenay, La Chouape, la Microbrasserie du Lac Saint-Jean et Pit Caribou ont traversé l’Atlantique afin de favoriser les échanges de savoir-faire entre le Québec et la Belgique et, ultimement, nouer des partenariats avec des sociétés belges.

De son côté, La Voie Maltée peine à fournir ses amateurs de bières au Québec tellement la demande est là, avoue Daniel Giguère, l’un des quatre copropriétaires. Avant de se tromper de concours en s’inscrivant au WBA plutôt qu’au WBC il y a deux ans, La Voie Maltée n’avait jamais sorti ses produits pour des concours hors du pays.

«Les microbrasseurs me disaient : voyons donc, le WBA c’est bien trop gros, vous n’avez pas de chances! Or, cette année-là, on a remporté le premier prix avec La Criminelle dans la catégorie “America’s Best Strong Stout”. En 2011, ce fut au tour de la bière de saison d’inspiration belge La Graincheuse de remporter la palme dans la catégorie “Best Pale Ale”. Ça a changé beaucoup de choses; on a reçu des appels de la France et de l’Angleterre, mais on ne brasse toujours pas pour l’extérieur», ajoute celui qui qualifie l’expérience comme étant un mal pour un bien.

«Comme on a les deux pieds dedans, on va continuer à s’inscrire au concours.» Pour l’édition 2012, des produits de niche de La Voie Maltée ont pris la route en direction de Chicago. Les propriétaires s’attendent à être informés de la suite des choses d’ici septembre. «Cela nous aura donné le coup de pied afin de réinvestir pour éventuellement ouvrir une plus grosse brasserie à Saguenay, laquelle servira à produire de la bière en cannette pour le marché extérieur», termine-t-il. Mais, une chose à la fois… les copropriétaires attendront que leur nouvelle microbrasserie de Québec soit ouverte et le personnel bien rodé avant de s’aventurer dans un autre gros projet. Pas avant un an, donc.

Autre écho d’un grand de ce monde

Bières et plaisirs a également contacté la société belge Vinopres pour connaître sa vision de notre industrie brassicole. En plus d’organiser le Concours Mondial de Bruxelles depuis 20 ans, Vinopres organisera le premier Brussels Beer Challenge (BBC), une nouvelle compétition internationale de dégustation de bières qui se déroulera du 2 au 4 novembre prochains.

De nos jours, on observe un retour vers les microbrasseries, explique d’abord Estelle Cartiaux, responsable des communications. Maintenant, à savoir si les bières nord-américaines ont la cote en Belgique, force est d’admettre que la nouvelle génération de professionnels qui y reconnaît un intérêt professionnel est très curieuse de découvrir les bières de chez nous.

«Bien que le grand public belge ait été formaté par InBev durant de nombreuses années, il retrouve un intérêt pour les brasseries artisanales et régionales. De fait, une nouvelle ouverture d’esprit se développe chez le consommateur belge à la recherche de bières authentiques, racées et de caractère, provenant de Belgique ou de l’étranger.»

Concernant les pratiques nord-américaines, certains professionnels belges tels que Jean Hummler, propriétaire du Chez Moeder Lambic, surfent sur la même vague en offrant la possibilité aux Belges de découvrir les bières américaines et canadiennes. En proposant des semaines thématiques, par exemple.

Même si les bières nord-américaines, plus particulièrement les québécoises, sont encore relativement inconnues au sein du grand public belge, il ne fait aucun doute que la Belgique est maintenant prête à s’ouvrir à ce type de marché. Le lien historique entre le Québec et la partie francophone de la Belgique n’est pas à négliger et ouvre encore plus de possibilités d’échanges brassicoles, conclut-elle.