Les consommateurs : des Beta testeurs

André, maitre-agriculteur dans le champ où pousse l’orge qui sert au brassage des bières de Brasseurs Illimités.
André, maitre-agriculteur dans le champ où pousse l’orge qui sert au brassage des bières de Brasseurs Illimités.

Brasseurs Illimités a récemment dévoilé les ficelles de ses projets Beta 5, 6 et 6B alors que le Brouhaha vient tout juste de donner le coup d’envoi à sa gamme Tribale. Quelle est l’intention des brasseries derrière le processus de mise en marché de leurs produits-tests? Une simple étude de marché, les produits Beta?

C’est en partie parce qu’il avait le projet de monter une malterie, où l’orge serait cultivée, récoltée et maltée à une quinzaine de kilomètres de Brasseurs Illimités que René Huard a décidé de proposer son premier produit d’étude, la Beta 5.

«Il aura quand même fallu les Beta 1, 2, 3 et 4 qui ne sont jamais sorties sur le marché», dit M. Huard. Les gens du Québec, croit-il, ont un préjugé défavorable quant au malt québécois. La Beta 5 a donc été commercialisée avec l’objectif de recueillir les commentaires à l’aveugle sur des bières élaborées à partir de cet ingrédient.

Quelques centaines de bouteilles de Projet Beta

Ainsi, au printemps 2011, une centaine de caisses de 24 bouteilles de Beta 5 étaient distribuées chez les détaillants participants. Bouteilles qui n’indiquaient d’ailleurs que le numéro de compagnie ainsi que l’adresse postale de Brasseurs Illimités, tel que l’exige la loi. «L’on voulait mettre le moins d’informations possible dans la tête des gens!» précise M. Huard.

Dès le départ, les consommateurs ont donc été invités à saisir le code QR sur la bouteille, qui les menait directement à un formulaire de questions via le site web du projet. Suite aux commentaires très mitigés quant à la Beta 5, considérée par les consommateurs comme trop douce, Brasseurs Illimité créa la Beta 6 quelques mois plus tard, une bière beaucoup plus maltée pour laquelle 200 caisses de 24 bouteilles ont été distribuées.

La façon de procéder à la malterie ayant subi des modifications, la quête de la perfection s’est poursuivie pour l’entreprise qui n’a dévoilé son projet Beta au grand public que lors du récent Festibière de Québec. Le tout a volontairement coïncidé avec la sortie de la Beta 6B, distribuée à environ 150 caisses de 24. Brasseurs Illimités travaille maintenant à fabriquer une bière à l’image de cette dernière.

«Ce sera une «Simple malt», à l’image de la Beta 6B, mais moins forte en alcool», dit M. Huard.

Festivaliers et consommateurs mis à contribution

Pour Marc Bélanger, brasseur et DG du Broue Pub Brouhaha, la gamme Tribale est plutôt ce qu’il qualifie d’«étude de goût». En plein processus de mise sur pied d’une microbrasserie, la gamme Tribale représente pour lui un complément à une étude de marché déjà effectuée. «Tribale sera l’une des trois gammes de cette microbrasserie, et nous (son ami et brasseur Mathieu Blais) allons reproduire l’expérience jusqu’à ce que nous soyons cent pour cent satisfaits», dit-il.

L’idée pour cette gamme-test a germé l’année dernière, lors d’une participation au Vermont Brewers Festival, où il a eu la chance de découvrir certaines IPA et Double IPA américaines. Y voyant immédiatement un manque à gagner de ce côté-ci de la frontière, il s’est mis en tête de développer le style.

Se rendre à différents festivals pour tester un produit a plusieurs avantages selon lui, puisque l’on y retrouve des dégustateurs chevronnés, blogueurs et experts rassemblés au même endroit, sans compter les festivaliers. Pour présenter Tribale lors des festivals de Chambly et de Repentigny, Marc Bélanger a utilisé un système de démonstration de brassage, un peu comme il l’avait fait pour sa PilZ en 2011. Ainsi, la Pale Ale et l’IPA ont été brassées dans trois brassins de cent litres, pour un total de production en fût de trois cents litres chacune. Quant à la Double IPA, elle a été brassée et produite à raison de cent litres, également en fût.

De quoi favoriser les premières impressions pour ensuite corriger le tir, surtout lorsque le tout est combiné aux opinions de la clientèle maison. «Selon les commentaires reçus, l’IPA est parfaite, alors que la Double IPA est encore à retravailler. Ça nous dit qu’on va peut-être brasser l’IPA en plus grande quantité. Tout est une question de test et d’amélioration», dit-il.

Selon lui, outre les produits Beta, les sites internet comme Ratebeer sont d’excellents outils de sondage. Il y aura d’autres projets Beta, croit-il. «Les gens sont toujours prêts à goûter de la bière. Se faire interroger là-dessus est un plaisir», a-t-il conclu.