Porter ! Porter !

Le Porter est une ale anglaise foncée avec des caractéristiques restreintes de torréfaction et de rôtie. Il est la bière noire d’époque de votre grand-mère, la tradition oubliée de l’Angleterre et le grand frère déchu du Stout.

On le qualifie de noir, mais le Porter est plutôt brun clair à brun foncé, laissant même scintiller des reflets rubis. Il offre des arômes maltés avec un peu de grillés et présente des notes chocolatées, quelques fois de caramel, de céréales, de pain ou de noix. Les arômes de houblon sont plutôt subtils.

Les flaveurs maltées du Porter sont semblables aux arômes qu’il dégage; grillées, chocolatées, caramel et noisette. Il ne devrait pas présenter de notes prononcées de malt noir (âcre, brûlé ou torréfié), celles-ci caractérisent plutôt le Stout.

Un peu d’histoire

On raconte que le Porter a été inventé en Angleterre quelque part dans les années 1700. Selon certains récits, il est le résultat d’une tentative maladroite de créer un style parfait. Selon d’autres, il s’agit d’une ingénieuse façon de redonner vie à des bières de moins en moins demandées. Ironiquement, l’histoire n’a pas retenu le nom du responsable.

Ce sur quoi les deux versions s’entendent, c’est que le Porter fut d’abord baptisé Entire, signifiant «entier», et provient du mélange de trois types de bière alors disponibles en Angleterre, la Ale, la Beer et la Two Penny.

La version du brasseur maladroit veut qu’il ait tenté de combiner les caractéristiques gustatives de ces trois types en une seule bière, mais que les saveurs du malt rôti aient pris le dessus. Dans l’autre version, le brasseur ingénieux ayant remarqué la diminution de popularité pour les trois types de bière aurait décidé de les mélanger pour offrir de la nouveauté et ainsi se faciliter la vie.

Une troisième version met en doute le mélange des trois types de bière. Selon celle-ci, on aurait simplement rincé les grains à trois reprises et mélangé les trois moûts ensemble au lieu de les utiliser séparément.

Il n’est pas très clair non plus comment est venu le nom «Porter». Les Porter londoniens travaillaient dans les marchés et ports de Londres où ils transportaient les marchandises. En arrivant au port par le canal, les livreurs ont probablement développé l’habitude de crier «Porter!» pour s’assurer de leur présence pour décharger leur embarcation. Qui sait?

Plus foncé et plus goûteux, le Porter pardonnait beaucoup plus les imperfections et c’est pourquoi sa popularité s’est rapidement propagée dans tout le Royaume-Uni et même aux alentours de la Mer du Nord et de la Mer Baltique. Les Britanniques étaient en pleine révolution industrielle et amélioraient sans cesse leurs réseaux de transport.

Les dérivés…

On retrouvait également une interprétation plus alcoolisée, plus houblonnée et plus torréfiée du Porter, qualifiée de «Robust». Celle-ci comportait notamment des notes de houblon. Ces notes étaient toutefois plus subtiles que dans les interprétations modernes où elles sont devenues plus agressives.

Plutôt que de se procurer du malt rôti qui était lourdement taxé à l’époque, Arthur Guinness de Dublin en Irlande, utilisa des grains d’orge qu’il fît rôtir lui-même afin d’économiser. Il nomma son Porter aux saveurs plus torréfiées la Guinness Extra Stout Porter. Le mot «stout» signifiait aussi «robuste». Au fil des ans, il la perfectionne un peu et vous connaissez la suite…

Les Porters envoyés à l’étranger étaient quant à eux plus alcoolisés et plus houblonnés pour faciliter le voyage en mer, d’où le nom Baltic Porter qui est demeuré. Ils sont denses et complexes. En Europe de l’Est et même en Chine, on se met ainsi à brasser des Porters, quelques fois avec des levures de Lager propres aux traditions culturelles.

Tranquillement, la Pale Ale, la Pilsner, les taxes et les guerres sont venues chasser le Porter de l’Angleterre au fil des années 1900. Dans les pubs londoniens, les Porters plus faibles sont devenus des Mild Ale; les plus forts des Stouts. Heureusement, la CAMRA et la révolution des brasseries artisanales a su rescaper le style.

Sur la table

Le Porter s’accorde avec presque tous les plats de viande, tant mijoté que cuit sur le grill. Les huîtres, les champignons et les fromages goûteux sont également à propos. Il fait aussi bonne figure avec les desserts sucrés; tarte aux pommes, brownies, pain aux bananes, noix, pecan, caramel brulé, etc.

Notre dégustation

Elle s’est avérée réussie et aux opinions partagées. D’abord, la Simple Malt Double Porter est sèche et offre des arômes fumés qui s’agencent bien à ses notes de noisettes rôties. Le fumé vole nettement la vedette. La Rickard’s Dark est quant à elle très douce et légèrement caramel avec un soupçon d’érable très subtil.

La Big Ben Porter est plus foncée que les précédentes et propose des notes de café et de subtiles pointes fumées. Elle nous laisse sur une fine amertume. La Gaspésienne est aussi très foncée. En bouche, une fine touche rôtie se marie à merveille aux notes chocolatées, ce qui a séduit notre panel.

La Lapatt Robuste Porter sort toutefois grande gagnante avec son imposante amertume en finale qui soutient les notes de café, de chocolat et de houblons. L’interprétation moderne l’emporte sur la tradition. À vous de voir…

Lapatt Robuste Porter

Présentation

La Lapatt Robuste Porter est un Robust Porter, à 6,0% d’alcool, brassé par la Brasserie Dunham à Dunham depuis 2012.

Description

Presque noire, elle est couverte d’une belle mousse moka. Au nez, on découvre des arômes de café légèrement torréfié, de malt caramel rôti et de houblons résineux. En bouche, la texture est onctueuse et on goûte des pointes de chocolat noir et de malt rôti. L’amertume est bien présente, contrebalançant le malt rôti.

Suggestion

Elle tiendra bonne compagnie à un mijoté de bœuf mettant en vedette diverses variétés de champignons. Le cheddar fort lui plait également.

Divers

Elle illustre bien les interprétations modernes, voire américaines, des Robust Porters. L’amertume et même les arômes du houblon se font sentir.

La Gaspésienne

 Présentation

La Gaspésienne est un Robust Porter, à 6,2% d’alcool, brassé par Pit Caribou à L’Anse-à-Beaufils depuis 2010.

Description

Frôlant le noir, elle est couronnée d’une mousse moka. Au nez, céréales rôties et pointes chocolatées nous accueillent. En bouche, le corps est agréable et ses notes de chocolat et de rôti s’accouplent merveilleusement bien. En finale, les flaveurs de rôti et de chocolat s’éteignent tranquillement.

Suggestion

Elle fera un malheur avec de nombreux desserts, mais s’est avérée simplement démente avec une crème brulée caramel, notamment avec la croûte.

Divers

Originalement baptisée La Gaspésienne #13, elle fait référence aux embarcations ayant sillonné le Saint-Laurent au temps de la pêche à la morue. Numérotées de 1 à 50, on dit que la #13 n’a jamais vu le jour…

Rickard’s Dark

 Présentation

La Rickard’s Dark est un Porter à l’érable, à 4,8% d’alcool, brassé par Molson à Montréal depuis 2009.

Description

Brune aux reflets rougeâtres, elle est couverte d’une fine mousse blanche. Au nez, de légers arômes de malt caramel et d’érable nous interpellent. En bouche, la texture est agréable et on remarque de douces notes caramélisées, puis de céréales rôties. La finale est rehaussée d’une subtile pointe de sirop d’érable.

Suggestion

La brasserie suggère de l’accompagner de viandes fumées, d’agneau ou de viandes froides, nous vous proposons également terrines et cheddar fort.

Divers

C’est du sirop d’érable québécois qui est utilisé dans sa fabrication. Sur son site Internet, la brasserie propose quelques recettes des plus alléchantes à exécuter avec cette bière. À découvrir.

Simple Malt Double Porter

Présentation

La Simple Malt Double Porter est un Robust Porter, à 6,4% d’alcool, brassé par Brasseurs Illimités à Saint-Eustache depuis 2009.

Description

Brune foncée aux reflets orangés, elle se coiffe d’un voile légèrement bruni. Au nez, les arômes de malt tourbé et de hêtre fumé enveloppent les notes rôties de malt caramel. En bouche, la texture est riche et crémeuse. On perçoit des notes fumées de malt rôti. La finale est sèche et fumée.

Suggestion

À déguster en compagnie d’huîtres fraîches ou cuites avec bacon, carotte, oignon, ail, chapelure gratinées au parmesan. Cherchez à exploiter son côté fumé.

Divers

Elle est probablement très fortement inspirée de la Calumet, un Porter fumé concocté par le brasseur chez sa défunte brasserie sans domicile fixe, Biéropholie.

 Big Ben Porter

Présentation

La Big Ben Porter est un Porter, à 5,5% d’alcool, brassé par les Brasseurs du Monde à Saint-Hyacinthe depuis 2012.

Description

Brune très foncée, elle est chapeautée d’une fine mousse beige. Au nez, des notes de café, de fumée et de noix rôties se font invitantes. En bouche, les flaveurs de malt rôti prennent le dessus, laissant à l’occasion percer quelques pointes cendrées. Les houblons anglais émergent légèrement en final.

Suggestion

L’accord avec un pain aux bananes est très plaisant, il met de l’avant des flaveurs de beurre et de noix.

Divers

Elle fut brassée en l’honneur des porters de Londres qui s’en abreuvaient pour faire le plein d’énergie à peu de frais au lieu de s’arrêter pour manger.