Sake ou ji-biru ?

En 2006, lorsque la nouvelle se répand que Sapporo acquiert Sleeman, les amateurs de bières sont consternés d’apprendre qu’après avoir été vendue à des Canadiens anglais, Unibroue, leur brasserie québécoise bien-aimée, passe aux mains de Japonais. Mais qu’est-ce que les Japonais connaissent à la bière? Bien plus qu’on pense!

Lors du Mondial de la bière de 2009, le brasseur de Dieu du Ciel!, Luc «Bim» Lafontaine et les organisateurs de l’événement ont permis à de nombreux Québécois de découvrir les vertus brassicoles du Japon. Pour l’occasion, le Mondial mettait en vedette plusieurs produits japonais provenant de diverses brasseries artisanales du pays.

L’implication de Bim dans un tel projet ne tient pas du hasard, le brasseur est amoureux du pays qu’il a visité à maintes reprises depuis 2004. Il y a quelques semaines, à la fin août, il quittait le Québec pour aller s’y établir et démarrer sa propre brasserie artisanale.

Artiste dans l’âme

Reconnu par ses pairs, Bim est réputé pour sa créativité et son originalité. À l’ouverture de la microbrasserie Dieu du Ciel! de Saint-Jérôme en 2007, il s’est vu confier les cuves de la brasserie artisanale de la rue Laurier qu’il appelle affectueusement le «lab». Ce terrain de jeu lui a permis d’expérimenter et d’offrir aux amateurs des boissons exclusives, dont plusieurs d’inspiration japonaise.

En juin 2009, la brasserie présente la Ochamena bi-ru, une bière au sarrasin et thé japonais à 5% d’alcool. Un peu plus tard, en juillet 2009, la Isseki Nicho, une Imperial dark saison à 9% d’alcool, est le fruit d’une collaboration spéciale entre les brasseries Dieu du Ciel! et Shiga Kougen de Nagano au Japon. Elle utilise des houblons japonais. Une version avait également été brassée au Japon, celle-ci incluant du riz à saké Miyama Nishiki produit par la brasserie japonaise.

En septembre 2010, c’est au tour de la Noce de soie, une saison au poivre sansyou et yuzu, à 7% d’alcool, qui met en vedette ces deux ingrédients japonais. En septembre 2011, la Otsukare sama, à 6% d’alcool, met également de l’avant des arômes japonais; il s’agit d’une bière de blé sûre aux prunes et aux herbes japonaises. La Toji-bi-ru à 5,9% d’alcool, une autre bière de blé sûre, cette fois au yuzu, voit le jour en décembre 2011.

Pour le 13e anniversaire de la brasserie, Bim s’inspire d’une épice japonaise appelée Yuzu Kosho pour concocter la 13e étage, un Porter à 4,8% d’alcool au yuzu et piments.

 

« Même un chemin de mille lieues commence par un pas »

En 1988, Bim découvre la Satan Red et la Duvel en SAQ, deux bières belges qui font naître en lui une étincelle qu’il ne peut contenir bien longtemps. Des voyages sur le continent européen embrasent par la suite sa passion pour les bières de dégustation. En 1992, il succombe et se met au brassage maison.

Lorsqu’il découvre Dieu du Ciel! en 1998 au Festibière de Chambly, il tombe littéralement amoureux de la brasserie. À son retour d’un périple en Australie et en Asie, il est déterminé à faire sa place chez Dieu du Ciel!. Il commence comme serveur en 2001, puis gérant, aide-brasseur et finalement maître-brasseur.

« Où bat notre coeur, là se trouve le foyer »

En 2004, il se rend pour la première fois au Japon. Il est bassiste pour un groupe de musique rock funk. À nouveau, il en profite pour découvrir les bières de la région, mais cette fois, il s’éprend complètement pour la culture. Il y retourne chaque année depuis.

En 2008, il rencontre les propriétaires d’un bar à bières de Tokyo, le Ushi Tora. Au fil du temps, les liens se resserrent et des discussions d’un projet de brasserie se mettent en branle. À la fin 2011, la décision d’aller de l’avant est prise. Le 28 août dernier, Bim quitte le Québec, voyage un peu en Europe, puis atterrit au Japon le 5 septembre.

 

Pour ce qui est de l’avenir…

Si tout le reste se passe comme prévu, sa brasserie ouvrira ses portes quelque part à l’automne 2013, en campagne, à 50 minutes de Tokyo, dans la petite ville de Fujino. Le nom de sa brasserie n’est pas encore choisi, mais les styles que Bim souhaite mettre de l’avant sont plus définis.

«Je vais avoir une série de cuves indépendantes d’un côté de la brasserie qui seront dédiées aux bières «funk» et cultures mixtes; une autre série de cuves seront dédiées à mes bières «normale» où je compte mettre en œuvre mes influences et inspirations d’ici et d’ailleurs pour ainsi recréer des styles traditionnels et «hybrides expérimentaux» avec fruits, fleurs et épices japonaises», raconte-t-il enthousiaste.

«Je veux mettre l’accent sur les saisons, les bières sèches et aussi les «session beers». Je compte beaucoup travailler avec les producteurs locaux et aussi produire mes propres malts fumés et orges torréfiés. Ma brasserie comportera aussi une troisième et importante section dédiée à un programme de bières vieillies et parfois fermentées en barriques de toutes sortes. Mon but est d’expérimenter en créant des trucs uniques et bien sûr, de constamment m’amuser follement avec tout ça», poursuit-il.

«Mes responsabilités dans ce projet seront principalement au niveau de la brasserie, pour le reste, ce sont mes partenaires là-bas qui s’en chargeront», conclut-il, admettant redouter un peu la paperasse japonaise.

Souhaitons à Bim beaucoup d’inspirations! Souhaitons aux Japonais que l’artiste puisse recréer son «lab» et leur offrir ce qu’il nous a offert depuis ses débuts aux cuves chez Dieu du Ciel!. Souhaitons qu’à l’occasion quelques barils se perdent, traversent les multiples océans et s’échouent sur les berges du Saint-Laurent…