Mon ex-épicerie récidive !

J’écrivais, il y a moins d’un an, qu’une grande chaîne d’alimentation générale belge lançait pour la deuxième fois une série limitée de bières mono houblon (Cascade, East Kent Golding et Neslon Sauvin). (Cf: Quand mon épicerie joue au microbrasseur)

image2L’expérience a semblé concluante puisque elle remet ça, pour la troisième fois mais avec de nouveaux houblons : Citra, Sorachi Ace et Colombus. Le principe reste le même, une recette maltée à l’identique, seuls les houblonnages diffèrent.
Cette fois, les houblons utilisés sont tous américains et le design des étiquettes s’en ressent. Cette série limitée est renommée pour l’occasion « Xtrem Hop » avec même une petite annotation dans le feuillet explicatif : « Attention : les bières sont extrêmes et exigent une certaine ‘’acclimatation’’ !». Delhaize sait qu’il faut encore du temps pour intégrer l’amertume franche, tranchante et des arômes de houblons intenses dans l’habitude de consommation des sujets du Roi Albert II. Pourtant, la barre amère a été mise légèrement plus haute que sur la précédente série où les amertumes étaient de 23, 30 et 53 IBU. Ici, en revanche elles sont de 59, 68 et 75 IBU, ce qui peut effectivement surprendre et dérouter le consommateur non avisé.

Image numérisée 4La première à ouvrir les hostilités est la Citra, la moins forte de la série en termes d’IBU, 59. La robe est blonde et une mousse blanche généreuse qui retombe néanmoins rapidement. Au nez, les effluves du Citra sont reconnaissables, logique me direz vous… des notes de pamplemousse, de fruits jaunes tirant sur le fruit exotique. En bouche, l’amertume est franche bien équilibrée par une rondeur maltée caractéristique des bières belges. D’ailleurs, elle titre à 7,1 % d’alcool, elle est élégante et les arômes de fruits jaunes confits ainsi que la touche d’agrumes apportent de la fraîcheur.

Image numérisée 2La seconde à suivre est la Sorachi Ace qui s’élève à 68 IBU. C’est le houblon tendance du moment, développé au Japon dans les années 90, tombé en désuétude et récupéré 20 ans après pour ses propriétés aromatiques. Les senteurs très végétales, de fleurs sont très présentes mais en bouche, dans un premier temps c’est la rondeur couplée à des arômes de mangue qui prédominent. L’amertume apparaît dans un second temps, elle est franche voire agressive et s’estompe doucement en laissant une fin de bouche légèrement sèche.

Image numérisée 3Enfin la troisième est la Colombus et la plus forte en IBU, 75. La robe est identique aux deux précédentes, d’un blond limpide et d’une collerette blanche abondante. Au nez, les notes de d’orange, d’anis sont prépondérantes. En bouche, les 75 IBU sont perceptibles et immanquables mais très bien balancés avec une texture maltée et un léger boisé.

Delhaize a encore fait le pari gagnant de travailler avec la brasserie De Proef pour la mise en place des recettes bien dosées et la production sans défauts apparents.
Peut être que la créativité brassicole belge n’est plus le simple terrain de jeux des microbrasseries adulées par les beergeeks, mais aussi de la grande distribution. Même si la marque au lion reste prudente dans ce genre de démarches et continue à commercialiser 4000 bouteilles de chaque, elle devient pour le consommateur lambda, une valeur sûre de distribution de bières de qualité. Elle se distingue par son audace et sa prise de risque, là où le marché de la commercialisation de bières spéciales explose.