Stone Oak Smoked Old Guardian Barleywine

La brasserie Stone Brewing Company  de San Diego a le tour de nous tenter avec des bières hors de l’ordinaire. Ils ont prit l’habitude de sortir une variante bizarre de leurs bières régulières lors d’une année impaire. Ils appellent ça les “Odd-Year Releases”. Je m’avoue déçu de la plupart de ces bières, mais ce soir, suite à une partie de hockey, je me suis décapsulé la version 2013 de la Old Guardian Barleywine. Un vin d’orge de classe mondiale que je respecte énormément, mais qui, des années impaires précédentes, ne m’ont guère plues.

Cette année, ils ont tenté une version fumée de cette dernière. Suite aux apprentissages du projet cellier, je reconnais que le côté fumé d’une bière permet à celle-ci de vieillir merveilleusement, mais j’ai mes doutes présentement sur le vin d’orge que je viens d’ouvrir, puisque son côté houblonné franc et omniprésent risque de dominer l’expérience. Voyons voir, si mes attentes sont en ligne avec la réalité.  

1011948_10151743361336081_35844736_nStone Old Guardian 2013 Oak Smoked (Vin d’orge américain fumé, 11.4% alc.vol, Ratebeer: 96)

Dès la décapsule, les arômes de Bamberg envahissent la pièce. J’ai beau être assied sur mon siège de cuisine, je ne suis pas entièrement certain de où je me retrouve présentement…

Je pourrais être à Bamberg, assied sur un long banc en bois, dans une brasserie de rauchbier en train de siroter une brune fumée traditionnelle. Je pourrais être également  sur une chaise de camping à brûler du bois de grève, le vent m’envoyant des arômes de fumée dans le visage pendant que je déguste un vin d’orge. Je pourrais aussi être à Montréal, dans un sandwich shop de viande fumée en train de verser une moutarde sur une livre de viande fumée. Bref, je pourrais être partout, mais pas vraisemblablement là où je me retrouve présentement.

Des arômes, de cerises noires, de viande fumée, de “croute de jambon fumé” envahissent mon esprit. C’est merveilleux, et superbement bien équilibré aux aromates des houblons cascade et chinook. Y’a pas de de cachotteries, on a bel et bien affaire à une rauchbier, mais sous la charpente d’un vin d’orge.

La bière est d’un ambré profond qui voile timidement un sédiment de quelconque origine qui flotte nonchalamment en son corps. Une mousse sublime d’un très léger beige trace tout sur son passage. Mon verre est un chef d’oeuvre de dentelle qui se réinvente à chaque gorgée.

En bouche, c’est une harmonie magistrale de fumisterie, d’amertume franche et ronde, et d’un sucre résiduel qui joue avec un alcool confiant, mais nuancé. Se résulte en bouche de très intenses saveurs de smoked meat, de jambon fumé à l’ancienne, mais rehaussés par un volatile alcool qui pousse une amertume de houblons à hautes teneurs d’acides alpha.

En finale (qui semble persister à tout jamais), on a les sens qui crient à la merci pour que ces saveurs puisse leur laisser retrouver le nord! On se sent tellement envahit, qu’on vogue incessamment vers ces pays lointains duquel ces saveurs puissent provenir. Savoureuse, merveilleusement balancée, dominante en expression variée et harmonieuse, cette bière mérite tout l’attention du monde. En plus! son profil fumé, alcoolisé, et houblonné lui confère un potentiel de vieillissement jamais vu auparavant.

Je vous le recommande sincèrement, comme ma découverte de 2013, et je vous souhaite qu’elle écoule les jours dormante sur les tablettes de votre cellier. Un chef d’oeuvre déjà, elle saura se complexifier au travers des années.