Double IPA: 3 comparées en tête à tête

En relisant mes notes gribouillées sur des mouchoirs cernés de brasserie, je constate que  j’ai souvent tendance à tomber en amour avec une grosse IPA cochonne lorsque le contexte est suffisamment bucolique, ou la température assez chaude pour la faire briller.  Du même ordre d’idées, c’est quasiment impossible de comparer les coups de coeur d’un festival à l’autre.  Impossible parce que la situation étant si différente; la chaleur, la compagnie, le prix, la foule, etc.  Tout joue indéniablement sur notre appréciation d’une bière en particulier.  Alors, comment les comparer sur un pied d’égalité?

La réponse est assez simple, mais se limite malheureusement à ce que nous sommes en moyen d’aligner sur la même table, le même soir, d’une fraîcheur similaire.

Ce soir, les astres se sont alignés pour me permettre de comparer 3 bières de fraîcheur relativement similaire (peut-être un peu moins pour la Hopslam), mais issues du même service, dans le même verre, des mêmes conditions de garde, et côte à côte!

Voici quelques notes qui pourraient vous intéresser.

Technique de Dégustation: Le Côte-à-Côte

Le principe est assez simple. Servir en même temps, plusieurs bières dans des verres transparents (comparer le look est important), et les respirer/goûter de façon séquentielle, en revenant aussi souvent qu’on veux d’une à l’autre pour comparer une particularité quelconque.

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Surly – Abrasive Ale (Double IPA, Minnesota, USA, 9% alc./vol., Ratebeer: 100)

Robe orangée, elle se distingue des autres en traçant la plus belle dentelle. Voilée, mais vraiment pas autant que la Heady Topper. Au nez, c’est son côté citron-rhubarbe qui ressort le plus en comparatif. Surprenant considérant que je ne me rappelle pas avoir perçu “rhubarbe” lors de la dégustation simple.  Curieux, ma blonde a préféré celle-ci.  Une acidité très tranchante domine le palais dès l’entrée en bouche. Ca laisse des saveurs florales qui se distinguent vraiment dans cette dégustation.  J’aimerais bien essayer celle-ci en côte-à côte avec la Daisy Cutter de Half-Acre Brewing Co.

En conclusion, je suis surpris d’avouer qu’elle a su tenir le coup contre les deux autres. Le dernier tête à tête était beaucoup moins positif, étant comparée à la Edward de Hill Farmstead, et la Pliny the Elder de Russian River. Peut-être que ces deux autres ont un profil de saveurs plus similaire, ou un houblonnage plus compatible.

Ca m’emmène à penser à la compatibilité de certaines bières. Sûrement que vous avez déjà bu deux bières consécutives qui ont su faire briller les qualités de l’autre. Dans ce cas-ci, je dirais que la Abrasive est une cousine de la Heady Topper, et de la Daisy Cutter. Moins compatible avec la Hopslam, pour les raisons qui suivent.

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Bell’s – Hopslam Ale (Double IPA, Michigan, USA, 10% alc./vol., Ratebeer: 100)

La Hopslam est la seule de la dégustation à nous traiter d’une nette robe claire, aux petites dentelles fines, et a une carbonatation très faible.

Il y a définitivement quelque chose avec le houblonnage de la Hopslam, qui, lorsque dégustée seule, est merveilleux, mais lorsque comparé aux grandes IPA, semble ressortir terreux, à l’anglaise. AU nez, elle est beaucoup plus docile que ses comparses. Des esters de mangue et de chaude mandarine font saliver avant la première gorgée.

Cette dernière déçoit cependant, en faisant une entrée chaude, titubant d’un alcool supérieur très présent. Ca goute la robine! Une fois cette chaleur apprivoisée par contre, on est traité à de beaux feux orangés et aux pincements de pamplemousse. Le corps est beaucoup plus fort que ses soeurs, et donne une impression de lourdeur sucrée qui ressort un peu comme de l’Orangina après quelques gorgées.

Svelte, un peu huileuse, elle est la moins expressive mais plus réconfortante du groupe.

IMG_0182Alchemist – Heady Topper (Double IPA, Vermont, USA, 8% alc./vol., Ratebeer: 100)

La robe de la Topper est d’une blanche orange avec un fin collet de mousse dans mon verre du Winter Warmer. Vraiment opaque, et ca prépare mentalement pour ce qui suit.

Au nez, c’est simple: allez vous chercher des gants de caoutchouc jaunes de cuisine. Ensuite, venez chez moi à la fin du mois de juillet pour m’aider à couper et cueillir mes 18 plants de houblons frais, aux grosses cocottes vertes fluorescentes qui regorgent de belle lupuline. Par la suite, asseyons-nous pour de trois à cinq heures à cueillir ces belle cocottes une à une, et les allonger sur mes moustiquaires pour qu’elles puissent sécher sous le soleil ardent de la fin de l’été. À la fin de cette belle journée, nous trinquerons un verre de pale ale, et jetterons nos gants de cuisine jaunes dans un sac d’épicerie en plastique. Le lendemain, nous allons ouvrir ce sac en plastique, et l’arôme qui vous harcèlera les narines c’est le bouquet de cette Heady Topper, ou l’équivalent de cinq bonnes heures de cueillette de houblons frais.

Mon premier souvenir de cette bière est de boire du jus de houblon, avec pulpe. Ca n’a pas changé, mais surtout en comparaison à ces 2 autres bières. son corps mince et sec lui confère une facilité à boire inouïe, qui selon moi, n’est, et ne sera jamais égalé dans le monde des Double IPA.

Son seul défaut ce soir? Pas vraiment d’amertume. Juste du jus de houblon.

La conclusion

1) Alchemist Heady Topper

2) Surly Abrasive

3) Bell’s Hopslam

Voilà! Bonne soirée! Il faut maintenant que je trouve une façon de boire tout ça sans gaspiller. Des volontaires??

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