β, le renouveau brassicole belge sur le banc d’essai du peuple !

De nouveaux projets brassicoles fleurissent partout et la Belgique n’est pas en reste de cette tendance frénétique. Aujourd’hui, si on veut réussir un événement ou un lancement de marque, le marketing et la communication 2.0 est une priorité, faire le buzz.
Alors quand je vois débarquer, il y a environ deux mois sur les réseaux sociaux, le Beer Project communicant sur l’arrivée d’une nouvelle bière bruxelloise, je me pose des questions. Il faut avoir du culot pour se lancer dans la capitale belge, à côté de Cantillon et brasserie de la Senne.
Un slogan en anglais « Let Brussels choose its beer. », un verre Rastal Teku sur les toits de Brussels…ma première impression a été : « Quelle arrogance !».
Un lancement bien orchestré : quatre prototypes qui se veulent en dehors des standards belges, sept dégustations à travers Brussels pour présenter et recueillir les votes des dits prototypes, pour enfin finir sur un événement de lancement dans l’ancienne brasserie Wielemans, théâtre industriel dépoussiéré pour l’occasion par la musique et des artistes, à l’image d’un vernissage d’exposition, avec le dévoilement du choix final par le résultat des votes.

Mais comme dit le proverbe : « Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. » Alors voilà pourquoi, j’ai radicalement changé le mien.

Brussels Beer Project est une idée d’Olivier de Brauwere, un bruxellois au nom prédestiné et Sébastien Morvan, un breton. Ce projet se veut collaboratif et non participatif, pour évidemment donner un sentiment d’appartenance et créer en même temps une future clientèle mais aussi la sensibiliser, la former et la pousser à la curiosité gustative. Pour le côté marketing, c’est carré. Avec une philosophie innovante, dans le sens où le projet veut de manière 20130707_151657-1[1]volontaire donner un déclic en plus aux simples amateurs de bières. Les faire venir, avec une approche ludique (le vote) vers la dégustation de réalisations plus franches et plus délicates qui se veulent en dehors des carcans brassicoles belges classiques.Tout cela entraîne inévitablement un travail en profondeur sur la formation à la dégustation, réalisé lors des sept événements dégustations-tests.

Ce projet est novateur aussi dans sa vision sur la place de la bière dans l’art et peut expliquer en partie le choix de Brussels comme lieu d’implantation. Le nectar houblonnée vu comme une œuvre d’art, souvent comparé mais jamais véritablement aussi bien mis en valeur. Un travail en collaboration avec un collectif d’illustrateurs bruxellois, Le singe à fable et la sérigraphie artisanale de IceScreen, ainsi que le Brussels Art Factory, la présence de Face of Brewing pour des photos artistiques. Une bouffée d’air frais dans un immobilisme qui voit d’autres pays européens arrivés sur le devant de la scène brassicole.

L’élaboration s’est passé en trois temps. Le premier, pour la création des recettes des prototypes, a été réalisé chez l’un des deux fondateurs à l’ancienne dans le garage et également à l’Institut Meurice à Brussels. Le second, pour la production « professionnelle » des prototypes, a été réalisé en collaboration avec la brasserie Anders à Halen, ce partenariat se poursuivra pour la production en attendant le troisième temps, un local dans la capitale et d’avoir leur propre matériel de brassage.
La direction donnée est celle de la créativité et la collaboration. Une gamme qui va se construire au fil des années avec le public, pour chaque anniversaire avec  de nouvelles bières élues et entre, des séries limitées.
Le verre Teku a été choisi pour son côté esthétique mais aussi pour son côté dégustatif, un verre adéquate pour le testing de quasi l’ensemble des styles.
Le logo β a plusieurs significations. D’abord, il regroupe les formes du B et du P mais également, il est l’image du bêta-test, l’expérimentation, le prototype soumis à l’évaluation et la critique.

On pourrait mettre en parallèle ce projet à celui de Brewdog, #Mashtag. À ceci près que le projet écossais est purement participatif. En mars dernier, Brewdog avait élaboré la première bière avec la participation, plus ou moins dirigée, des fans sur les réseaux sociaux. Le style, le taux d’alcool, l’amertume, etc, jusqu’au nom et même l’étiquette.

Avec le Beer Project, l’aspect d’apprentissage des saveurs est bien réel, avec des pastilles explicatives, le choix est sensoriel.

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Une ambrée limpide avec de légers reflets rubis, cette bière titre à 6%.
Au nez, on reconnaît toute suite une touche de brettanomyces et un mélange subtil de fraîcheur épicée. En bouche, les notes de coriandre et d’écorce d’orange amère sont perceptibles, la texture est sèche et amène une amertume délicate qui vient vous cueillir en fin de bouche.

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Elle aussi est une ambrée mais plus foncée et qui titre également à 6% d’alc.
Au nez, on trouve d’étranges sensation d’amandes douces. En bouche, il y a toujours cette présence d’arôme d’amandes douces, accompagnés d’une légère rondeur fruitée et une amertume juste perceptible.

 

 

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Cette bière a une robe rubis foncée et s’élève toujours à 6%.
Un nez vraiment épicé aux délicates et surprenantes effluves de pains des Landes. En bouche, ces mêmes arômes se marient avec le côté caramel, très légèrement grillé des malts. L’amertume arrive en fin de bouche.

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Une bière aux allures de pale ale, blonde et qui titre à…6% d’alc.
Au nez, c’est une franche signature de houblon citra. En bouche, la texture est bien équilibrée avec toujours ces arômes fuités de houblon citra, l’amertume est plus élevée mais pas agressive.

Ces quatre prototypes sont sans défauts apparents. On y retrouve tout de même la touche belge sûrement à cause de la souche de levure mais sans lourdeur sucrée, et rondeur excessive.

Pour ma part, j’aurais eu du mal à faire un choix entre l’Alpha et la Delta, mais le public a tranché massivement pour la Delta. Sur 855 votes, la Delta recueille 42% des votes, la Gamma 24% , l’Alpha 21% et la Bêta 13%. Ces résultats sont à la fois logiques et surprenants. En effet, la Bêta est celle qui se rapproche le plus d’une bière belge classique, alors que la Delta est une bière se rapprochant plus des bières américaines. Le projet voulant se libérer des œillères aromatiques traditionnelles, le public a suivi le concept et a su donner sa préférence vers une bière houblonnée et amère, ce qui confirme une tendance mondiale mais aussi une attente particulière décalée de l’offre générale belge. Pour anecdote, le nom Delta restera ainsi car il a également recueilli le plus vote par la Vox Populi.

Pour conclure, même si il a encore beaucoup à prouver sur la suite des événements, le Brussels Beer Project est, pour moi, le projet brassicole belge de 2013. C’est un bon coup de pied dans la fourmilière endormie, un élan de créativité dans la promotion, la production et la formation brassicole. Il s’ajoute à quelques brasseries du royaume qui arrivent ou veulent bien hisser un drapeau sable-or-gueule, frappé de l’innovation, trop souvent en berne.

Pour plus d’infos en direct, la page facebook : Brussels Beer Project

Crédits photos (http://beerproject.be/).
Illustration Bouteille BXL: Singe à fable/IceScreen.