Stone – Enjoy By 09.13.13 IPA

Aux États-Unis il y a plus de 2,300 brasseries. 99% de ces brasseries sont des micro-brasseries desquelles on parle sur les réseaux sociaux, les blogues, ou pendant les nouvelles locales, certes souvent après la météo.

Bref, pour ce 5 minutes de gloire, il y a des milliers de brasseries qui se bataillent et s’acharnent à créer des monstres brassicoles tirant les 20% d’alcool, des bières aux testicules de boeuf, fermentées avec des levures récoltées dans la barbe du brasseur. Bref, le monde brassicole américain est l’équivalent d’un premier enfant qui combat pour l’attention de ses parents suite à la naissance du deuxième. Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez de nous!

Il y a cependant ces brasseries qui ont fait preuve de maturité au travers de ces défis, et qui se sont tout simplement acharnés à créer un produit exceptionnel, en se fiant aux mérites du produit final pour créer de l’émoi, et susciter l’attention médiatique.

Seules les meilleures se démarqueront

Dans un pays où on compte autant de brasseries, les beer geeks autant que des médias ne parlent que des bières du 99ième + percentile. Bref, pour être considéré un Grand Cru au Manitoba, on n’a qu’à brasser des bières qui sont simples, fortes, et sans défauts (notez que je n’ai rien contre le désert brassicole qu’est le Manitoba). Pour avoir cette même attention aux États-Unis, il faut produire de quoi de mieux que le meilleur produit de 2,000 quelques brasseries. Pas évident.

SURTOUT quand on parle de IPA, parce que toutes les brasseries américaines semblent en avoir une bonne dans leur arsenal. C’est la Ligue des Champions de la bière du Nouveau Monde, et une qui est largement dominée par des légendaires ales de brasseries qui sont déjà couronnées dans le style. Je pense vite fait à la Heady Topper du Alchemist (VT), la Pliny the Elder de Russian River (CA), la Ephraim de Hill Farmstead (VT), la Furious de Surly (MN), la Daisy Cutter de Half-Acre (IL), la Hopslam de Bell’s (MI).

Donc pas évident de vouloir percer ce marché, de façon convaincante, de captiver l’attention et de faire chavirer les opinions déjà très enracinés dans leurs calepins et leurs blogues des Top-X bières goûtées à vie.

Faut être prétentieux, et à la limite arrogant. Toutes deux des qualités de la brasserie Stone Brewing Company de Escondido en Californie. Un défi bien à leur portée, eux qui sont déjà louangés pour la majorité de leurs bières, leur valeurs et leur éthique.

Qualité Utopique: Fraîcheur avant tout

L’approche choisie de Stone est bien logique: créer un monstre houblonné, mais d’une sècheresse typiquement Californienne, et d’assurer qu’elle sera consommée fraîche. Comment donc? En mettant en police énorme la date de péremption sur le devant de l’étiquette; plus gros que le nom de la bière, et même plus gros que le nom de la brasserie! Un beer geek qui se respecte ne voudrait JAMAIS se prononcer sur une bière après sa date de péremption! Difficile à faire quand la date fait partie intégrale du nom de la bière.

La date est aussi fixée à 4 semaines suivant sa sortie des entrepôts de la brasserie, et ce, en quantité si limitée qu’on assure que les stocks seront complètement vendus avant l’atteinte de la date sur l’étiquette. Dans le cas de Stone, ca veux dire que beaucoup d’amateurs n’auront pas la chance d’y gouter. La distribution est limitée qu’à quelques États à chaque brassin. Le choix des États va selon le vote populaire – bref, ceux qui la veulent le plus. Beau concept! Si tu envoie 400 caisses au Wisconsin, et que t’as eu 40,000 votes de cet état pour espérer avoir cette bière, pas mal de chances que ça se vende tout en 2 jours.

C’est certain que certains critiquent la brasserie pour cette approche, mais ce soir, j’en déguste une, et laissez-moi vous dire que si l’intention était d’émerveiller nos papilles avec une IPA de classe mondiale au bouqet splendidement aromatique… mission accomplie! Des fois, faut faire des sacrifices pour atteindre le sommet. Mais maudit que la vue est belle d’en haut!

IMG_1007Stone Enjoy By 09.13.13 IPA (Double IPA, 9.4% alc./vol., RB: 100, San Diego, CA)

Elle se dévoile en un corps net, propre, d’un cuivré digne d’une trompette bien polie.Sa mousse, fugace, trace son passages sur les parois de mon verre à chaque gorgée.

Au nez, c’est un mélange surprenant de sapin, de mandarines, mais aussi d’ail fraichement coupé.

En bouche c’est une symphonie de lupuline qui jouent avec un eau bien dure, laissant des traces de pamplemousse, d’orange, d’ananas et se termine avec une petite note poivrée.

La texture de cette bière est typiquement San Diego: bien sèche, houblons-devant, et légèrement huileuse au palais.

En conclusion: Je compare une Double IPA à quelqu’un qui crie. Lorsque le message est beau, ça va, mais sinon, ça arrache! Dans ce cas-ci, il y a de légères variantes d’un brassin à l’autre, mais l’essence du message et l’appréciation de la bière restent les mêmes: splendide.