La bière à table, la nouvelle stratégie des grands brasseurs.

Avez-vous remarqué l’arrivée des bières de Goose Island, microbrasserie de Chicago, sur les tablettes de votre IGA favori. Une entente d’exclusivité entre la chaîne d’épicerie et le groupe Ab-InBev, propriétaire de Goose Island, permet d’offrir deux produits brassés à Chicago: La Sofie et la Matilda. Deux bières reconnues par beaucoup d’amateurs de bières comme des produits à saveurs gastronomiques et se mesurant plus facilement à la philosophie d’un produit artisanal.

Si on sait que la brasserie qui a eu le rôle de la distribution et de la représentation n’est nulle autre que Labatt, également propriété de Ab-Inbev, la nouvelle est loin d’être anodine.

Une stratégie ciblée

Les deux produits importés de Goose Island offrent des arômes et des saveurs qui se marient bien avec des plats gastronomiques. La Sofie est une bière fermentée avec des levures sauvages, vieillie en fûts de vin et aromatisée au zeste d’orange. La Matilda est une pale-ale aromatisée aux houblons Styrian Golding et Saaz, fermentée avec une levure belge. Les deux bières sont offertes dans une élégante bouteille de 750 ml au capsulage soigné et à l’étiquette sobre et raffinée, à la manière du vin, un format exclusif pour le Canada.

En 2012, la vente de bière a chuté de 4% au profit d’une augmentation supérieure pour le vin. Le consommateur québécois consomme donc de plus en plus de vin. Voilà la vraie cible des grands groupes brassicoles, offrir aux amateurs de vins une expérience gastronomique proche de ce qu’ils aiment vivre.

La stratégie est donc de vous inviter à consommer de la bière à table. Que cette bière soit facilement accessible, qu’elle soit moins chère qu’une bouteille de vin, mais surtout, qu’elle vous offre une expérience gastronomique positive qui vous incite à recommencer.

Dans les restaurants

Plusieurs microbrasseries québécoises offrent déjà des produits se mariant avec la plus haute gastronomie de notre province, il n’est pas rare de voir quelques grands crus sur les meilleures tables du Québec ou des restaurants indépendants, mais il est presque impossible de trouver des bières de microbrasseries dans des chaînes de restaurant, le marché de la bière en CSP (vendue dans les bars et restaurants) fonctionnant encore avec des contrats d’exclusivité.

Il sera donc intéressant de suivre l’évolution de Sofie et Matilda dans les restaurants de la province ayant des contrats commerciaux avec la brasserie Labatt, je suis convaincu qu’une stratégie axée sur les accords bières et mets sera de mise d’autant plus qu’ils distribuent deux bières qui ont les moyens de leurs ambitions, contrairement a plusieurs autres bières également distribuées par la brasserie.

Un effort pour tous ?

La consommation de bière a évolué ces dernières années et s’est offert beaucoup de maturité. Étant de nature optimiste, je considère que si la bière se faufile sur la table des consommateurs et que celle-ci offre une expérience enrichissante, l’ensemble du marché de la bière va y trouver son compte, car le consommateur va vouloir recommencer, à la manière du vin, une expérience différente à chaque fois. La mise en valeur des accords bières et mets, peu importe l’instigateur de l’initiative, est utile pour l’ensemble du marché.