Qui n’a jamais été tenté par le diable ? – Cap sur Le Trou du diable

Trou du Diable

Les amateurs de bières québécoises connaissent bien le Trou du Diable. Elle est l’une de ces jeunes brasseries québécoises qui ont su insuffler un vent de fraîcheur dans l’industrie brassicole au Québec et qui ont poussé les consommateurs à oser davantage. Aujourd’hui, certaines bières du «Trou » se classent parmi les meilleures en Amérique, voire au monde.

La brasserie est d’abord et avant tout connue pour ses produits d’exception – Buteuse Brassin Spécial, Dulcis Succubus, Bretteuse, Grivoise de Noël, etc. – qu’elle sortait au compte goutte en quantité limitée dans quelques choyés dépanneurs spécialisés de la province. Victime de son succès, elle n’arrivait pas à répondre à la demande.

En janvier 2013, la « Shop » du Trou du Diable amorce ses activités à quelques minutes de marche du resto-pub de l’avenue Willow et promet de corriger la situation. Le diable en avait assez de se terrer dans son trou. D’emblée, les petites capsules rouges à l’effigie de la brasserie se retrouvent un peu partout dans les points de vente de la province.

Les consommateurs sont d’abord surpris de tomber sur des produits méconnus, mais tranquillement ceux-ci font leurs places. La Blanche de Shawi, la Pitoune, la Mactavish In Memoriam, la Saison du Tracteur, la Sang-d’Encre et la Shawinigan Handshake trouvent facilement preneurs. Bien sûr, à l’occasion, des produits spéciaux font aussi des apparitions-surprises.

Ces grands crus, la brasserie compte d’ailleurs en proposer de façon plus régulière, mais elle a encore besoin d’un peu de temps pour ajuster sa production et prendre son rythme. Elle a été patiente dans le passé et cela semble toujours avoir porté ses fruits.

La longue route qui mène au Trou du Diable

Dès 1999, André Trudel et Isaac Tremblay rêvaient au jour où ils allaient enfin brasser une bière artisanale au coeur de leur ville natale. Puis, la rencontre de Franck Chaumanet a ajouté davantage d’intensité à la saveur locale du projet en proposant de faire découvrir un éventail de produits fins de fabrication locale.

En 2003, c’est Luc Bellerive et Dany Paquette qui embarquent à leur tour dans le projet et apportent des connaissances et compétences qui s’avéreront indispensables à la concrétisation de la brasserie. Étant donné leur nombre, leurs convictions et les avantages inhérents à cette forme d’entreprise, une coopérative de travail est constituée par les cinq promoteurs.

Sans argent et sans local, il fallut à l’équipe un certain temps avant de faire la fortuite rencontre d’Alain Lemieux, un homme d’affaires de la région qui croyait au potentiel du projet. Finalement, un local est trouvé et on envisage de débuter les travaux au printemps 2005.

Déjà, le nom Le Trou du Diable avait été choisi en référence à la formation géographique appelée « chaudron » se trouvant dans les chutes de Shawinigan. On raconte que ce trou sans fond mène directement en enfer. Seul le père Buteux saurait nous le confirmer…

Si le « chaudron » du Saint-Maurice porte bien son nom, il ne peut malheureusement servir de cuve à la brasserie qui peine à trouver l’équipement de brassage recherché. C’est finalement en Floride qu’on parvient à dénicher la perle rare à un coût inespéré; les économies permettent même d’accentuer le volet cuisine du pub.

Après 6 ans d’effort et d’embûches, la brasserie ouvre ses portes le 8 décembre 2005 et le succès ne tarde pas à se faire connaître. La fougue de la jeune équipe se fait sentir tant dans ses recettes que dans sa mise en marché.

Quelques années et plusieurs prix plus tard…

Voyant l’engouement pour leurs produits grossir rapidement, les 5 comparses ont tôt fait de minutieusement planifier l’expansion de leur entreprise. Après avoir vu Dieu du Ciel! et MicroBrasserie Charlevoix investir dans des usines de production, Le Trou du Diable se lance à son tour dans l’aventure.

« On s’est fait aider par plusieurs, notamment Charlevoix, les Brasseurs du Nord, Dieu du Ciel!, Brasseurs RJ et Michel Jodoin. Ça explique un peu pourquoi on a complété notre projet de 2,4 M$ avec seulement 5 % de dépassement de coût », indique Isaac visiblement reconnaissant.

« On a la chance d’être cinq partenaires donc c’est plus facile de se séparer les tâches et de faire en sorte que chacun prenne son rôle. On a pris notre temps », ajoute-t-il.

Regard vers le futur

Avec la « Shop » en mode production, la demande grandissante des consommateurs et l’ouverture du marché dans les grandes épiceries, l’équipe du Trou du Diable est d’autant plus sûre que le jeu en vaudra la chandelle. Surtout qu’une boutique et un salon de dégustation font partie des prochaines étapes à finaliser. Évidemment, l’ajout de la « Shop » signifie plus de bières pour tout le monde, mais également une deuxiè­me vie pour le resto-pub qui exploitera davantage son volet restauration encore méconnu de plusieurs.

L’ardoise du Trou du Diable est sans doute son secret le mieux gardé à ce jour et la venue d’un salon de dégustation à la « Shop », où auront lieu la majorité des événements, lui permettra de s’émanciper davantage et de démontrer à ceux qui ne le savent pas encore que le diable est autant habile derrière les fourneaux que lorsqu’il manie le fourquet.

[divider]Microbrasserie Le trou du diable[/divider]