Le fabuleux destin d’Unibroue

Unibroue

Dès ses débuts, la brasserie Unibroue a su se démarquer des autres brasseries, tant par son image que par ses bières d’inspiration belge. Tout en restant fidèle à ses origines, elle a rapidement gravi les marches une à une pour se hisser parmi les brasseries les plus réputées au pays, voire au monde.

C’est en 1990 qu’André Dion et Serge Racine font l’acquisition d’une majorité des actions de la Brasserie Massawippi, une brasserie de Lennoxville en difficulté financière. Deux ans plus tard, ils ont fondé Unibroue, ont acquis les parts restantes de la brasserie et s’apprêtent à fusionner le tout pour former la Société Unibroue.

À l’époque, le gouvernement venait de forcer les gros brasseurs à épauler les plus petits pour leur distribution et livraison de produits. André Dion travaillait pour RONA qui était justement reconnu pour son réseau de distribution, et de petites brasseries ambitieuses l’ont approché dans l’espoir d’obtenir quelques judicieux conseils.

Devenu responsable de la distribution pour Unibroue, il se rend en Belgique afin de demander conseils à des amis. Il constate dès lors qu’il n’y a pas encore de bière refermentée au Québec; la bière blanche n’est pas connue et les bières de dégustation de longue durée non plus. Unibroue en propose donc et mise sur une image à laquelle les Québécois pourront s’identifier.

La Blanche de Chambly

Au printemps 1992, Unibroue s’associe à un bras­seur belge spécialisé dans la fabrication de bière sur lie et lance une première bière refermentée en bouteille, la Blanche de Chambly. Traditionnellement, les Belges brassent d’abord une bière blanche et lui donne un nom incluant le nom de la ville où elle fut brassée. L’image du fort Chambly, symbolisant la résistance française à l’époque, s’impose rapidement pour illustrer le produit.

En octobre 1992, le chanteur populaire Robert Charlebois se joint au groupe, permettant ainsi de faire découvrir la bière artisanale à plusieurs Québécois. Au cours des années qui suivent, Unibroue développe et commercialise d’autres bières d’ins­piration belge tout en conservant son image fortement enracinée dans la culture québécoise; la Maudite, La Fin du Monde, la Raftman, la Quelque Chose, L’Eau Bénite, la 1837, la Trois Pistoles, la Don de Dieu, la Bolduc et l’Éphémère verront ainsi successivement le jour.

Vente de la brasserie à Sleeman

En 2004, plusieurs Québécois sont choqués d’apprendre que la brasserie Unibroue est vendue à la brasserie canadienne Sleeman Brewery. Exaspérés par les lois régissant la production et la vente de bière au Québec et surtout par les pratiques questionnables des gros joueurs de l’industrie au niveau du placement de produit et de la mise en marché, les propriétaires choisissent de vendre le tout.

La survie de la brasserie est toutefois assurée puis­que les nouveaux propriétaires sont conscients de la force des produits offerts par Unibroue; d’autant plus que sa réputation n’est plus à faire. Les équipes en place restent en partie les mêmes et les produits con­tinuent d’être brassés de la même façon.

Il en sera de même lors de la vente de Sleeman à la japonaise Sapporo en 2006. Après ces changements tumultueux, la brasserie est en mesure de se stabiliser et de recommencer à surprendre les amateurs de bières avec des produits anniversaires d’ex­ception, notamment la 15, la 16, la 17 et de nouvelles bières au succès populaire comme la 400e et la Blonde de Chambly. Encore de nos jours, la brasserie ne cesse de cumuler les éloges des amateurs de bière, de même que les médailles dans les divers concours de bières autour du globe.

Si Unibroue a d’abord accroché le regard des Québécois par ses étiquettes, les a fait voyager dans le temps et les a rapprochés de leur culture à travers ses légendes et récits, c’est la qualité de ses produits qui lui aura permis de se tailler une place parmi les plus grands, et cela, bien au-delà de nos frontières. Unibroue fêtera bientôt ses 25 ans, tous les Québécois devraient en être fiers.

Photo: Unibroue