Les saints patrons de la bière

saints patrons

Jeu-questionnaire du jeudi soir dans votre pub préféré : Chez les catholiques, qui considère-t-on comme étant le saint patron des brasseurs ? Une table éméchée répond en cœur : saint Arnould ! La table voisine : saint Boniface ! Au comptoir : saint Florian ou saint Laurent ! Le barman : la tournée pour tous ! Vous avez tous tort et raison !

Corporation des brasseurs et congrégation des saints

D’après l’anthropologue Bertrand Hell, contrairement aux boulangers avec saint Honoré ou aux orfèvres et forgerons avec saint Éloi, aucune corporation française de brasseur sous l’Ancien Régime ne reconnaissait un saint patron au niveau national. La communauté des brasseurs parisiens vénère ainsi la Vierge Marie; en Lorraine, saint Arnould de Metz; dans le Nord (Cambrai, Valencienne, Dunkerque, etc.) saint Arnould de Tiegen; à Strasbourg et Rouen, saint Léonard de Nollac.

Hell observe une situation similaire en Allema­gne où les Bavarois se mettent sous la protection de saint Florian, à Munich, c’est saint Boniface mais, ailleurs, on voit aussi saint Laurent et saint Vith.

Sacrée histoire numéro 1 : Arnould de Soissons

Dans le monde francophone, le plus connu des saints patrons est, sans conteste, saint Arnould de Soissons, vénéré et fêté le 14 août en France dans le Nord et en Belgique. Né en 1040 dans les Flandres, ce soldat devenu moine, puis abbé et enfin évêque de Soissons fut l’acteur, au cours de sa vie abbatiale, d’un évènement qui le rendit célèbre chez les brasseurs. Les légendes sont bien connues. On dit qu’il encouragea le brassage de bières dans son abbaye et qu’il fit la promotion de sa consommation auprès des paysans. On raconte encore que, se rendant compte que beaucoup mourraient après avoir con­sommé de l’eau polluée de la rivière d’un village, il fit réunir un jour tous les habitants dans la maison du brasseur. Trempant sa crosse dans la cuve, il aurait dit : « Ne buvez plus cette eau, buvez de la bière ». Le miracle hygiénique opérant, l’épidémie ne frappa plus. Une autre tradition rapporte que le saint, pour guérir les malades, changea l’eau en bière. Décédé en 1087, saint Arnould fut canonisé en 1120 au concile de Beauvais.

Sacrée histoire numéro 2 : Arnoul de Metz

En Lorraine, c’est saint Arnoul de Metz que les brasseurs vénèrent et fêtent le 18 juillet. Né vers 580, ce conseiller du roi Clothaire devint en 602 évêque de Metz pour se retirer en 627 comme ermite dans la forêt des Vosges. Le martyrologe romain, livre liturgique contenant la vie des saints et des martyrs, le décrit ainsi : « Arnoul évêque demeurait humble. Il jeta un jour son anneau épiscopal dans la Moselle : Je croirai que Dieu m’a pardonné mes péchés quand je recouvrerai cet an­neau. – Il fallut peu de temps pour que l’anneau fût récupéré dans l’estomac d’un poisson qui était destiné à la table épiscopale. » Une légende similaire fut reprise par les moines de l’Abbaye d’Orval qui en fit leur marque de commerce.

Le saint mourut le 16 août 640. Pour les brasseurs lorrains, c’est surtout le miracle qui eut lieu le 18 juillet 641, lors du transfert de son corps à Metz qui retient leur attention. D’après un parchemin contemporain, c’est sous un soleil torride et une chaleur accablante que processionnait le long cortège de pèlerins en route vers le siège épiscopal. Les porteurs et les fidèles succombaient sous la canicule. Vous voyez bien la fin venir, l’histoire remonte au sermon sur la Montagne ! N’ayant qu’une cruche de bière pour une foule assoiffée, Nothon, le chef du cortège, implora saint Arnould d’abreuver les fidèles venus l’honorer : cruches et outres vides se remplirent miraculeusement de bière désaltérante.

Aujourd’hui encore, tous reproduisent l’œuvre du saint grâce à leur carte de crédit…

[divider]À lire pour en savoir plus[/divider]

Bertrand Hell : Bertrand Hell, L’Homme et la bière, Éditions Jean-Pierre Gyss, 1982, p.174-188.

nominis.cef.fr/contenus/saint/1667/Saint-Arnoul-de-Soissons.html

nominis.cef.fr/contenus/saint/1529/Saint-Arnoul-de-Metz.html