C’est le temps d’une session

Session

Quel moment délectable de se retrouver entre amis autour de maintes tournées de bières, de partager des discussions enflammées et rires éclatés, de recréer le monde l’instant d’une veillée ! Une expérience inoubliable, si seulement le groupe en question ne s’enivre pas à excès. Après les bières impériales ou en fût de chêne, le concept britannique de session beer s’introduit tranquillement dans la culture québécoise, une bière de soif faible en alcool et savoureuse, parfaite pour ces occasions rassembleuses.

En 2008, Martin Vaillancourt, copropriétaire et maître-brasseur du Corsaire microbrasserie, a créé une ale légère en alcool et bien houblonnée, sa Session Kirke, une des premières bières session typiquement anglaise au Québec. « J’ai voulu reproduire les bières session qui semblaient complètement inexistantes », confie le brasseur pour qui l’Angleterre représente sa terre d’éducation brassicole.

Les sessions sont, en règle générale, des bières de soif de style anglais, savoureuses et dont le taux d’alcool est inférieur à 4,1 %. Dans un article de 2011 du magazine Brew Your Own, Gordon Strong, président du Beer Judge Certification Program, écrivait « la bière session n’est pas un style en soi, mais un regroupement de bières ayant des caractéristiques similaires permettant de boire plusieurs pintes de suite ». Leur origine, quant à elle, reste une histoire incertaine.

Un concept britannique

Le terme session est utilisé par les Britanniques depuis belle lurette, explique Martin Thibault, coauteur des Saveurs gastronomiques de la bière. Au Royaume-Uni, il signifie une soirée lors de laquelle on prend plusieurs verres tout en jasant

Dans ses recherches sur l’origine du terme session beer, Martyn Cornell, auteur, journaliste et historien brassicole, explique comment le concept aurait été une invention du 20e siècle. « L’histoire des “session beers” précède de plusieurs décennies le terme même, raconte-t-il. Au 19e siècle en Angleterre, les bières les moins fortes auraient eu des taux d’alcool de 4,5 % et plus. La bière “moderne” légère-mais-savoureuse, c’est-à-dire toute bière de soif en dessous de 4 % d’alcool et agréable au goût, découle probablement des restrictions imposées par le gouvernement lors de la Première Guerre mondiale ».

En 1914, le Defence of the Realm Act donnait au gouvernement des pouvoirs de restrictions en temps de guerres. Afin de contrôler la consommation des ouvriers, on exigea la baisse du taux d’alcool, ainsi que des heures d’ouverture des bars réduites à deux périodes. « Ces restrictions de guerre, n’ayant pas été abrogées après les hostilités, ont maintenu les heures d’ouverture des bars à deux sessions, une sur l’heure du dîner et l’autre le soir. Les “session beers” proviendraient-elles de l’idée qu’on pouvait en boire plusieurs tout au long de l’une ou l’autre de ces périodes ? », s’interroge l’historien.
Ce concept est aujourd’hui ancré dans les pratiques sociales anglaises. « La bière fait partie du décor des pubs anglais, résume Martin Vaillancourt. Lorsque l’on veut passer une journée à boire tout en jasant, on ne veut pas tomber dans les bières fortes ». Jan-Philippe Barbeau, brasseur du Loup Rouge, suggère que cette relation entre les Anglais et la bière « est l’équivalent européen de se rassembler autour d’un café ».

Session du Nouveau Monde

Brasser un produit faible en alcool et savoureux peut représenter un défi. La bière de soif n’est pas un concept inconnu en Amérique du Nord, mais trop souvent, l’amateur de bière l’estime légère et fade. « Le consommateur aime acheter des bières faibles en alcool, témoigne Philippe Wouters, spécialiste en bières et éditeur du journal Bières et Plaisirs. La Coors Light est d’ailleurs la bière la plus vendue au Canada. Mais le consommateur de bières artisanales veut des bières savoureuses ».

Au Québec, on retrouve quelques créateurs de bières sessions anglaises telles que Le Corsaire microbrasserie et Brasserie artisanale Albion. On observe aussi une tendance se pencher vers les Session IPA, ou India Session Ale (ISA). Ces ISA, moins for­tes en alcool qu’une IPA habituelle, mais plus houblonnée qu’une Pale Ale, résultent d’une adaptation américaine bien répandue aux États-Unis depuis à peine un ou deux ans. Cependant, ce nouveau style provoque des discussions chez certains professionnels du monde brassicole.

« Les Américains utilisent [le terme session] à leur façon pour désigner une bière d’un style particulier, mais dans un format plus faible en alcool, explique Martin Thilbault. Toutefois, ils semblent oublier que pour réellement réussir une session à la Britannique, il faut que la bière soit faible en alcool. On aperçoit malheureusement des bières dans les 5 % et même 6 % d’alcool porter le nom “session” ». Dans l’un de ses récits, Martyn Cornell écrivait dans la même pensée qu’une « bonne bière session ne devrait pas dominer une occasion ou être le centre de l’attention. Elle doit capter juste assez l’intérêt du buveur pour qu’il en désire une autre, sans le distraire du but premier des sessions, soit celui de profiter d’un moment convivial entre amis ».

Le Québec, quant à lui, offre une poignée d’ISA se rapprochant davantage du concept de bière légère-mais-savoureuse. On compte la Session d’été à 4,2 % du Benelux Brasserie artisanale, la Session à 3,8 % des 3 Brasseurs à Ste-Foy et la bientôt offerte Session Houblon à 4,3 % de Microbrasserie Le Castor. « Par définition, les Session IPA sont des sessions, mais par tradition, peut-être moins parce qu’une IPA est en général au moins 5 à 6 % d’alcool. Alors est-ce qu’une IPA en bas pourcentage d’alcool est encore une IPA ? », s’in­terroge Jan-Philippe Barbeau. « En même temps, le marché québécois n’est pas traditionnel parce qu’on aime mélanger les styles ».

Style de bière versus style de vie

En Angleterre, la session beer ne représente pas tant un style de bière qu’un style de vie, soit celui de se rassembler entre amis dans un pub, de discuter des heures, tout en calant 4 ou 5 pintes légères et savoureuses.
Ce style de vie s’installerait-il dans nos mœurs ? Peut-être pas dans toute son entité. Cependant, le terme session entre de plus en plus dans le jargon brassicole américain et québécois. Serions-nous plutôt en train de classer un style de vie en catégorie de bière ?

Chose certaine, après les bières fortes, place aux bières légères. Toutefois, qui dit « bière légère » ne dit plus nécessairement « bière moins goûteuse » !

[divider]À surveiller[/divider]

25 ans pour McAuslan, ça se fête en grand !

C’est le vendredi 26 et samedi 27 septembre prochain que McAuslan soulignera son 25e anniversaire sur la scène brassicole québécoise. Ouvertes à tous, les célébrations auront lieu à la Brasserie McAuslan sur la Terrasse St-Ambroise et à l’Annexe St-Ambroise. On prévoit bien sûr une programmation musicale festive pour l’occasion et d’autres surprises qui seront dévoilées prochainement sur le site web de la brasserie, ainsi que sur les réseaux sociaux. De plus, dans notre prochaine édition de Bières et plaisirs, quelques rubriques seront consacrées à la brasserie, vous permettant ainsi d’en apprendre davantage sur l’une des grandes microbrasseries québécoises qui a su innover et rester parmi les meilleures de l’industrie. Un quart de siècle à brasser des bières québécoises de qualité, félicitations !