Nut Brown Ale Casse-noisettes

Nut Brown Ale

C’est bien connu, le terme « Nut Brown Ale » indique qu’on a affaire à une bière aromatisée aux noix ou aux noisettes.

Ouais… Mais non, c’est pas vraiment ça !

« Nut Brown Ale » ne doit, dans ce contexte, pas être compris comme étant une « Ale brune aux noisettes / noix » (Nut | Brown Ale), mais comme étant une « Ale de couleur brun noisette » (Nut Brown | Ale). Pour bien comprendre comment ce quiproquo est né, il faut remonter presque aux origines…

Enfin, aux origines de la renaissance brassicole en Amérique du Nord, à la fin des années 70 et au début des années 80. Les pionniers de l’époque, dans leur quête de types de bière différents de la lager blonde de masse, se sont naturellement tournés vers les rares bières européennes disponibles en importation. Dont des Britanniques, comme la Bass Pale Ale, qui a inspiré la Sierra Nevada Pale Ale, donnant naissance à une lignée prolifique de pale ales américaines. Ainsi que la Fuller’s ESB (pour « Extra Special Bitter »), seule bière à porter les trois lettres en Grande-Bretagne, mais dont les clones nord-américains sont légion, celle de Red Hook ayant semble-t-il été la première.

Et puis il y avait les bières de la brasserie Samuel Smiths, à Tadcaster dans le Yorkshire. En fait de brasserie, c’est un bel OVNI… Brasserie indépendante fondée en 1758, cohabitant depuis toujours avec la géante John Smiths, qui appartient de nos jours à Heineken (John Smith étant l’oncle de Samuel Smith, pour ceux qui se demanderaient s’il y a un lien), les gens chez Samuel Smiths observent un silence total vis-à-vis des médias, ne publient pas leurs résultats, l’actionnariat étant purement familial, ils ne participent pas aux festivals brassicoles, pas même « en touristes ». Les pubs appartenant à la brasserie ne portent pas le nom de la brasserie sur leur enseigne, mais tout ce qui y est servi ou presque, des bières aux croustilles, en passant par le cidre, porte la griffe Samuel Smiths. Et pas de musique de fond. Pour tout dire, la brasserie n’a un site internet que depuis trois ou quatre ans… tout à contre- courant du « bon sens commercial généralement accepté », quoi.

Dans ce contexte de discrétion conservatrice, il est presque étonnant que leurs bières aient été importées aux États-Unis dès 1978. Mais vu leurs indéniables qualités, elles y ont manifestement mar­qué une première génération de microbrasseurs éta­suniens en quête d’inspiration, et que tant le Taddy Porter que l’Imperial Stout ou l’Oatmeal Stout aient laissé une trace dans leurs bières.

Et cette Nut Brown Ale alors ?

On y arrive… C’est simplement une Brown Ale « du Nord », cousine par exemple de la Newcastle Brown Ale. Mais, là où cette dernière n’est plus que l’ombre d’elle-même, la Nut Brown Ale de Samuel Smiths affiche un solide caractère, conditionné par l’eau sulfatée très dure de Tadcaster, qui rend la bière sèche avec une amertume nerveuse, voire brutale, ainsi que par une levure de fermentation haute qui laisse un caractère fruité de pomme cuite ou de raisins secs. Et quelques alcools supérieurs qui se rappellent à notre souvenir le lendemain matin si on en abuse ! Côté malt, une combinaison de malt pâle, caramélisés et grillés laisse un petit goût noisetté en fin de bouche. Et une couleur en rapport, brun roux profond. Un brun noisette. D’où son nom.

Et fatalement, ce nom étant adopté par des dizaines de bières inspirées de celle de Samuel Smiths à travers l’Amérique du Nord, arriva ce qui devait arriver : la rumeur s’est répandue qu’il y avait vraiment des noix ou des noisettes dedans, dans une tentative de comprendre la différence avec une simple brown ale. Au point où certains, comme Rogue, additionnent carrément leur HazelNut Brown d’un arôme de noisette.

Santé !