Pas bon la bière ?

« Hiroshige Grey mullet and camellia » par Hiroshige — http://visipix.com/. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg#mediaviewer/Fichier:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg
« Hiroshige Grey mullet and camellia » par Hiroshige — http://visipix.com/. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg#mediaviewer/Fichier:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg

J’ai dans mon cercle d’amis des gens qui ne travaillent pas dans le monde de la bière, mais qui en consomment et s’intéressent au sujet. Depuis quelques semaines, je reçois assez souvent plusieurs articles qui dénoncent les matières premières utilisées dans la bière. La bière, c’est mal selon plusieurs médias. Une explication s’impose.

Tout a commencé par un article publié sur le site foodbabe.com, au titre évocateur « The Shock­ing Ingredients In Beer ». L’auteur s’est penché sur les ingrédients « secrets » que contiendrait la bière en n’oubliant pas de préciser que le tout est caché au public, car les brasseries n’ont pas l’obligation de la diffuser. Le ton de l’article est donné : vous êtes victime d’une vaste conspiration provenant des grandes brasseries mondiales et la bière est dangereuse pour votre santé.

En étudiant d’un peu plus près les « recher­ches » réalisées par l’auteur, on se rend compte que son principal cheval de bataille était de découvrir si les grandes brasseries utilisaient des céréales génétiquement modifiées, plus particulièrement le maïs. Le maïs est utilisé par des grandes brasseries depuis des années comme adjuvant dans une recette de bière, car celui-ci contient du sucre et est nécessaire à la création d’alcool pendant la fermentation, tout en ayant un coût moins élevé que l’orge ou le blé. Historiquement, il est utilisé par de nombreuses brasseries depuis des siècles. Est-ce que ce maïs, utilisé en brasserie, peut être génétiquement modifié ? Si 90 % de la production de maïs aux États-Unis est génétiquement modifiée, il y a de fortes chances que tout ce qui contient du maïs dans votre alimentation soit génétiquement modifié. Le problème est généralisé, pas juste centré sur la bière.

Les autres ingrédients pointés du doigt : les colorants alimentaires qu’utilisent certaines brasseries dans diverses bières. Ce n’est pas un secret pour personne, le colorant est effectivement utilisé en grande brasserie industrielle pour colorer la bière de manière artificielle. Ce colorant, à saveur de caramel, est le résultat de la chauffe des sucres en présence d’ammoniac. Les autorités sa­nitaires ont établi que la dose maximale était de 100mg / KG (basé sur le corps humain). Vous le re­­trou­verez également dans des confiseries, du pain, des sauces et certaines boissons cola. Dans l’article de foodbabe.com, on mentionne qu’il en existe dans la Newcastle Brown Ale, mais encore une fois, aucun chiffre ne vient valider la quantité, la toxicité et la dangerosité de son utilisation, particulièrement dans la bière.

De la vessie de poisson dans ma bière ?

La vessie natatoire de poisson, également appelée l’ichtyocolle, est parfois utilisée en brasserie comme agent de collage et de clarifiant. Elle permet à la levure de se déposer plus rapidement au fond de la cuve cylindro-conique et est évacuée par le brasseur avant de pomper la bière. En clair, cet agent clarifiant ne se retrouve pas dans votre bouteille. Je précise également que cet agent est de moins en moins utilisé, car remplacé par des filtres et centrifugeuses que des grandes brasseries industrielles pointées du doigt peuvent se payer sans au­cun problème. Je rajoute également que cet agent est très souvent utilisé dans des vignobles, pour les mêmes raisons.

Du sucre dans ma bière ?

Pour conclure, la FoodBabe a été jusqu’à cri­ti­quer l’utilisation de dextrose dans la bière, sour­ce d’une possible problématique cancérigène. J’aime­rais préciser que de nombreuses brasseries l’utilisent en effet dans le but d’augmenter le taux d’alcool d’un produit sans y ajouter de protéines pro­venant de l’orge, par exemple, le sucre étant entièrement fermentescible. Vous seriez étonnés de la liste de bières qui en contiennent, que ce soit dans les microbrasseries ou les gran­des brasseries.

Vous l’aurez compris, la bière n’est pas un produit dangereux à consommer. Votre principale préoccupation liée à votre consommation de bière sera celle de l’absorption d’alcool, le véritable danger d’une consommation abusive. L’alcool n’est pas nécessaire pour la vitalité du corps humain, c’est un luxe que d’en consommer. Cependant, plusieurs études ont démontré qu’un verre de bière par jour, sur un maximum de 5 jours d’affilée, était bénéfique pour la santé si cette bière est principalement composée de malt d’orge, de houblon, de levure et d’eau.

De très nombreuses fois relayé sur les réseaux so­ciaux, cet article a créé des dommages à l’ensemble de l’industrie, y compris les microbrasseries. Encore une fois, on dénonce la bière comme un produit industriel fabriqué de toutes pièces alors qu’il existe bien plus de produits artisanaux irréprochables dans un secteur qui démontre depuis quelques années une énergie que beaucoup envient.

Continuez d’encourager une culture qui est la nôtre et soyez plus critique à la lecture de ce genre d’article provocateur qui a comme seul intérêt de créer un buzz.

 

« Hiroshige Grey mullet and camellia » par Hiroshige — http://visipix.com/. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons – « Hiroshige Grey mullet and camellia » par Hiroshige — http://visipix.com/. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg#mediaviewer/Fichier:Hiroshige_Grey_mullet_and_camellia.jpg