Le Shandy : histoires autour d’un mélange pétillant

shandy

Les cocktails sont à la mode. Le monde de la bière n’échappe pas à la vague. En Europe, la pratique est intégrée à la tradition. Les Allemands sont fervents de Biermischgetränke. Les Français et les Belges n’hésitent pas à ajouter quelques doses de Picon, une liqueur d’orange amère. Dans les îles Britanniques comme au Québec, beaucoup de pubs proposent des mélanges à base de bières aux noms évocateurs tels que les fameux Black Velvet (Cidre mousseux ou bien vin mousseux et Stout irlandaise) et Black n’ Tan (moitié Lager, moitié Irish Stout) ou Snakebite (moitié stout ou lager, moitié cidre fort plat).

Dans cette chronique d’histoire, penchons-nous sur les racines historiques d’un cocktail bien apprécié sous la canicule : le Shandy, connu en français sous le nom de panaché. Prenons un peu de recul et explorons les ramifications historiques de ce cocktail à base de bière.

Qu’est-ce qu’un Shandy ?

Très semblable au Radler allemand ou au panaché français, un Shandy se compose pour moitié d’ale et de soda, parfois du « soda gingembre », mais le plus souvent de limonade gazéifiée. Très rafraîchissants, plusieurs brasseries ont proposé dans les dernières années des versions embouteillées du mélange tel que Molson-Coors sous sa marque Rickard’s ou bien le Castor avec sa Zeste Saison au pamplemousse qui ne s’éloigne pas trop de l’esprit du mélange. Dans les faits, la recette gagnante se trouve dans la combinaison de sucré, d’amertume, d’effervescence (apporté par l’eau gazéifiée) et d’acidité (fournie par les agrumes).

Citron, agrumes et alcool, une mode qui remonte à loin

Ramené en Europe par les Croisés au XIVe siècle, l’usage du citron et de la limonade se popularise sensiblement au milieu du XVIIIe siècle. L’intensification du commerce maritime et des voyages au long cours appellent un remède au funeste scorbut. Cette maladie potentiellement mortelle résulte d’une carence en vitamine C, une vitamine dont regorgent les agrumes. Il faut attendre 1747 pour que l’Écossais James Lind réalise une expérience sur des marins de la Royal Navy, démontrant les bénéfices du citron dans le traitement du scorbut. Il faudra cependant attendre 1795 pour que la marine britannique distribue des rations de citron en complément des rations de rhum. Cela dit, le mélange d’agrumes et d’alcool se répand bien rapidement, en particulier dans le monde britannique avec la popularisation du punch. On en faisait déjà des versions embouteillées que l’on vendait sous le nom de shrub. C’est à la suite d’une autre découverte du Siècle des Lumières que les mélanges bières et boissons gazéifiées ont vu le jour.

Les origines des sodas et autres boissons gazéifiées

On croyait à l’époque que les eaux minérales gazeuses possédaient des vertus curatives. La découverte d’un processus de fabrication d’une eau gazeu­se artificielle en 1767 par le pasteur anglais Joseph Priestley s’annonçait comme une découverte médicale majeure. Le scientifique anglais découvrit, en effet, qu’en laissant un bol d’eau au-dessus d’une cuve de bière en fermentation, il obtenait la précieuse eau gazeuse.

Vers 1783, un horloger suisse, Johann Jacob Schweppe, reprit les résultats de Pristley et développa un processus de fabrication industrielle d’eau gazeuse. Il déménagea en 1790 à Londres pour y fonder une usine. Il abandonna vite l’affaire, mais ses associés poursuivirent l’aventure. En 1835, est lancée sur le marché la « Schweppe’s Aerated Lemonade ». Certains diront que c’est un aubergiste bavarois, Franz Xavier Kugler, en 1922 qui inventa la mixture pour contenter une horde de cyclistes assoiffés. Néanmoins, sans trop se tromper, on peut s’imaginer que l’idée de mélanger bière et boissons gazeuses apparut bien avant. L’habitude se popularisa probablement lors des chaudes journées dans les tavernes de l’Empire britannique. Le Québec n’est pas en reste comme l’attestent les bouteilles d’eau gazeuse du XIXe siècle trouvées à la Pointe-à-Callière dans le Vieux-Montréal.

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