Un engagement social

Consigne

Au Québec, près de 1,2 milliard de contenants de bière sont distribués chaque année. Depuis plusieurs années, un système de con­signe pour les bouteilles de bière réutilisables est en place. On parle de la « consigne privée ».

Dans un rapport fournit par L’Association des brasseurs du Québec (ABQ) on peut y lire que « les systèmes de consignes privé et public maintenus par les brasseurs depuis des décennies, sans injection de fonds publics, se sont révélés le plus puissant outil de récupération des contenants mis à la disposition des Québécois. » Cependant, le gouvernement du Québec démontre une volonté de modifier ce système et d’en réduire les impacts sur le plan environnemental.

Aujourd’hui, la consigne privée est un défi pour le brasseur, le détaillant et le consommateur, mais elle ne doit pas disparaître. Et si nous modifions notre façon de consommer…

Les irritants

Même si la consigne privée permet de réutiliser jusqu’à une dizaine de fois le même contenant de bière, il s’avère qu’avec l’augmentation du nombre de bières sur les tablettes, les irritants se sont accumulés, principalement sur la gestion des « retours » du consommateur.

Du point de vue de la brasserie, de nombreux nouveaux contenants de bière sont disponibles sur le marché, permettant au brasseur de sélectionner des bouteilles du format et de la forme de son choix, tou­tes « encadrées » par la consigne privée et autorisées à être commercialisées et recyclées. Plus d’une dizai­ne de contenants sont maintenant disponibles et sont une alternative à la fameuse bouteille de 341ml brune également appelée AT2 que nos grands brasseurs utilisent encore fréquemment. Lorsqu’une bra­sserie utilise un contenant CRM (contenant à rem­plissage multiple), elle s’engage à le récupérer vide, à le laver ou le faire laver et à le réutiliser.

Du point de vue des détaillants, les défis sont de taille. Tout détaillant se doit d’accepter les « retours ». Chaque contenant vendu sur ses tablettes est théoriquement rapporté au détaillant. Mais alors que les bouteilles pleines posent fièrement sur les tablettes de vos détaillants favoris, les bouteilles vides se doivent d’être stockées par brasserie et par format. Une gestion devenue problématique pour la grande majorité des détaillants qui consacrent leur arrière-boutique à la collection de bouteilles vides aux formats différents.

Du point de vue du consommateur, celui-ci est irrité chaque fois qu’il doit rapporter ses bouteilles vides, car le détaillant se voit forcé de refuser certaines consignes ou d’en limiter le nombre à chaque visite. Cette pratique est de plus en plus commune dans les établissements de plus petite taille. La con­signe laisse donc un goût amer.

Une consigne encore plus « sociale »

La consigne privée est un service offert par les brasseurs qui permet de diminuer considérablement l’impact environnemental. Elle doit demeurer en place. Pourrions-nous cependant retravailler un peu sa forme et intégrer une notion sociale encore plus importante ?

Vous l’aurez compris, la gestion des bouteilles vides est un défi que se livrent les brasseurs, les détaillants et les consommateurs. Les trois formant la boucle de recyclage entre la brasserie, le détaillant, le consommateur, à nouveau le détaillant et finalement la brasserie, pour le nettoyage et la réutilisation.

Pourquoi ne pas créer une entreprise sociale de récupération des consignes privées et en faire un projet de réinsertion ? On ajouterait un acteur important dans le cycle du recyclage. Le consommateur aurait le choix de déposer ses «retours» auprès de son détaillant préféré qui ferait appel à cette compagnie pour le retrait fréquent, le triage et la manutention des contenants consignés ou de les déposer directement dans un centre de tri. Plusieurs centres de tri seraient établis à travers la province et offriraient également un comptoir grand public. Le taux de recyclage des contenants CRM est actuellement de 95 % selon le site de l’ABQ, un taux exemplaire qu’il est important de maintenir.

Il y a quelques années, je travaillais dans un organisme d’aide à l’emploi qui formait et aidait des gens ayant des barrières à l’emploi. Divers emplois et projets étaient attribués à une clientèle fragile et une grande part d’appui et d’accompagnement permettait d’offrir un environnement de travail adéquat. J’y vois donc un projet semblable qui tiendrait compte, dans son plan de fonctionnement, des enjeux et défis de ses employés. Plusieurs catégories d’emplois seraient disponibles tout en renforçant un service que l’on se doit de conserver.

Un projet réaliste ?

Je n’ai réalisé aucune étude de faisabilité, étude d’impacts ou rencontres, mais je crois à l’implication encore plus sociale d’un projet environnemental qui ferait preuve de leadership à travers l’industrie de la bière, mais également différents autres types d’industrie.

Est-ce que ce système pourrait également être fi­nan­cé avec la consigne publique ? Est-ce qu’il est via­ble ? J’espère avoir convaincu quelques intervenants d’y réfléchir.