Coup de cœur pour Tête d’allumette

Lors de mon dernier voyage dans le Bas-St-Laurent, j’en ai profité pour faire un détour par St-André-de-Kamouraska. J’y ai eu un coup de cœur pour Tête d’allumette.

Votre premier défi sera de ne pas vous fier à votre GPS. En effet, il vous amènera bien à court de l’endroit où se situe cette toute nouvelle microbrasserie. Vous n’avez qu’à continuer un peu plus loin, jusqu’au garage en tôle où vous y verrez en grosses lettres le nom de cette microbrasserie.

Le terrain devant la brasserie vous amènera tranquillement vers l’état de relaxation que vous recherchez normalement lorsque vous vous dirigez vers un tel établissement.

L’intérieur en bois donne à la brasserie un aspect chaleureux. Vos yeux se tourneront presque immédiatement vers le mur nord. Celui-ci, vitré, donne une vue sur la terrasse arrière. Puis vous réaliserez qu’un peu plus loin, vous avez aussi une magnifique vue sur le fleuve St-Laurent. C’est à ce moment que vous comprendrez pourquoi les propriétaires ont choisi ce lieu pour s’y établir. J’apprendrai plus tard que le brasseur et sa conjointe, propriétaires de cette petite entreprise, leurs familles et des amis auront grandement contribué à la transformation d’une vieille demeure en cette microbrasserie. Si j’en juge par les sourires et rires de la clientèle, celle-ci apprécie grandement tant la salle que la terrasse. En fait, en cette journée ensoleillée, les clients à l’intérieur surveillent attentivement les mouvements sur la terrasse afin d’y déménager leurs pénates dès qu’une table se libère.

Comme partout où je vais, je ne m’annonce ni ne me présente. Vous devriez donc vous aussi avoir droit à un accueil cordial, professionnel et amical. Bien que misant sur les touristes qui séjournent dans cette région, une bonne partie de la clientèle est aussi composé de « locaux »; ceci suggère que Tête d’allumette a réussi à attirer les gens de la région, une bonne nouvelle.

Trois bières de Tête d’allumette étaient disponibles lors de ma visite et une quatrième était dans les cuves. Quelques autres produits de microbrasseries québécoises complètent l’offre. Un petit menu bouffe est aussi proposé mais je me suis concentré sur les bières.

La ESB offerte reflétait tout à fait le style et est offerte comme bière d’entrée pour les nouveaux consommateurs. L’IPA souffrait légèrement de la qualité du houblon disponible mais à voir le nombre de personnes qui en consommaient avec un sourire accroché au visage, j’étais probablement la seule personne à en être conscient. Le brasseur m’a confirmé le tout plus tard tout en mentionnant qu’il travaillait fort à sécuriser à long terme un approvisionnement de qualité en houblon. (Quelque soit le domaine, les p’tits nouveaux ont tous une certaine difficulté à s’approvisionner à leurs premiers pas.) Quant à La Gasket de Tête, un stout à l’avoine, je l’ai tout simplement adoré; je crois que les passionnés de la bière partageraient mon avis.

Lorsque je sors papier et crayon et commence à prendre des notes, j’attire les regards. Du bar, ce fut pour me faire demander par la propriétaire si j’étais en train de travailler. De l’autre côté, le brasseur bien occupé dans sa brasserie me regardait avec un petit air interrogateur. Quelques minutes plus tard, il était assis avec moi et nous discutions de leur cheminement et de leurs projets à plus long terme.

Il aura fallu près de trois ans entre le moment où a germé l’idée d’ouvrir une brasserie et celui où les portes grandes ouvertes ont laissé entrer leurs premiers clients.

La brasserie est située hors du village entre autres parce que les propriétaires ne voulaient pas incommoder leurs voisins puisqu’ils chauffent au bois. Ils ne voulaient pas non plus leur faire courir de risque de passer au feu! C’est à ce moment que j’ai appris qu’il ne chauffait pas que le bâtiment de cette façon mais aussi les cuves de brassage. L’inspiration d’une telle approche lui est venue de la brasserie Caracole. Malgré cette technique unique au Québec, les bières ne présentent pas de traces de fumée; en tout cas, moi, je n’en ai pas détecté. Cette particularité piquera assurément la curiosité des brasseurs québécois; il devrait assurément en résulter des bières brassées en collaboration avec d’autres brasseries québécoises.

La brasserie elle-même ferait nombre d’envieux parmi la confrérie des brasseurs. L’espace n’y manque pas et a été conçue de façon à permettre un agrandissement éventuel. Le brasseur m’a mentionné qu’il lui était important d’avoir un lieu de travail agréable. Et c’est le cas. En effet, dans quelle brasserie trouverez-vous des papillons en bois au plafond?

L’utilisation du bois pour chauffer les cuves donne un visuel inhabituel au système de brassage, les cuves étant « encastrées » dans ce que je pourrais imager comme un grand poêle à bois! Il faut ici saluer l’ingéniosité du brasseur et de l’équipe qui l’a aidée dans cette démarche.

Pour le site, les bières, l’accueil et les sourires, je me dois de vous recommander d’y faire un détour la prochaine fois que vous vous dirigerez vers ce coin du Québec.