JOUR 04: Le décorum de Decorah

Avec une journée aussi asphaltée que céréalière effectuée la veille, je trouvais important de se donner un répit avant de traverser l’autre moitié du Midwest. Le plan était simple, parcourir Iowa city sans voiture, le plus naïvement possible, une ville qui a des allures de Burlington sur un buzz de camomille. À la naïveté se greffait, bien sûr, un brin de préméditation.

Prochain arrêt: John’s Grocery

Au beau milieu du slalom urbain se cachait un petit trésor. Une épicerie de quartier habillée en magasin général qui couve un secret, celui de sa sélection de bouteilles déroutante. Après quelques minutes à chercher la dite cachette, je me mets à douter de mes recherches, ‘’Peut-être l’endroit a-t-il changé de vocation?’’. Finalement c’est mon amour-haine des croustilles qui m’amène vers la voûte qui se cachait derrière le présentoir organisé en arche. Tout de suite je me dirige vers Chris, le gérant, pour être au parfum de ce qui se passe localement. Je passe au moins quinze minutes à déplacer quelques bouteilles et fouiner un peu plus pour un résultat satisfaisant. Des cuvées spéciales de Prairies Artisan Ales, une Pseudo Sue de Toppling Goliath et des miettes plus tard, nous sommes de retour vers l’exploration pédestre. Je garde ta carte Chris, tu livres jusqu’en Californie hein?

Prochain arrêt: Courtyard and Cellar

Après un retour assez soporifique de quelques heures sur la route, la modeste ville de Decorah apparaît devant nous. Pas très compliqué de se stationner sur la rue Water un mardi après-midi pendant les vacances de Noël. La bâtisse qui abrite notre prochain arrêt semble partiellement inoccupée et on a du mal à trouver l’endroit. La raison en est fort simple, ce repère de bière est pratiquement un donjon et ne se laisse pas approcher facilement. Dès les premières enjambées, nous sommes aussitôt charmés par l’endroit avec ses briques, boiseries, foyer et Benji qui nous accueille en humble et passionné personnage. C’est à cet endroit en particulier que l’aura entourant Toppling Goliath me frappe le plus fort. L’odeur, le feu qui crépite à l’arrière et une rangée complète de leurs produits sur une grande table de bois dense aura eu l’effet voulu. Dans un monde idéal, on aurait pris le temps de déboucher quelques bières avec notre hôte, mais une voix nous appelait. La raison même de notre détour vers Decorah avait déclenché son magnétisme.

Prochain arrêt: Toppling Goliath Brewing Co.

Le débit de bière du Goliath nous regarde de haut avec son enseigne ‘’If you tap it they will come’’ et je me sens soudainement manipulé. Ce sentiment disparait complètement quelques instants plus tard, alors que je tiens une pinte de Dorothy, encore une fois. Rien de chic à propos de ce bar qui ressemble plus à une salle de bingo, mais la bière attire habilement toute l’attention. Des habitués de la place dégustent une Kentucky Brunch Brand Stout à la table d’à côté mais pour la plupart des clients, ce n’est que la taverne du coin. Aucune trace d’un quelconque engouement démesuré, seulement un club social avec de l’or qui coule des pompes. Après avoir essayé et réessayé leurs concoctions enivrantes et m’être bien imprégné d’un endroit que je ne reverrai peut-être plus, nous glissons vers la Kia Soul qui ronflait dans le stationnement.

Prochain arrêt: El Bait Shop

Après plusieurs autres heures sur la route à écouter des baladodiffusions et à se rapprocher du centre de l’Iowa, un essoufflement se fait sentir. Une petite fuite dans la batterie, que le charme discret de Des Moines n’a su colmater à première vue. Encore une fois, quelles sont les chances que l’on retourne dans cette région du monde? Très faibles, si on n’est pas fervent de sport universitaire. Une saucette dans le plus prolifique bar à bières de la région nous semblait alors naturelle. Après une marche bien trempée dans la neige fondue, nous arrivons finalement au El Bait Shop, serti dans son interminable support à vélo et sa grande terrasse. Un bar qui est assurément plus enchanteur l’été qu’un 23 décembre après une tempête. La quantité de bières disponibles en fût et en bouteille est réconfortante, tout comme le décor bric à brac où tout semble sorti d’un marché aux puces. Nous essayons plusieurs trucs locaux qui ne se trouvent pas ailleurs, comme Confluence, Firetrucker et Keg Creek, mais aussi des valeurs sûres d’un peu partout sur la planète. Assez pour pouvoir cocher ‘’Des Moines’’ sur notre liste. Maintenant, c’est le temps de cocher ‘’Lit moelleux dans un hôtel à rabais’’. Demain, Omaha n’a aucune chance de s’en sortir. Promis.

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