Jour 08: Du désert pour dessert

Denver a été, comme prévu, juste et bonne pour nous. Comme avec les autres grandes villes aux multiples possibilités, c’est toujours difficile de tourner la page en sachant qu’on n’a pas tout vu. C’est avec un petit pincement au foie qu’on se doit maintenant de lui dire à plus tard. Parce qu’un plus tard, il y en aura un, la liste est trop grande. Après un petit déjeuner dans un café-bar végétarien et un dernier tour de piste, c’est le moment d’entamer notre chute libre vers Albuquerque. Une chute, littéralement, pour Michèle qui ne va pas très bien au réveil. Virus? Empoisonnement? Possession? Certainement un mal-être dont je ne l’ai jamais vue être affligée.

Prochain arrêt: Trinity Brewpub

TrinityQuitter le Colorado pour le Nouveau-Mexique c’est aussi passer d’un décor surréaliste à un autre, une transition assez marquante mais qui n’est pas unique à ce coin du monde. Avant de passer dans l’état voisin, une créative et confiante microbrasserie se trouve sur notre chemin. Trinity donne généreusement dans les expériences avec les brett, bactéries et vieillissement en barriques de toutes sortes. On se retrouve, cette fois-ci, non pas dans un quartier industriel mais dans un  mini centre d’achats assez morne si ce n’était des montagnes qui veillent au-dessus de nous. Un grand corbeau est perché sur l’enseigne du pub et m’invective ou me souhaite la bienvenue, je n’arrive pas à décoder. À l’intérieur, l’endroit a une âme, c’est déjà beaucoup. La sélection de fûts et de bouteilles et a de quoi affoler mais il est à peine 11h et il reste encore plus de 5h de route à manger. En plus Michèle est définitivement K.O., elle ne sera plus elle-même de la journée, c’est donc moi et la route. Le temps d’essayer quelques trucs dont une IPA 100% brett terriblement juteuse et propre, et nous sommes déjà partis.

Prochain arrêt: La pharmarcie

La chute géographique se poursuit aussi vite que l’état de Michèle. Pas vraiment le temps ni l’envie de retarder le périple d’une journée, dans le désert, pour un estomac belliqueux. Je prends la première sortie qui semble mener à la civilisation pour finalement tomber sur une pharmacie à l’éclairage perçant. Pendant un moment, je me sens comme Mickey Knox, dans Natural Born Killer, qui cherche désespérément de l’anti-venin.  Le remède miracle, la capsule de cola, est en rupture d’inventaire. TROUVEZ-MOI QUELQUE CHOSE QU’ELLE PUISSE SE SENTIR MIEUX!!!

Prochain arrêt: La Cumbre Brewing Co.

CumbreMichèle va de mieux en mieux, du moins assez pour sourire et pour le moment c’est suffisant. Je suis aux portes d’Albuquerque et je ne pense qu’à une chose, m’enfiler une Elevated IPA. Après avoir déposé Michèle dans le lit de l’hôtel, je me dirige vers La Cumbre, cet oasis légendaire qui n’a pas d’égal à des centaines de kilomètres à la ronde. Je m’assois et fais disparaitre la IPA tel que promis en regardant du coin de l’oeil la liste de fûts et de l’autre le cover band 90s qui frétille à 3 mètres de mon visage. Je suis définitivement content d’être hors de la voiture après plus de 8 heures et cet endroit m’offre tout ce dont j’ai besoin pour décrocher. Je vais me souvenir longtemps de la palette de dégustation qui a suivi. La South Peak Pilsner, un model irréprochablement süffig de ce que devrait être une bière de soif, rien d’abrasif, un tricot de dentelle gustative. La Malpais Stout avec sa décadence aussi aiguisée que l’immortalité de ses composantes. La Project Dank engluée de résine et droite comme un chêne, une prémisse évanescente à la côte ouest. Je me sens soudainement triste pour Michèle, cette brasserie est phénoménale. Je me dirige ensuite brièvement chez le voisin, Canteen Brewhouse, pour échantillonner leurs progénitures. Un moment malaisant où je me retrouve devant le gérant du bar à discuter en buvant les bières très moyennes de la maison. Je ne pense qu’à deux choses, la South Peak Pilsner et Michèle qui prend du mieux, je l’espère, dans son lit douillet. Je règle la facture et laisse la moitié des liquides derrière pour retourner chez La Cumbre qui est sur son last call.  J’aperçois soudainement le plus petit et mignon des grogneurs jamais conçu et le fait remplir de Pilsner sur le champ. Une fois à la chambre, je réveille doucement Michèle pour une mise à jour de son état, ça va beaucoup mieux. La pièce s’illumine soudainement!!! Elle vient d’apercevoir le petit grogneur suintant aussi mignon qu’un chiot sur la table de chevet. C’était peut-être juste ça le remède finalement.

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