Jour 09: À travers la nature

Après cette journée perdue aux mains du mystère accaparant, une rémission complète serait fort souhaitable pour Michèle. En voyant son sourire matinal, je sais que le mal n’est plus dans la chambre, mais dans l’idée de ne pas prendre de chance, nous décidons de nous rendre dans Old Town pour un petit exorcisme. La promenade est agréable, c’est ici que 6 ans plus tôt je m’étais procuré mon désormais indispensable chapeau de cowboy en feutre. Après un peu de souvenirs ressassés et une visite de purification à San Felipe de Neri, la plus vieille église d’Albuquerque, c’est le temps de reprendre la route. Une route qui sera, encore une fois, magnifique et incongrue.

Prochain arrêt: Engouffrer un Navajo Fry Bread à Laguna

Sur les flancs de l’asphalte, la neige refait son apparition dans ce qui semble être un milieu hostile à celle-ci. Partout autour de nous dominent les contrastes naturels,  publicités et attrape-touristes, mais une seule nous titille de plus en plus: les Navajo Fry Bread. À force de se faire visuellement solliciter on décide de s’arrêter au prochain pourvoyeur de cet intriguant sandwich, faut dire que les recherches web de la co-pilote nous confirment que le phénomène vaut la peine. L’endroit semble plutôt mal choisi à première vue. Nous sommes dans une boutique d’art Navajo à peine plus exotique que celles du Vieux-Montréal, parmi les dreamcatcher et ruisseaux artificiels et rien n’indique, à part un carton écrit à la main, qu’un délire culinaire aura lieu. Finalement, notre hôte entre-ouvre une porte derrière un rideau et marmonne notre commande qui arrive dix minutes plus tard précédée d’une brise délicieuse. Pour la description de la dite bête, pensez à une queue de castor salée farcie au boeuf haché, cheddar fort, crème sure, salsa maison et piments forts avec un éclaboussement de jus de lime. Un ami non-négligeable pendant la longue route. Ce type de met va sonner une tendance influente de bouffe rapide sur notre chemin vers l’Ouest, jusqu’aux fish tacos de San Diego.

L’objectif est maintenant de se rendre près de Phoenix en Arizona pour y passer la nuit. Après la Petrified Forest, je cède le volant à Michèle pour quelques heures, le temps de reposer mes yeux. En fait, c’est ce que je crois. C’est que le segment entre les National Forest d’Apache Sitgreaves et Tonto nous frappe comme un train avec ses attributs spectaculaires. Le soleil dévale son cycle aussi vite qu’on parcourt les grandioses vallons et l’impression que ça nous donne n’est pas près de nous quitter. Le soleil finit par gagner la course, et Phoenix est bientôt à nos pieds.

Prochain arrêt: Arizona Wilderness Brewing Co.

Après avoir fait le tour de l’impressionnant Whole Foods de Chandler avec son mur de bouteilles et sa trentaine de pompes, on emboîte maintenant le pas vers notre objectif. La brasserie se trouve dans un mini-mall et on va devoir s’y habituer parce que ça se passe souvent comme ça dans le Sud-Ouest. L’endroit comme tel est sympathique mais un peu générique, au moins l’éclairage est tamisé pour un souci de chaleur. On s’installe et on commande un nacho dessert d’une truculence difficilement contenable et une palette de dégustation. La Superstition Coffee Stout et la Refuge IPA nous séduisent mais échouent dans leur tentative de secouer nos fondations. Les gros canons que j’avais repérés à distance n’y sont pas, j’ai maintenant le goût de voir ma chambre.

Prochain arrêt: Coyotes Executive Suite

Notre hôtel, trouvé sur Hotwire, est encore une fois plein d’attraits. Tout d’abord, il est situé à côté d’un Gentlemen’s Club, il a une grande piscine pour le lendemain matin et il nous offre la suite du coyote pour moins cher qu’une chambre. Pour ajouter au piquant, le très jeune employé de l’hôtel s’empresse de nous donner des passes gratuites pour le Club d’à côté, question de bien terminer cette grande journée d’asphalte. Je sais que quelques bouteilles ont été décapsulées mais je ne puiserai pas plus creux dans mes souvenirs pour la suite. Demain c’est la grande finale et nous avons les meilleurs billets.