Des actions concrètes demandent les brasseurs québécois

Alors que la première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne vient d’annoncer son intention d’ouvrir le marché de la bière dans sa province et d’étudier la possibilité d’accorder aux microbrasseries le droit de vendre à des magasins spécialisés tenus par des propriétaires indépendants, du côté du Québec, on est en mode « pilotage automatique », voire même en « déni de l’évidence ». Il est temps d’offrir aux brasseries et brouepubs les moyens d’aller plus loin. Elles sont avant tout des PME régionales et représentent un savoir-faire de plus en plus reconnu dans le monde.

En Ontario, seulement 4 % des bières vendues sont des bières de microbrasseries. La première ministre de l’Ontario le sait. La culture bière en Ontario est en pleine expansion, crée de l’emploi dans des PME régionales et se doit d’être appuyée par une politique gouvernementale qui n’hésitera pas à changer les vieilles habitudes de commercialisation monopolistique, relents de la prohibition. Au Québec, la bière microbrassée représente 8 % des ventes de bière en volume, deux fois plus qu’en Ontario. Elle est vendue en épicerie, chez des détaillants spécialisés ou en dépanneur.

Mais alors que le gouvernement de l’Ontario démontre un réel intérêt à encadrer la vente de bière en tenant compte des nouvelles réalités, celui du Québec ferme les yeux et ne comprend toujours pas la révo­lution brassicole qui fonce à vive allure partout dans le monde, y compris au Québec.

Freinée par des règlements post-prohibitionnistes qui empêchent certaines initiatives de se développer et certaines PME d’innover, la bière artisanale, microbrassée dans toutes les régions, est avant tout un produit du terroir, créateur d’emploi, avant d’être un produit alcoolique, avec tout l’effet péjoratif que cela laisse croire.

Il est temps de s’en rendre compte et de se poser la question suivante : offrons-nous réellement toutes les possibilités à nos PME brassicoles pour qu’elles évoluent dans un marché concurrentiel ? Malheu­reusement non. Le gouvernement a pourtant toutes les cartes dans son jeu depuis des années. Les nombreux comités, projets de loi privés et demandes de différentes associations le prouvent.

Des programmes commerciaux signes d’un avenir serein

Et pourtant, des initiatives privées partout en pro­vince démontrent très bien qu’il y a un potentiel in­croyable de revitaliser nos régions et l’économie. Au Canada, pour chaque dollar investi dans la culture bière, le retour économique est de 1,30 $. Les con­sommateurs boivent moins, mais mieux. Et cela ne se voit pas uniquement dans la bière puisque du côté des spiritueux hauts de gamme, la demande a explosé également.

Prenons l’exemple de l’AMDEQ (Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec) qui vient de lancer le concours « Goûtez et découvrez le Québec » qui consiste à présenter les bières du Québec, membres d’Aliments du Québec. Un concours en partenariat avec le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), soulignons-le.

Ce concours a pour but de susciter de l’intérêt auprès des consommateurs pour les bières de microbrasseries québécoises ainsi que d’intéresser les détaillants à proposer des bières du Québec. Yves Servais, directeur général de l’AMDEQ est confiant : « Nous voulons inviter le consommateur à découvrir les bières, essayer les bières et rencontrer nos artisans du Québec, grâce à l’effort de nos membres détaillants ». Quand on sait que 30 % des revenus des dépanneurs proviennent de la bière, mettre en valeur la catégorie de bière qui se vend le moins, selon les statistiques, c’est prendre un risque, mais surtout y voir un avenir prometteur.

Même chose du côté des grandes chaînes d’épice­rie qui ont toutes lancé leur programme bière ou sont en train de le faire. Métro a été le premier à souligner les bières du Québec dans ses magasins, suivi de Sobey’s-IGA et son programme de Capsules de goûts, bientôt suivies par les autres chaînes qui y voient également une opportunité.

Et le gouvernement ?

Du côté du gouvernement, c’est le calme plat ou pire, c’est le mode « automatique » en proposant des décisions qui risquent de sonner le glas de nombreuses PME. Le rapport Godbout en est un bel exemple, il invite à augmenter la taxe spécifique des brasseries, incluant les petites PME, signifiant une perte de revenus importante pour des entreprises qui ont, pour beaucoup, un statut précaire. La taxe spécifique doit refléter le leadership d’un gouvernement qui se veut proactif dans les régions et pour les PME. En clair, chaque litre produit coûterait bien plus cher à produire, que l’on soit une petite PME ou une grande brasserie.

Parlons également de la Régie des Alcools, des Cour­ses et des Jeux (RACJ) qui est sujette à de nombreuses critiques quant à la diffusion des permis d’alcool et de l’application de ses règlements qui sem­blent être décidés de façon aléatoire. Les nombreux témoignages d’entrepreneurs (demandant l’ano­ny­mat) sont éloquents. Il est grand temps de la réformer, elle est un frein au développement économique du Québec.

Partout ailleurs, les gouvernements s’intéressent au phénomène microbrassicole qui souligne le dyna­misme de jeunes entrepreneurs et la rétention d’emploi dans les régions; plus de 75 % des brasseries sont installées loin des grandes agglomérations. Pouvons- nous espérer que notre gouvernement y voit également un potentiel pour enrichir notre patrimoine ?