Québec malté

Orge

Dans la catégorie des ingrédients brassicoles, on parle souvent de houblon, mais plus rarement de malt. Pourtant, c’est lui, ou plutôt l’orge, qui est utilisé depuis le début des temps. Alors voilà, on lui consacre un numéro. Voyons voir ce qui se trame du côté des micromalteries québécoises…

Bruno Vachon, le propriétaire le Malterie Frontenac, était plutôt débordé lorsqu’on l’a finalement rejoint. « Je suis désolé, je suis en retard dans mes courriels », a-t-il confié. Pourquoi donc ?

« C’est un défi constant depuis deux, trois ans. Tous nos clients au Québec ont énormément grossi et plusieurs brassent presque exclusivement avec nos malts, donc ça nous force à nous adapter pour continuer à fournir de façon stable et fiable ». Joli problème !
L’homme d’affaires a augmenté sa production de 50 % et il s’attend à un autre 25 % cette année, pour atteindre un rendement de 750 tonnes de malts. Cette croissance fournit ses clients existants, sans compter les nouvelles demandes, précise-t-il.

C’est l’industrie en général qui se développe. Et de plus en plus de gens y voient un potentiel commercial. « Ce n’est pas compliqué, les microbrasseries explosent et les gens veulent devenir fournisseurs », explique Cindy Rivard, copropriétaire de MaltBroue avec son conjoint Dany Bastille.

Bien qu’aujourd’hui elles ne soient pas les seules, MaltBroue (Témiscouata-sur-le-Lac) et Malteries Fron­tenac (Thetford Mines) sont les premières à s’implanter sur le marché, en 2007-2008. Certes, il y avait Canada Maltage, mais le rendement ne se compare pas.
« Ils peuvent produire 200 000 tonnes par année, alors que lorsqu’on a commencé, on en faisait 50. C’est totalement différent », explique Cindy Rivard dont la malterie produit aujourd’hui 250 tonnes par année.

Des systèmes faits sur mesure

Comme pour toutes industries débutantes, un des plus gros défis réside dans la crédibilité et la clientèle. Mais une tout autre difficulté s’est présentée, celle de trouver un équipement à leur échelle. Effectivement, ce qui s’offrait sur le marché, à l’époque, était soit à l’usage des macromalteries, soit beaucoup trop dispendieux.

Avec sa formation d’ingénieur et une vingtaine d’années d’expérience en automatisation industriel­le, Bruno Vachon avait ce qu’il fallait pour cons­trui­re son système de maltage. L’histoire est similaire pour Dany Bastille formé en génie mécanique. « Il n’y avait pas beaucoup de données au niveau du maltage, mais grâce à ses études, il a pu examiner différents systèmes qui existaient dans le monde », raconte Cindy Rivard.

Ce qui l’a amené à développer des équipements efficaces pour les micromalteries. À tel point qu’aujourd’hui, le couple reçoit des deman­des d’acheteurs potentiels. Mais au lieu de vendre leurs systèmes, ils se sont franchisés. « On ne voulait pas se créer de compétition et, en même temps, on voulait partager notre savoir ».

Au printemps 2015, la ferme mal­terie Caux-Laflamme, située à Saint-Narcisse de Beaurivage, offrira des malts pâles et Munich, tout en opérant sous la marque de commerce MatlBroue. « On a une demande au Nouveau-Brunswick, mais ce n’est pas encore fait », ajoute la maltrice.

Une industrie complémentaire

Contrairement à MaltBroue qui of­fre du malt de spécialité (rajouté en petite quantité pour donner la couleur, le corps et certains arômes de la bière), Malterie Frontenac produit principalement du malt pâle, c’est-à-dire de base (utilisé en plus grande quantité).
En plus des microbrasseries, il fournit des boulangeries, dont la Boulangerie St-Méthode, et cogite un projet de malts pour la microdistillation. « Il y a une effervescence à ce niveau, et on travaille avec des distillateurs québécois pour développer un malt ».
Et la relève, elle, a-t-elle sa place ? Oui, croit-il. « Pourvu que chacun apporte quelque chose qui le distingue de ce qui se fait déjà ».