Triple. Ben raide.

Westmalle Tripel
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C’est bien connu : une Triple est une bière qui a subi une triple fermentation.

Ouais… mais non.

Cette histoire de triple fermentation n’est qu’un mythe, probablement né dans l’esprit d’un commercial ignare cherchant à faire passer une bière quelconque pour un produit exceptionnel. Personne se semble savoir où et quand exactement cette erreur est apparue, mais force est de constater qu’on la rencontre encore de temps à autre.

Les dénominations « triple » et « double » pour la bière viennent à l’origine de la brasserie de l’abbaye trappiste de Westmalle, en Belgique. Ce monastère commercialise ses bières depuis 1861, entre autres une « Dubbel Bruin » (double brune, en néerlandais), devenue par la suite simplement « Dubbel ». La « Tripel » (triple, en néerlandais) de la brasserie a quant à elle été lancée en 1956 pour remplacer la « Blond », et a connu un succès pratiquement immédiat.

Un vieux principe

Dubbel et cette Tripel étaient nommée selon un principe ancien et pas très compliqué; par rapport à une bière « simple » (le terme nérlandais est « Enkel », mais celle de Westmalle, non commercialisée, s’appelle « Extra »), une double est faite, pour le même nombre de litres, avec deux fois plus de malt, donnant une bière à envron 7 % d’alcool. Et logiquement, une triple est brassée avec trois fois plus de malt que la « simple », pour 9,5 % d’alcool au final.

Dans les années 1960, au vu du succès des bières trappistes, beaucoup de brasseries commerciales ont tenté de copier les bières trappistes, produisant ce qu’on appelle de nos jours des bières d’abbaye, et on a donc vu apparaître un certain nombre de doubles brunes et de triples blondes, calquées sur les Westmalle.

Cette logique simple / double / triple a été poussée une étape plus avant en 1992 quand la brasserie du monastère trappiste de Koningshoeven, aux Pays-Bas, a introduit une « Quadrupel » (pas besoin de vous le traduire ?) brune, titrant 10 % d’alcool.

La notion de nom de bières en fonction de leur force en alcool se retrouve sous une autre forme dans les brasseries trappistes d’Achel, avec les 5 (blo­nde et brune) et les 8 (blonde et brune) de Rochefort, avec la 6, la 8, et la 10, et de Westvleteren, avec la 8 et la 12 (la 6 ayant été retirée à la fin des années 1990). Ce qui correspond en fait aux degrés belges, encore employés pour la taxation de la bière en Belgique.

Une histoire de X

Une autre forme de différenciation des bières en fonction de leur force en alcool relative peut être rencontrée en Angleterre, où les brasseries ont longtemps marqué les fûts de bière de croix à la craie correspondant à leur force. « X » correspondant à une bière légère, « XX » à une bière un peu plus forte, et ainsi de suite, jusqu’au « 6X » encore employé par la brasserie Wadworth. Un système qui a essaimé hors de Grande-Bretagne, par exemple en Autralie avec la Castlemaine XXXX.

Il faut encore noter que cette échelle de X était complétée, dans certaines brasseries, par d’autres lettres, indiquant généralement le type de bière.

C’est ainsi que certaines brasseries britanniques nomment encore leurs bitters XB, XXB, voire XXXB. Et que, au début du 20e Siècle, on trouvait des « SSS », à savoir des Stouts impériales aussi appelées « Triple Stouts » à la même époque, selon la même logique que les Westmalle en Belgique !

Un dernier exemple d’échelle du même genre se trouve en Écosse, avec des dénominations en shillings (70/-, 80/-, 90/-, etc.) qui se réfèraient à l’origine au prix d’un « hogshead », soit un fût de 54 gallons impériaux (environ 238 litres). La densité de la bière déterminant son prix, c’était là aussi une manière de nommer la bière en fonction de sa force alcoolique.