Gruit, gruyt, grut, gruut

gruit

Ces quatre mots réfèrent tous à « gruit », la version la plus employée. Mais c’est quoi du « gruit » ?

Le gruit est un mélange d’herbes qui servait à aromatiser la cervoise. Par « herbes », on entend des plantes qui sont utilisées comme nourriture, assaisonnement, médicament ou parfum. Pour compliquer les choses un petit peu, « gruit » réfère aussi au breuvage qui contient le mélange d’herbes.

On dit souvent d’un gruit qu’il est une bière sans houblon, ce qui n’est pas tout à fait le cas puisque le houblon peut être une des plantes utilisées par les brasseurs afin d’aromatiser leur gruit.

Le gruit a été consommé en Europe pendant près de 700 ans avant que le houblon ne devienne populaire et ne prenne presque toute la place. C’est Hildegarde de Bingen (1099-1179) qui a initié le mouvement vers l’utilisation du houblon. En effet, elle en découvrit les vertus aseptisantes et de conservation, et bien entendu, son amertume. L’uti-lisation du houblon dans la bière permet entre autres de mieux la conserver et plus longtemps, des bénéfices plus que positifs tant pour les brasseurs que pour les buveurs.

Parmi les herbes qui étaient le plus souvent utilisées dans le gruit se trouvent le myrique baumier, l’armoise vulgaire, l’achillée millefeuille, le lierre terrestre, le marrube blanc et la callune. L’imagination des brasseurs ne s’arrêtait pas là puisqu’ils pouvaient aussi utiliser la jusquiame noire, le gingembre, la graine de carvi, l’anis, la muscade, la cannelle, sans oublier, le houblon.

Dans les dernières années, le gruit a connu un certain regain de popularité. Est-ce que ce mouvement est dû à une demande incessante des con-sommateurs pour un produit différent ou à la quête de nouvelles saveurs par les brasseurs ? Difficile à dire mais en finale il nous permet de sortir des sentiers battus et de secouer nos papilles.

À découvrir

La brasserie Beau’s All Natural Brewing Co. située à Vankleek Hill (Ontario) offre quelques gruits, dont la Grandmaster OG et la St. Luke’s Verse.

La Bog Water est probablement la plus facile d’accès et nous l’avons goûté pour vous. Sa construction ressemble à une dubbel belge tant au niveau du malt que de la levure. Elle contient aussi une plante arbustive, le myrte des marais, qu’on appelle aussi myrique baumier, piment royal ou bois-sent-bon. Les goûts associés à cette plante sont la muscade et le camphre. Ce gruit contient du houblon. Avant même de savourer cette bière, on peut donc s’attendre à une expérience gustative différente.

N’ayant jamais vu, senti, mangé ni même léché du myrte des marais, il sera bien sûr difficile d’identifier des arômes ou saveurs liées à cette plante. Par contre, nous nous sommes préparés en faisant des recherches à l’avance. Qui a dit que c’était simple de savourer une bière ?

Visuellement, la Bog Water est brun foncé avec une teinte caramel. Bière non filtrée, le gruit est trouble. Un petit anneau de mousse beige s’est lové contre la paroi du verre et la dentelle sera presque absente.

On reconnait aisément la dubbel belge puisque les arômes de malt sont bien présents. La présence de prune et d’un brin de banane sont détectés. Le côté sucré rappelle le sucre candi. Le myrte des marais prend sa place à ce moment ou à tout le moins, c’est ici que notre nez et notre bouche s’attaquent à cet ingrédient peu commun. Le myrte des marais restera présent en finale où le malt revient pour le soutenir.

À noter que son profil de flaveurs se modifie grandement alors que la boisson gagne quelques degrés.

La Bog Water devrait vous permettre de vous initier, sans trop vous effrayer, au monde des gruits.