La route de la bière de Simon

Simon Bastarache

Simon Bastarache parcoure le Pontiac en voiture avec son kit de nettoyage pour assurer l’entretien des tours à futs des différents débits de boisson. Depuis dix ans, celui qui était d’abord à l’emploi de la Brasserie Labatt au niveau de la mise en marché a accepté d’assurer l’entretien des lignes de futs chez les clients desservis par la compagnie. Puis, l’effervescence du milieu avec la montée en flèche du nombre de microbrasseries à poindre au Québec a eu raison de ses services tandis que se sont ajoutées, au fil du temps, nombre d’adresses sur son circuit.

Le jeune père de famille qui se surnomme affectueusement le « ninja de la bière » s’est en réalité créé un métier. « Quand j’arrive chez un client, je dois faire en sorte de ne pas affecter le roulement ni le service. Je fais mes petites affaires puis j’essaie de passer inaperçu. » Pas toujours évident quand chez certains clients, il doit passer des heures à faire sa besogne. C’est le cas au Bistro l’Autre Oeil à Gatineau (secteur Aylmer), par exemple; avec 40 lignes à nettoyer, Simon a intérêt à commencer sa journée tôt sachant qu’il devra y passer pas moins de six heures… Par contre, rien de plate et long ici, car il qualifie l’équipe sur place de « bons amis ».

De Fort-Coulonge jusqu’à Grenville, il longe la rivière des Outaouais en répétant le même scénario aux six semaines. Puis, il termine son circuit en Abitibi où il boucle sa tournée en visitant une quarantaine de clients pendant une semaine complète dans cette région de l’ouest du Québec.

Nous l’avons rencontré sur sa route un après- midi d’été aux Brasseurs de Montebello, « un client idéal », dit-il, en expliquant que les quatre lignes de futs sont propres, neuves et bien identifiées, en plus de ne faire que six pieds de long et mener directement derrière le bar. Un direct draft, dit-on dans le jargon.

Comment c’est fait

Sa procédure est bien simple : il remplit un baril de bière vide à quatre embouts d’eau et de savon Benefit pour purger les lignes. Pendant que le mélange d’eau et de savon mijote dans les lignes, il dévisse et défait les robinets en morceaux pour les laver méticuleusement un à un et ainsi éliminer toute forme de résidus. Au besoin, il change les washers, ces petites rondelles de caoutchouc qui servent de joint d’étanchéité, comme on dit en bon Français. Ensuite, il rince les lignes avec une bonne quantité d’eau claire et remonte entre temps les robinets une fois qu’ils sont tous propres. Il récupère finalement le baril de rinçage et rebranche les futs tels qu’ils étaient avant son passage.

Simon Bastarache aime les défis qui le font aller plus loin dans son métier. Des challenges disons quotidiens pour lui seraient le nombre de lignes dans un bar ou la grosseur du frigo versus le nombre de barils, par exemple. « Comme dans chaque domaine, avec le temps, on finit par développer des relations et certains clients m’approchent avec des demandes particulières. Par exemple, j’ai installé un petit système de randall sur mesure au Bistro des Alpes, à Gatineau, à la demande du propriétaire John David Ataman pour qui je nettoie régulièrement les 10 lignes de futs. Il y aussi le maître-brasseur des Brasseurs du Temps (BDT), Dominique Gosselin, qui lui, tient à faire nettoyer son système tous les mois, même si je suggère à ma clientèle un entretien aux six semaines », explique-t-il en admettant que, par la bande, il est devenu un conseiller pour ses clients. Cet hiver, il a d’ailleurs consacré pas moins de 90 heures dans le but de monter deux bars de 14 lignes de fut (28 lignes) pour le Festibières de Gatineau. À plus grande échelle, son parcours l’a aussi amené à transmettre ses connaissances et enseigner un cours pour le volet entreposage et services au sein du programme de Sommelier-Bière à la Cité Collégiale d’Ottawa.

Un pied dans la bière

Comme la plupart des travailleurs de l’industrie, Simon ne fait pas exception. Il aime bien ce produit bien chéri des Québécois. Adolescent, il enlignait les Labatt Bleue jusqu’à ce qu’il mette la main sur sa première Hoegaarden. C’est grâce à elle s’il a ouvert les yeux sur tout ce qui se faisait dans l’industrie. « J’ai compris à ce moment que la bière pouvait se révéler en un arc-en-ciel de saveurs. »

Parlant de produits chouchous, il y a deux bières qui se retrouvent systématiquement dans son frigo : la Pale Ale Américaine des Trois Mousquetaires et son fameux premier amour, la Hoegaarden. Gageons que le jeune homme sympathique n’a pas de difficulté à trouver des amis avec qui les partager.