Le verre de vin aidera-t-il la bière ?

Verre de vin et Bière gastronomique

Au Canada, la consommation de vin est en constante progression, tout comme la con-sommation globale d’alcool. De 2004 à 2013 (données fournies par Statistique Canada), la consommation d’alcool a augmenté de 9,2 %. Mais, statistiquement, on consomme de plus en plus de vin, le volume des ventes étant passé de 12 à 15 % pour la même période. Quant à la bière, elle a diminué de 5 % des ventes depuis 10 ans, mais les catégories de bières en pleine croissance sont celles des microbrasseries et les produits importés. Ces chiffres tiennent compte également des achats d’alcool dans un restaurant.

Historiquement, surtout au Québec, la gastronomie et les plaisirs de la table ont toujours été associés au vin. Les choix d’accord vins et mets se comptent par milliers et la cave à vin d’un restaurant est souvent source de fierté, mais également source de revenus. Une bouteille de vin vendue à une table génère un revenu bien supérieur à deux verres de bière en fût.

Une tendance au verre

Il est cependant intéressant de remarquer quelques changements d’habitudes auprès des consommateurs lorsqu’ils sont à table au restaurant. La tendance se veut de plus en plus axée sur la découverte. Il est de moins en moins rare de voir des restaurants offrir un choix de vins au verre plus important; surtout si ceux-ci présentent une collection de vins d’importations privées. La consommation est également de plus en plus responsable. On commande plus rarement une bouteille entière lorsque nous sommes deux convives, le choix du verre de vin est donc pertinent. Un restaurateur vendra donc deux verres de vin au lieu d’une bouteille, une aubaine pour la bière.

Bières et mets font bon ménage, la tendance est de plus en plus présente dans les médias et démontre un intérêt flagrant des consommateurs pour des accords gastronomiques autour de la bière. Même si on en parle de plus en plus sur différentes tribunes, il existe un frein imposant au développement de l’offre. La réticence de plusieurs restaurateurs à offrir des bouteilles de bière gastronomique sur leur carte d’alcools, une réticence marquée principalement par la réputation du produit (qui a tendance à changer depuis plusieurs années), mais également par les revenus engendrés moins importants que la vente d’une bouteille de vin. Un argument aujourd’hui contré par les nouvelles habitudes de commander de plus en plus au verre.

En sachant que l’offre de bières gastronomiques au Québec est exponentielle, aujourd’hui, le restaurateur peut s’amuser à proposer des produits régionaux, par saveur, par origine ou par style. Ces produits sont disponibles en petit format, idéaux pour une expérience culinaire d’accords bières et mets et le service de bières au verre.

Il ne serait donc pas surprenant de voir de plus en plus de bières au verre dans les restaurants gastronomiques de la province. À suivre…

Les brasseries n’ont pas attendu

Alors que plusieurs espéraient voir un changement de la carte des alcools dans les restaurants, plusieurs brasseries ont plutôt opéré un changement de leur menu et offrent une cuisine bistronomique de plus en plus appréciée. Le consommateur ne se déplace plus uniquement pour boire une bière artisanale et manger un encas léger, mais pour vivre une expérience gastronomique incluant des mets raffinés, des bières brassées sur place et un service axé sur les accords bières et mets. Le succès de plusieurs établissements confirme cette tendance.

Je souligne le travail exceptionnel du Trou du Diable et de son chef Franck Chaumanet qui fait figure de pionnier dans le monde contemporain (comprendre les 10 dernières années) de la bière de microbrasserie. Il n’est plus rare d’entendre parler de l’expérience globale d’une visite au TDD, pour les intimes. L’équipe sur place s’assure que le service, les bières et les mets sont à la hauteur de leur réputation. Le TDD n’est d’ailleurs plus le seul à offrir une expérience semblable, pas loin de là, le Temps d’une pinte dans le Vieux-Trois-Rivières offre une ambiance semblable. À Lévis, un jeune chef de talent est venu rejoindre l’équipe du Corsaire. Tous offrent une carte plus élaborée que l’éternel trio hamburger/saucisse/côtes levées pour accompagner la bière.

D’autres concepts sont bien en place également. Archibald a depuis plusieurs années réussi à offrir une image de brasserie gourmande à ses clients. La Voie Maltée et ses trois établissements mettent à l’honneur la cuisine à la bière.

Vous l’aurez compris, les brasseries n’ont pas attendu que les restaurateurs décident de mettre leurs produits sur les tables, mais se sont plutôt transformés en restaurateurs. Le bon vieux dicton « On est toujours mieux servi que par soi-même » fait office d’intéressante conclusion.