Une rentrée difficile

Éditorial - une rentrée difficile

La saison des festivals s’est terminée avec l’Oktoberfest de Repentigny qui s’est tenu du 11 au 13 septembre au Parc Lebel de Repentigny. Les brasseurs se concentreront dorénavant vers la vente en épicerie et la préparation de la prochaine saison au printemps 2016. La rentrée automnale sera cependant difficile, quelques enjeux gouvernementaux ayant perturbé la quiétude habituelle de l’été.

Le taux de taxe spécifique

Le rapport Godbout sur la fiscalité au Québec a jeté un froid sur le moral des microbrasseries du Québec cet été. Depuis 2000, une réduction de la taxe spécifique sur l’alcool est en vigueur au Québec pour les microbrasseries. Cette réduction a aidé au développement des microbrasseries et au réinvestissement dans divers projets d’embauche ou d’immobilisation.

Le rapport Godbout préconise la suppression de ce taux spécifique. Au cours de l’été, plusieurs intervenants ont manifesté leur inquiétude jusqu’à prévoir la mort de certaines microbrasseries dans les régions les plus éloignées. Mais qu’en est-il ? Tout d’abord, il est très difficile d’avoir un démenti officiel d’un gouvernement au sujet d’une hypothétique suggestion de modification de la loi fiscale, aucunement appuyée par un parti. Mais pas de réponse officielle ne veut forcément pas dire pas de discussions entre les différents intervenants.

Quel serait l’intérêt politique de supprimer le taux avantageux de taxe spécifique ? Ce programme d’aide coûte indirectement à l’État environ 15 000 000 $, alors que les microbrasseries jouissent d’une incroyable popularité en région du fait de leur implication dans l’économie régionale, la création d’emploi, la rétention des jeunes en région, et j’en passe. Plus de 80 % des microbrasseries québécoises sont installées dans des villes de 100 000 habitants et moins, sans compter que l’industrie micro brassicole québécoise a prouvé qu’elle a un ratio de ressources humaines supérieur aux grands groupes brassicoles pour la même quantité produite. Bref, une décision qui ne se justifie pas compte tenu des enjeux qui en découleraient.

Comment saurons-nous que la suggestion du rapport Godbout ne sera pas appliquée ? En en entendant plus parler, tout simplement.

Une augmentation du prix de la bière en canette

La consigne au Québec est d’une complexité folle. Entre les contenants à remplissage multiple, les contenants à remplissage unique, les canettes de bière, les canettes de liqueur, les bouteilles en plastique ou les bouteilles de vin, sachez qu’il existe autant d’ententes, de règlements et de types de consignes que de contenants.

D’un point de vue consommateur, vous ne voyez pas grand-chose. Il vous suffit de rapporter vos bières au comptoir d’accueil de votre magasin ou de jeter vos canettes de sodas au recyclage. Mais lorsque vous êtes un entrepreneur, c’est tout un casse-tête.

Saviez-vous qu’au Québec, une brasserie peut faire circuler des bouteilles de type CRM (contenants à remplissage multiple) qui seront ramassées par votre détaillant pour être réutilisées et d’autres de type CRU (contenants à remplissage unique) qui seront également ramassées par votre détaillant, mais recyclées ? Ces deux types de contenants sont très courants dans l’industrie. La fameuse bouteille AT2 utilisée depuis des années est le plus connue des formats CRM alors que la canette de bière est le plus populaire des formats CRU. Pour s’assurer d’un juste équilibre des coûts de recyclage, une entente est signée entre les différents partenaires et brasseurs pour contrôler la distribution des CRU. Toute brasserie qui opère au Québec a le droit de distribuer jusqu’à 37,5 % de CRU par rapport au CRM. Pour chaque 100 bouteilles de type CRM, elle pourrait distribuer 37 canettes et demie de bière, par exemple.

Actuellement, des négociations sont en cours au sujet de l’entente applicable au 1er janvier 2015. La prochaine entente risque de changer les coûts de distribution des brasseries ayant opté pour la canette. Le frais supplémentaire par contenant pourrait monter jusqu’à 25 cents la canette, alors qu’actuellement elle tourne autour de 6 cents en moyenne. Une augmentation qui sera fort probablement refilée au consommateur.

Les permis de réunion et de vente

Champion toute catégorie de la complexité procédurale rehaussée d’un soupçon de suspense en fonction de divers paramètres qui changent au gré des interprétations : la RACJ (Régie des alcools, des courses et des jeux) et son programme de permis. Il est actuellement très difficile d’avoir l’heure juste sur diverses questions liées à la distribution d’alcool ou à la vente. Posez la question à un producteur d’alcool au Québec, il vous le dira de manière anonyme; il faut régler une fois pour toutes les problèmes de la RACJ.

Et les problèmes sont nombreux. Pourquoi est-ce qu’une brasserie est obligée de passer par un détaillant avec un permis de vente pour commanditer un événement ? Pourquoi est-ce que la brasserie ne peut vendre directement à son kiosque comme les producteurs d’alcool du terroir ? Pourquoi est-ce que la brasserie ne peut plus s’afficher comme commanditaire dans un événement s’il distribue de l’alcool ? Autant de questions qui demeurent sans réponse.

Cela fait plusieurs années qu’une problématique s’installe entre le régisseur de la province et les industries. Il faut régler une fois pour toutes cet irritant.