Un programme qualité attendu et nécessaire

Quel est l’un des plus grands freins au développement économique des bières artisanales de microbrasseries ? Les microbrasseries elles-mêmes. La qualité des bières artisanales sur les tablettes est encore aujourd’hui sur la sellette, l’industrie a donc décidé d’agir.

En 2011, à la demande de l’Association des Microbrasseries du Québec, un sondage a été réalisé auprès des consommateurs de bières afin de mieux connaître leurs habitudes. Alors que les consommateurs habitués aux produits de micro-brasseries vantaient les différentes saveurs disponibles, les consommateurs réfractaires soulignaient le caractère « exotique » de celles-ci. Ils n’avaient pas tort, je goûte environ 20 à 30 bières par semaine de partout dans le monde et force est de constater que toutes ne sont pas bonnes. Comprendre, ayant un défaut assez marqué permettant de considérer que la brasserie a sauté une étape de vérification et de contrôle.

Bonne ou pas à son goût ?

Dans ce cas-ci, il est important de faire la différence entre déceler un défaut dans la bière et ne pas l’apprécier d’un point de vue purement gustatif. Pour un professionnel, la nuance est plus facile à identifier qu’un consommateur qui, dans les deux cas, jugera le produit, et par la force des choses la catégorie « bière artisanale » avec les informations qu’il a en sa possession, c’est-à-dire presque rien. Un arôme particulier provenant d’un défaut peut être aussi bien apprécié par un consommateur que détesté par un autre mais il existe certains défauts qui font l’unanimité comme certaines saveurs qui le font moins.

Sans compter la durée de vie du produit sur la tablette, la bière s’altère avec le temps, ce temps joue contre la fraîcheur et les saveurs du produit. Les normes de l’industrie considèrent que 6 mois de présence sur la tablette sont bien suffisants avant de retirer le produit. Mais ce n’est pas toutes les brasseries qui offrent ce service à leurs clients détaillants.

Un comité qualité et des actions concrètes

Alors comment s’assurer qu’un minimum de contrôle soit fait dans chaque brasserie et qu’un suivi de la durée de vie du produit soit considéré comme la norme ? En créant un comité permanent sur la qualité et en offrant des services de formation, contrôle et certification aux membres de l’industrie. Une initiative pilotée par l’AMBQ à l’intention de tous ses membres invités, sur une base volontaire, à joindre le programme « Qualité Microbrasserie ».

Ce comité s’est donné comme mandat d’appliquer une politique et un programme qualité, déterminer le plan d’actions de la démarche qualité et s’assurer du suivi auprès des membres et de l’industrie. Il est épaulé par un comité « certification » qui a le rôle d’autorité validant les actions posées dans le respect de la politique qualité. D’ailleurs, les membres ont manifesté leur intérêt de créer un groupe de validateurs qui ne seraient pas liés économiquement à une brasserie membre pour éviter d’être « juge et partie ».

En clair, l’association des microbrasseurs du Québec a décidé, de son plein gré, d’appuyer, aider, former et consulter ses membres afin d’améliorer la qualité globale des produits sur les tablettes.

Une démarche audacieuse qui a le mérite d’être soulignée et applaudie mais qui soulève cependant certaines questions et inquiétudes dans le milieu.

Un programme rassembleur mais plein de défis

Le programme qualité s’accompagne d’un logo qui sera apposé sur tous les produits des brasseries ayant reçu leur certification; le consommateur pourra donc s’y fier une fois le logo compris et partagé dans la communauté. Mais qu’en est-il des bières qui ne l’auront pas ? Qu’en est-il des brasseries qui auront apposé le logo mais qui pourraient avoir exceptionnellement un problème à une bière ? Seul le temps et la réussite de l’implantation de ce programme auront réponses à ces questions posées par des membres de l’industrie.

Par exemple, comme il s’agit d’une initiative provenant d’une association regroupant actuellement un peu plus de la moitié des membres de l’industrie mais plus de 4/5 du volume brassé au Québec par les microbrasseries, l’accès au programme est réservé aux membres en règle de l’association. Plusieurs brasseries actuellement non membre devront réfléchir à l’intérêt de joindre les rangs de l’association, ce qui n’est pas une mauvaise chose puisque l’adage « l’union fait la force » est d’actualité dans le milieu très concurrentiel de la vente de bière.

Également, plusieurs détaillants ont déjà démontré de l’intérêt à ouvrir plus facilement l’accès à leurs tablettes aux brasseries ayant reçu la certification, une difficulté supplémentaire pour certaines brasseries qui refuseraient de se conformer au programme qualité.

Sans oublier la perception du consommateur vers les bières au goût « exotique », la formation du public est donc un volet très important également.