Beachwood BBQ : assemblage de talents

    BeachWood Blendery

    Quelques mois avant de me retrouver physiquement installé dans une ancienne banlieue de San Diego, je m’y trouvais déjà mentalement. J’étais très anxieux et engourdi par l’excitation d’avoir une immense carte blanche à noircir, un territoire en constante éruption à parcourir.

    Dans mes recherches d’insomniaque, Beachwood BBQ revenait sans cesse et un peu comme les Pizza Port et Stone Liberty Station, le mythe s’est bâti dans ma tête. Peut-être à tort, me disais-je, sait-on jamais. Le pire qui pourrait arriver est que je sois déçu et doive me rabattre sur l’énorme pile restante qui fermente sous le soleil de la côte ouest. La déception n’a finalement jamais eu lieu et pendant que je jonglais avec les options pour mon prochain article dans Bières et plaisirs, un nouveau pilier au monument Beachwood fut érigé sans tambours. La Blendery s’est ajouté le 1er novembre, date à laquelle j’ai décidé que Beachwood BBQ devenait mon prochain incontournable. De toute façon, pourquoi le contourner quand on peut s’y glisser directement par la grande porte ?

    Beachwood Houblons

    Avec un tel minerai inépuisable de lupuline, le pipeline de Beachwood BBQ semble acheminer sans cesse de nouvelles concoctions houblonnées, toutes de grande qualité. Les plus grosses d’entre elles ont des noms comme Hopernicus, Denver Jackhammer, Hops of Fury, Hop Ninja, Dank Epoch, Greenshift. Ces Double IPA sont la plupart du temps issues des brassins anniversaires et reviennent périodiquement dans le giron à cause de leur grande popularité. Les plus raisonnables d’entre elles répondent au nom de Citraholic, Melrose, Amalgamator, Thrillseeker, Lite Brite, Hop Vader, Hop Ramen (avec riz grillé et Sorachi Ace) et Hop Jitsu. Tous des noms assez révélateurs de l’objectif visé et, très souvent, atteint. Beachwood débroussaille également les sessions IPA et American Pale Ale, contrée souvent délaissée le long de la côte au profit de quelque chose de plus puissant. Si vous voyez des noms tels que Hopanova, Alpha Waves, Alpha Neo, Alpha Deluxe, Alpha Supreme ou FV7, c’est que vous êtes en territoire hostile pour votre soif et qu’elle n’a malheureusement aucune chance.

    Beachwood Puissance

    Beachwood aime les céréales, aime ses sucres, ses protéines et aime encore plus les séquestrer en barriques le temps qu’il faut. On n’est jamais dans le trop sucré avec eux mais sur la fine ligne qui détermine la décadence d’un liquide. Le champion incontesté des jeux de mots délicieusement douteux est nul autre que Jean-Quad Van Damme. C’est également le karatéka de la potabilité avec ses 14, 5 % d’alcool rehaussés par le bourbon américain. Le reste de la famille n’est pas à négliger non plus. Rye Like an Eagle, Full Malted Jacket, Annihilator, SADIE et System of a Stout ont peinturé leur part d’oesophages depuis 4 ans. Chacune de ces nouvelles folies crée à chaque fois son lot d’excitation à travers la communauté bière. Chaque fois, j’omets de résister à l’envahisseur avec grand plaisir.

    Beachwood Diversité

    L’ennui a une espérance de vie très faible chez Beachwood BBQ parce que la diversité y règne. Aucun carcan ne lui sied et chaque style et métissage mérite au moins un regard. Bière de table ou bière de garde, Märzen ou Mild, la résultante est plus souvent qu’autrement habile. Parmi les plus réussies, on retrouve, entre autres, Pavel Czechop Saison, Udder Love Sweet Stout, Robusta Rhymes et Pablo Escobeer porters ainsi que Table Saaz.

    Beachwood Blendery

    Comme si le plaisir d’habilement manipuler les styles anciens, l’houblonnage déraisonnable et les brutes maltées n’était pas assez, la brasserie a cru bon d’acheminer de la sève dans sa branche plus rustique. Un appendice né sans fanfare ni pétarade, à l’image de la patience nécessaire pour arriver à un résultat d’une telle élégance. Pour ce qui est de la journée de lancement, elle s’est déroulée dans un agréable tumulte. Des coups de feu provenaient du faux barrage policier hollywoodien et les employés au calme rigoureux et charismatique « à la Long Beach » s’affairaient à adoucir admirablement le processus. Au bout du compte, c’est le résultat qui compte et celui-ci n’a pas déçu.

    Propagation Series No. 001

    Une saison céréalière qui savonne les clapets des ses bretts fermiers. Avec ses fringues sauvages, boisées et minutieusement acidifiées, elle répond au code vestimentaire pour entrer un peu partout, pas besoin de la clé sous le tapis.

    Propagation Series No. 002

    Le deuxième golem animé des bactéries accouchées en ces murs nous assiège de sa clarté lactique protéinée et de sa robe lumineuse. Aucune trace d’abrasivité ou de maladresse et chaque note est au service de l’harmonie d’ensemble. Tellement que j’ai peine à me rappeler une meilleure Berliner Weisse.