Le banquet chez les Gaulois : l’épreuve des faits

Gaulois

Les Gaulois : pour plusieurs, les premières images qui viennent en tête lorsque ces peuplades de l’Europe de l’Antiquité sont évoquées correspondent grosso modo au portrait brossé au travers de la célèbre bande dessinée française Astérix. Les lecteurs des albums d’Uderzo et de Goscinny et les visionneurs de Ciné-cadeau les plus avertis vont reconnaître le banquet comme un élément essentiel à la clôture d’une bonne aventure du petit guerrier gaulois et de son sympathique acolyte Obélix. En suivant la mode médiatique actuelle, je propose de passer la question du banquet gaulois « à l’épreuve des faits ».

Une civilisation agraire

Quelques lieux communs doivent d’abord être déconstruits. Les Gaulois sont formés d’une multitude de clans répartis sur tout le territoire de la France et de la Belgique actuelle. Ils appartiennent à un ensemble civilisationnel encore plus vaste, celui des Celtes. Contrairement à l’idée véhiculée par Astérix, les Gaulois ne se nourrissent pas que de chasse et de pêche. Ce sont des cultivateurs et des éleveurs. Là où la bande dessinée vise juste, c’est sur le grand appétit des Gaulois pour la viande qu’elle soit rôtie, bouillie ou salée. Aussi, les vestiges archéologiques démontrent que les Gaulois ne consomment pas de sanglier, certainement au grand déboire d’Obélix, mais bien du porc d’élevage. Le chien et le cheval sont aussi régulièrement du menu. Mais que boivent ces agriculteurs ?

À boire !

Dans un premier temps, on pense tout naturellement à la fameuse cervoise, cet ancêtre de la bière fabriquée à partir de blé, sans houblon, et, selon les goûts, adoucies avec du miel. Il ne faut pas non plus oublier l’hydromel, cet alcool issu de la fermentation du miel. Or, dans un temps plus tardif, à la suite des contacts avec les civilisations méditerranéennes et du développement du commerce, le vin, importé à grands frais de Grèce ou d’Italie dans de grandes amphores fragiles, gagne en popularité chez l’élite gauloise. C’est particulièrement vrai pour les chefs gaulois qui gagnent en prestige lors du service à ses guerriers de ce liquide coûteux qui se rapproche symboliquement du vin. La bière et l’hydromel passent alors de boissons hautement symboliques, à boissons populaires.

La potion magique

Les effets de la décoction que prépare le célèbre Panoramix dans son chaudron, la fameuse potion magique, ne sont pas sans rappeler ceux de l’alcool. Déjà, le chaudron est investi d’une forte symbolique associée au banquet. C’est à la fois un  instrument de cuisson, mais aussi un récipient commun où les banqueteurs puisent abondamment à l’aide d’une coupe commune qui passe de main en main. La société gauloise en est une guerrière et elle boit dru. Qu’est-ce donc que cette « folie guerrière », cette furor selon les mots de Jule César dans La guerre des Gaules, qui pousse certains guerriers placés en première ligne de bataille à combattre complètement nues, si ce n’est cet état second, cette poussée d’agressivité ? La furor serait à associer aux fonctions hallucinogènes et stimulantes liées à une consommation d’alcool lors de combats.

Un rituel codifié

La cérémonie du banquet est très ritualisée, son déroulement; très codifié. Par exemple, on n’arrive pas en retard à un banquet convoqué par son chef, au péril, parfois, de sa vie. La société guerrière gauloise en est une de hiérarchie. Ce fait s’exprime par la disposition des convives. Ils forment des cercles concentriques dans lesquels chacun a sa place : les chefs, les personnes d’influence et les invités de marque s’assoient au centre, les guerriers et suivants, en ordre de distinction, dans le cercle extérieur. Il n’y a pas de table montée. Oubliez la scène finale de la bande dessinée qui réfère d’avantages aux banquets républicains de la France du XVIIIe et XIX siècle. Chacun s’assoit en face d’une petite table basse en bois, un peu comme dans la tradition japonaise.

[divider]À lire pour en savoir plus[/divider]

  • Bettina Arnold, « Drinking the Feast’: Alcohol and the Legitimation of Power in Celtic Europe », Cambridge, Cambridge Archaeological Journal, vol. 9, no.1, 1999, p.71-93
  • César (Traduction de Maurice Rat), La guerre des Gaules, Paris, GF Flammarion, 1964, 247 p.
  • Documentaire d’Arte, « Le Banquet gaulois » épisode 10 de la première saison de la série documentaire Sur nos traces d’Arte, janvier 2015 (26 minutes)
  • Matthieu Poux, L’âge du vin : rites de boisson, festins et libations en Gaule indépendantes, Montagnac, M. Mergoil, 2004, 644 p.