Que nous a réservé 2015 ? Que nous prépare 2016 ?

Que nous a réservé 2015? Des nouveaux produits, des tendances confirmées, de nouvelles bières et de nouvelles brasseries. Bref, une année assez semblable à 2014 et qui confirme clairement le phénomène des brasseries artisanales dans le monde. On ne parle plus de « mode », mais clairement d’un « mouvement ». De là à dire que la culture bière est bien ancrée au Québec, disons que le chemin est déjà très bien tracé.

Alors que beaucoup de blogueurs ont proposé leur « top 5 » en 2015, je préfère vous proposer les bons coups et les mauvais coups de l’année. N’y voyez pas un classement  « top » ou « flop », mais plutôt un aperçu des événements ou initiatives qui m’ont marqués et une analyse du marché de la bière au Québec. Bien entendu, ce texte reflète ma perception d’un marché en explosion et en perpétuel mouvement; un mélange de réflexions sur des stratégies, des initiatives et des plans d’affaires. Ce n’est donc pas une liste exhaustive des meilleures bières de la dernière année.

Et pourquoi la publier en 2016? Parce que les deux dernières semaines de 2015 offrent de très bons indices pour le futur.

Brasserie Auval

Je vous sens peu surpris, Auval est la brasserie qui se retrouve la plus souvent nommée dans de très nombreux « top 5 » des blogueurs et avec raison.

Voilà une brasserie qui a été acceptée à bras grands ouverts par l’ensemble de la communauté, y compris ses consommateurs les plus critiques. Une entrée dans la culture bière québécoise comme peu de brasseries ont pu en bénéficier.

La philosophie de l’artisan devant ses tonneaux de bois en pleine fermentation, en train de sélectionner ses meilleurs crus pour le prochain embouteillage résume assez bien l’image de Benoit Couillard, propriétaire de la brasserie Auval. Vous voulez en apprendre plus sur l’artiste? Je vous invite à lire notre article.

Et ne croyez pas que c’est de la chance. Lorsque t’as des beaux produits, une belle personnalité, une belle image et beaucoup d’humilité, tu as le mérite d’en profiter. Benoit nous a prouvé que derrière l’artisan il y avait l’artiste. La recette est gagnante.

La Barberie

La Barberie est une des plus anciennes brasseries artisanales encore en activité dans la région de la capitale nationale. Il y a quelques années, telle une vieille dame sympathique et respectée, on la saluait, on l’accompagnait mais on ne se tournait pas vers elle pour suivre les tendances.

Depuis, la vieille dame a croqué dans la pomme enchantée, une pomme qui lui a redonné de l’énergie et de la vigueur, ainsi que de nombreux nouveaux produits. Je me souviens encore de ma première gorgée de Pilsner bohémienne sous un soleil de plomb pendant le festival de bières de Laval, une création irréprochable. Sans compter les nombreuses cuvées disponibles sur place qui respirent la fraîcheur et le bon boire.

Depuis quelques semaines, plusieurs brasseries de la basse ville de Québwec réhaussent la qualité globale des bières et cette grande dame au chapeau à corne qu’est La Barberie n’a pas dit son dernier mot.

Brasseurs du Nord

Une brasserie qui a profité de sa crise identitaire des dernières années pour se remettre en question. Non seulement elle a permis à de petites brasseries d’accéder aux tablettes en offrant une logistique éprouvée, mais elle a également décidé de revenir aux sources avec une philosophie plus proche de l’esprit « craft ». Je souligne les collaborations, la présentation de casks pendant les festivals, le développement de nouvelles recettes plus actuelles et le changement de l’image plus proche encore de l’esprit « québécois ».

Bien entendu, la marque Boréale ne peut plus être associée à une petite brasserie artisanale, mais je la vois plutôt comme une brasserie régionale ayant encore la volonté de brasser des produits artisanaux dans sa gamme « régulière » et accompagnant la culture bière actuelle avec des initiatives plus confidentielles. De nombreux exemples existent aux États-Unis et sont sources de réussite.

Labatt

Je ne peux passer à côté de la stratégie d’intégration de Goose Island dans un marché aussi sensible que la vente de bières au Québec. Goose Island, brasserie réputée de Chicago, sous contrôle d’Ab-inbev depuis 2010, jouit d’une excellente réputation chez nos cousins américains, mais fait partie d’un groupe brassicole international, très souvent critiqué par l’ensemble des « beer geeks ».

Dans un marché comme celui du Québec, l’acceptation de Goose Island s’avérait donc difficile puisque ses produits s’adressent directement au même type de clientèle. Mais, en toute honnêteté, l’équipe derrière l’intégration a réussi un sans-faute sur toute la ligne. C’est sans compter l’aide des bières réputées de la brasserie, vieillies en fût de chêne telles que les Bourbon County Stout.

D’ailleurs, si on applique une analyse neutre du marché, on remarque que les grands groupes brassicoles commencent à répondre à la demande de bières « artisanales » en offrant des bières de brasseries autrefois indépendantes mais encore affiliées à une philosophie « craft ». Les nombreux achats de brasseries des dernières semaines confirment la tendance.

J’aimerais cependant y voir une plus grande transparence sur le fait que le produit est brassé à Montréal pour le marché du Québec, mais ce n’est pas forcément une stratégie du groupe. C’est une stratégie très souvent appliquée dans le milieu de la bière, même chez les plus petits.

Les Trois Mousquetaires

Au même titre qu’Auval, voici une brasserie qui a su se démarquer remarquablement en 2015.

Depuis quelques années, cette brasserie se taille tranquillement une place en tant qu’excellente ambassadrice du savoir-faire québécois. Son humilité y est d’ailleurs pour beaucoup. Elle ne court pas après la reconnaissance, mais laisse plutôt le temps faire les choses.

Il semble d’ailleurs que le temps est leur meilleure alliée puisque les produits qui se sont le plus démarqués en 2015 sont ceux qui ont profité d’un affinage en fût. Mention spéciale pour l’incroyable Baltique Porter Single Barrel 1978. Un chef d’œuvre.

Que dire de plus?

Qualité

Soulignons-le, la qualité globale des bières est en réelle augmentation. Il y a donc une volonté de l’industrie d’offrir des produits de qualité. Je reste persuadé que l’augmentation graduelle des connaissances du public aide à la qualité générale des bières. Mais plusieurs brasseries n’hésitent pas encore à sortir des produits clairement infectés ou ayant un problème majeur en toute connaissance de cause; il faut que ça cesse.

Je rappelle d’ailleurs l’initiative de l’AMBQ (Association des Micro Brasseurs du Québec) et son programme Qualité-Microbrasserie. Un programme de validation des processus de brassage et sanitaires dans l’environnement de production. Il devrait être implanté en 2016. C’est donc une initiative à suivre qui risque de soulever quelques excellents débats dans l’industrie d’ici quelques semaines.

Lois sur l’alcool

2015 nous a également apporté un projet de loi déposé par le ministre des Finances, le projet de loi public 88 « Loi sur le développement de l’industrie des boissons alcooliques artisanales ». Alors que les brasseries artisanales risquent de pouvoir vendre directement des grogneurs aux consommateurs, les distillateurs artisanaux sont les grands perdants de cette loi.

N’importe quel lecteur qui connaît un peu le marché des alcools au Québec aura très bien compris que la SAQ a réussi à sauver les meubles. La vente de produits distillés restera sous son aile, même si c’est freiner une superbe occasion de développement touristique à travers la province. Les vins des producteurs artisanaux qui se retrouveront sur les tablettes des détaillants ne pourront pas y indiquer le cépage, une particularité déjà en place pour les vins importés et qui souligne, quand même, le ridicule de la chose.

Encore une fois, on passe à côté d’une réelle opportunité de changement, ce changement que de nombreux États ou provinces ont déjà compris.

Et 2016 alors?

Une année charnière dans le développement de la bière au Québec. Plusieurs indices me laissent croire à  des enjeux qui viendront consolider le marché mais également fragiliser certains joueurs. La concurrence est de plus en plus présente car l’offre est légèrement en avance par rapport à la demande actuelle.

On y verra également des modifications aux lois fiscales pour mieux identifier les différentes catégories des joueurs dans l’industrie. Je suis également convaincu qu’il y a aura de plus en plus une diminution des impacts des ententes commerciales entre brasseries et chaînes, par exemple. La tendance actuelle démontre que la bière ne se détaille plus par brasserie mais par « catégorie », les ententes sont obsolètes dans ce cas-ci.

L’arrivée de nouveaux entrepreneurs sera encore d’actualité en 2016; on parle de plus d’une trentaine de projets actuellement en attente d’un permis de brassage. Est-ce que le Québec est prêt à les accueillir? Oui, à la condition que le projet soit celui d’une brasserie artisanale.

Du côté des détaillants, les initiatives de développement des ventes au détail des bières de microbrasseries, à l’image d’Ultramar en 2015, seront de plus en plus nombreuses. N’y voyez pas forcément uniquement la volonté des chaînes d’essayer de récupérer des parts de marché, mais plutôt également celles des brasseries de diversifier son portefeuille client. 2016 sera une année charnière en ce sens.

Et la bière bien sûr… De nombreux artisans cogitent actuellement de nouvelles recettes, de nouvelles idées et des collaborations. 2016 sera encore très gourmande et riche en produits. Du côté de Bières et Plaisirs, nous fêteront notre 10ème anniversaire, une année qui sera donc remplie d’événements, de surprises, de concours et de voyages. À suivre.

Une excellente année 2016.