Danny Chabot

Témoin d’un monde en effervescence depuis 25 ans

Danny Chabot
Photo Valerie R. Carbonneau

Danny Chabot était aux premières loges au milieu des années 1990 lorsque les premières microbrasseries voyaient le jour. Rencontré l’automne dernier dans son célèbre dépanneur de Cap-Rouge, il nous partage joyeusement des anecdotes qui s’entassent nombreuses dans sa boite à souvenirs.

La fois par exemple où s’est déroulé un défilé de mode dans ce si petit espace de 1300 pieds carrés… Celle où pour animer leurs populaires dégustations au tournant du millénaire, ses employés et lui avaient construit une scène avec des caisses de bières pour accueillir un groupe de musique venu donner une prestation… ces dégustations de bières d’ailleurs qui attiraient des foules impressionnantes de curieux goûteurs dans le périmètre circonscrit du Dep de la Rive, où il se vend encore à ce jour le plus de bières… attention… au Canada! « Ce n’est pas moi qui le dit, les chiffres viennent de Molson, Labatt, Sleeman et Boréale », de confirmer Danny Chabot, tout sourire. Au chapitre des fiertés également, le propriétaire et patron passionné confie qu’en 32 ans, il n’a jamais congédié un seul employé!

Danny a beau travailler sept jours sur sept dans ce qui est vite devenu une véritable institution de la bière, il assure ne pas parler de bière à la maison. C’est sa conjointe qui doit être contente, elle qui n’en consomme pas… D’ailleurs, c’est pendant le temps des Fêtes que sa « vie de fou » est à son point culminant, confie le commerçant qui se lève aux petites heures de la nuit pour arriver aux aurores dans ce qu’on a parfois envie de renommer : sa première maison.

« J’adore le monde de la bière, c’est incroyable l’explosion qui est survenue au cours des 20 dernières années », explique celui qui avoue en avoir gouté pas loin de 5000 à l’heure actuelle. Bien que les Européens soient reconnus pour brasser les meilleures au monde, pour Danny Chabot les meilleures bières se font désormais au Québec. « Les Duvel, les Westmalle, c’était grandiose à une époque où la bière n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui au Québec. Je n’irais pas jusqu’à dire que ces bières sont dorénavant ordinaires, mais je dirais que nos goûts ont nettement évolué, ce qui explique aussi qu’on sait faire de bonnes choses. »

La meilleure bière pour lui demeure « celle qu’on prend en bonne compagnie ». Les favorites de son répertoire? Il affirme sans détour être en adoration avec la quasi-entièreté des produits du Trou du Dia-ble, sa micro préférée, qui arrive pas mal ex aequo avec Dieu du Ciel!. « Sinon, je capote sur la Barley Wine du Trèfle Noir et il y a Pit Caribou aussi qui m’impressionne beaucoup depuis quelques années. Je compterais aussi Farnham parmi mes plus récentes belles découvertes. »

Le Dep de la Rive, qui a d’ailleurs pour slogan « bien plus qu’un simple dépanneur », fête ses 25 ans en affaires cette année. En plus de sa réputation qui retentit largement à l’extérieur de la Capitale nationale, son inventaire d’un quart de million – le plus grand au Canada, rappelons-le – en fait aussi foi. La liste des gens envers qui l’homme d’affaires dévoué est fort reconnaissant pour son succès est certes trop longue pour l’énumérer ici. Ils sauront se reconnaitre, car l’être charitable qu’il est ne rate pas une occasion pour partager.

Persévérer et surtout, bien s’entourer

Si les affaires vont bien aujourd’hui, le parcours du marchand de bières a connu son lot de rebondissements, comprend-on quand on l’écoute raconter ses séances de négos pour finalement persuader et convaincre les vendeurs d’accepter ses commandes audacieuses et les paiements qui viendront avec, mais à retardement. Et que dire des périodes plus sombres, vers 1996 notamment, quand les grands de l’alimentation se sont mis à vendre plusieurs sortes de bière à des prix impossibles à accoter pour les petits détaillants comme le Dep… Mais, Danny ne désespère toujours pas! « En vérité, ma seule compétition, c’est mon chiffre d’affaires de l’année précédente… Et ça mord depuis plus de 20 ans! »

En effet, en octobre 2015, le Dep a vu son chiffre d’affaires accroître de 100 000 $. Et depuis janvier, la caisse enregistre jusqu’à 500 $ d’augmentation par jour. « C’est exceptionnel, mais on travaille tellement fort », précise-t-il en avouant qu’il récupère l’équivalent de 1500 caisses de 24 en bouteilles vides par semaine.

« Au Dep, on ne vend pas de la bière, mais des gens. Si on est capable de vendre de la Black Label à 10 % d’alcool, on peut vendre n’importe quoi! » Parlant de service à la clientèle exceptionnel, toutes les bières vendues sont garanties; une politique propre au Dep de la Rive.

Commerçants de pères en fils depuis quatre générations

Pour Danny, la relève est déjà assurée tandis que ses deux fils trempent dans la bière depuis l’adolescence. Précédés par leur père, leur grand-père et même leur arrière-grand-père, Philippe et Keven oeuvrent tous deux de près et de plus près dans l’industrie de la bière. « On avait un deal : ils ne travaillaient pas durant l’année scolaire, mais l’été disons qu’ils n’avaient pas le temps de chômer avec toutes les heures qu’ils donnaient au Dep. » Aujourd’hui, pendant que Philippe est fidèle au poste sept soirs par semaine, l’aîné Keven poursuit des études à la maitrise en microbiologie sur les levures et prévoit transiger vers le doctorat dans le but éventuel d’enseigner.

Cette relève est d’une importance absolue pour le paternel qui désire exaucer son rêve et rester ouvert encore 40 ans. La génétique est de son bord en tout cas, car à l’aube de ses 80 ans, son propre père n’a toujours pas lancé la serviette et n’envisage pas la retraite pour demain! Enfin, avec un bail en main signé pour du long terme, l’institution est là pour rester!