Conditionné au cask

Première partie

Service en cask au MacLeod'

À l’extérieur des États-Unis, spécialement depuis quelques années, c’est maintenant devenu possible de trouver sur son chemin une potable, voire édifiante Pale Ale américainement audacieuse. Bien sûr, plus facilement à Londres qu’à Bamberg et certainement plus facilement à Montréal qu’à La Havane.

C’est devenu, grâce à la vague Californienne des années 90, une délicieuse possibilité qui ne se limite plus qu’à l’Occident. Mais qu’en est-il du tsunami de la Mild, du raz-de-marée de la Bitter ou du glissement de terrain provoqué par une Pale Ale Anglaise noble, mâchable et florale laissée sur le coin du bar à température pièce? Trop souvent, une vaine tentative, un tout petit vent à peine perceptible. Et chaque fois que la brise vient à mes narines, je suis craintif, me mets en boule et attends patiemment le parfum d’une résine de pin bien collante pour me rassurer.

Mais en cette journée d’avril bien spéciale, le feu d’artifice anglais s’est manifesté bruyamment et m’a fait oublier, avec panache, ma position géographique. Le premier pétard a sauté au Hollingshead Deli, lieu culte dans Orange County, qui rassemble les qualités du Roi du smoked meat, du Craft Beer Cellar et de votre dive bar préféré. Quel était ce pétard? Beachwood Brewing Control-Malt-Delete, une toute petite Mild de 3,4 % avec traitement azote. Michael, au volant de la pompe, avait ce sourire fier au moment de servir et j’ai assez vite compris pourquoi. Chocolat noir finement aiguisé à l’eau d’érable et une texture à pleurer. Un chef-d’œuvre avec un culot impérial.

Le deuxième pétard m’a éclaté en pleine gueule à Barbara’s at the Brewery, une carte cachée derrière un chemin de fer, le long de la I-5, au cœur de Los Angeles. Le Mile-End de Montréal est, sans équivoque, un petit cousin de ce quartier industriel branché et velu. La liste de fûts est aussi formidable que l’ambiance, ce n’est assurément pas la dernière fois que je vais mettre les pieds ici. Une entrée sur le tableau m’intrigue particulièrement : Noble Ale Works Wrong Side of the Road – Nitro Pale Ale… à 3,9 %!? Est-ce mon jour de chance!? Leur ESB avait eu beaucoup de succès auprès de mon palais quelques mois auparavant, tout pour être optimiste. Dès les premières émanations céréalières, ce fût assez facile de constater que ce pétard n’était pas mouillé. Directement sur la cible… un peu comme lors des tournois de dards chez Macleod Ale Brewing Company.

Le troisième pétard? Abandonner tout projet et partir à la quête du liquide vertueux et embrasser, sans retenue, ses nombreux visages. Direction Van Nuys, duc de la mécanique automobile.

Macleod Ale Brewing Company

C’est avec le cœur rôti et la pinte pleine que le moment est venu de révéler l’identité de mon repère secret. Un nid douillet parmi les garages huileux, Macleod Ale Brewing est composé entièrement de « je ne sais quoi », ce qui fait qu’au final, on sait exactement pourquoi on est là. Le genre d’endroit où on va plusieurs fois ou pas du tout. Dans mon cas, même le souvent n’est pas suffisant. Ici, on laisse notre geekitude à la porte, on contourne Rosie, la jeune truie distinguée qui s’affaire sur les écailles d’arachides et on choisit lequel des quatre cask sonnera le glas de notre abstinence. Les bières ici sont servies soit à l’azote ou une combinaison azote/CO2 en plus du traitement cask où la bière y est suffisamment refermentée pour obtenir la texture désirée, mais surtout désirable. Le personnel ne sait pas comment servir les élixirs autrement qu’à la bonne température, soyeusement et avec une mousse riche et dense.

Dans le meilleur des mondes, la gravité transporte The Session Gap jusqu’à ma pinte initiale. Cette Ordinary Bitter à 3,5 % d’alcool n’a rien d’ordinaire avec ses oranges confites, ses malts badigeonnants et sa floralité adéquatement épicée. Pour l’épisode suivant, The Little Spree Yorkshire Pale Ale et ses indiscernables 4,2 % d’alcool ferait plus que l’affaire. C’est elle qui m’a ouvert les yeux la première fois. Golden Promise et houblons anglais en pleins ébats. Pas parce que ça prend un plan précis mais la troisième pinte devrait être la Lost in London, spécialement si elle sied dans un cask. Ce Porter à l’avoine est l’un des liquides les plus accomplis et impressionnants à avoir croisé mon chemin dans les dernières années. La noix de coco, le chocolat au lait et une fine torréfaction ruissellent sur une buvabilité qui terrasse. Après cette troisième pinte, vous ferez partie de ceux qui reviendront. Pour la quatrième pinte? Faites comme la troisième, on sait jamais quand l’occasion se représentera. Parmi les autres possibilités se retrouvent Jackie Tar Brown Stout (3,8 %), The Groat Scotch Ale (8,3 %), Deal With The Devil IPA (6,8 %), The Blunder Amber (4,7 %) ou à peu près n’importe quoi qui se trouve sur votre chemin.

Le plan B déguisé en A

Écrire cet article donne excessivement soif. Je veux dire, encore plus soif que le simple fait d’habiter à San Diego, ce qui n’est pas peu dire. Mais il n’y a pas juste la Californie. Il y a aussi les vols direct à rabais et je crois que ce que je viens de voir va m’aider à sauter une visite chez Rosie et son groin humide. C’est le temps de revisiter une découverte qu’on avait faite en décembre 2014. Ce plan B déguisé en A. Denver, j’espère que ta montagne ne sera pas trop bleue.