Hill Farmstead Brewery

Quand héritage familial et rêve américain ne font qu’un

Hill Farmstead
À gauche, Shaun Hill, brasseur et fondateur de Hill Farmstead, en compagnie de Gabe Fletcher, de Anchorage Brewing Company située en Alaska. Sur la photo de droite, Phil Young, bras droit de Shawn Hill, se charge principalement de la gestion des ventes.

Non loin de la frontière entre le Québec et le Vermont, plus précisément à North Greensboro, sise l’une des plus réputées brasseries du monde. Saisons notoires, IPA d’exception, et plusieurs autres incontournables y sont brassés sur une terre familiale un peu au milieu de nulle part. Un arrêt sur la route à planifier pour tout amateur de bières qui séjourne chez nos voisins du sud.

Sur papier, le plan de match de Hill Farmstead en ferait grimacer plus d’un; opérer une microbrasserie dans un coin des plus reculés du Vermont, refuser d’embouteiller une bonne partie de ses bières dans le but d’assurer leur fraîcheur et remplacer le traditionnel pub ou salon de dégustation de la brasserie par un comptoir de service pour y remplir ses propres bouteilles préalablement achetées. Étonnamment ou pas, la formule fonctionne et plutôt bien à part ça!

Ce succès est notamment rendu possible grâce aux Vermontois qui adorent les initiatives locales, qui encouragent les producteurs de leurs patelins, et surtout, qui n’hésitent pas à se déplacer pour boire de la bonne bière. D’ailleurs, à cet égard, Hill Farmstead a maintes fois été reconnue comme étant la meilleure brasserie au monde. Rien de moins.

Retour aux sources

« Shaun a commencé à brasser pour un projet dans le cadre d’un cours de science à l’école secondaire. Après le collège, il a travaillé à The Shed à Stowe où il passait la majorité de son temps à nettoyer des fûts dans la brasserie jusqu’au jour où il est devenu le brasseur en chef de la place. Il a commencé à y développer ses propres recettes », raconte Phil Young, ami et fidèle acolyte de Shaun à la brasserie.

« Shaun a par la suite brassé à Trout River Brewing avant de quitter pour le Danemark chez une brasserie qui cherchait spécifiquement un brasseur américain. Il a ainsi brassé à Fanø Bryghus et Nørrebro Bryghus où on lui laissait beaucoup de liberté, ce qui lui a permis de peaufiner son style et de développer les goûts qu’il souhaitait créer dans ses recettes. Certaines recettes développées là-bas sont d’ailleurs devenues les bases de quelques bières de Hill Farmstead », poursuit Phil.

« Il aimait vraiment ce qu’il faisait au Danemark, mais depuis le tout début, Shaun souhaitait revenir pour démarrer sa propre brasserie », indique-t-il.

Pour le brasseur, il n’y avait aucun doute, il était destiné à revenir sur la terre familiale afin d’y vivre, mais de réaliser un projet viable en ce lieu lui semblait difficilement envisageable.

La brasserie a finalement ouvert ses portes en mai 2010, reprenant le logo de la taverne du quadrisaïeul (arrière-arrière-arrière-grand-père) jadis située dans les environs. « Au départ, il s’attendait à vendre ses bières aux bars des environs et ne croyait pas que des gens se déplaceraient pour venir y remplir des cruchons », avance Phil.

Aujourd’hui, la presque totalité de la production est vendue par la brasserie à l’exception de quelques bouteilles qui se retrouvent ici et là dans quelques magasins spécialisés du Vermont. La brasserie apprécie particulièrement de pouvoir facilement contrôler la fraicheur de ses produits, mais également de rencontrer la grande majorité de ses consommateurs en personne.

Shaun Hill a toujours brassé les bières qu’il aime boire et il se considère simplement chanceux que ses goûts correspondent à ceux des amateurs de bières artisanales du Vermont… et de ceux du reste de la planète.

Bières d’exception

Parmi les meilleures offrandes de la brasserie, on retrouve des styles classiques interprétés à l’américaine exactement comme il se doit. Porter, Pale Ale au dry hop légendaire, IPA sublimes à la vermontoise, des Saisons parmi les meilleures offertes au pays, etc.

Les bières portent d’ailleurs les noms d’ancêtres de la famille Hill et reflètent leurs différentes personnalités ou représentent la bière que le brasseur aurait aimé partager avec eux. Une autre façon pour lui de perpétuer la mémoire de ses ancêtres et de pousser le concept de ferme familiale un peu plus loin.

Sur place, l’expérience est également dépaysante pour l’amateur de bière québécois, à commencer par l’emplacement, loin de la ville et des masses. Cela n’empêche toutefois pas qu’il y ait foule à l’occasion.

À l’intérieur du pavillon d’accueil, les employés, pour la plupart des amis et membres de la famille, remplissent sans relâche les bouteilles à l’effigie de la brasserie derrière un grand comptoir de service. Si ce n’était de la bière et de la vue sur l’immense salle de brassage, on se croirait dans une quincaillerie ou un centre de distribution. D’ailleurs, devant l’émerveillement et la surprise, n’oubliez pas de prendre votre numéro à l’entrée. Heureusement, on propose quelques échantillons pour soulager l’attente.

Après maintes restructurations obligées, la brasserie vermontoise se verra sans doute dans l’obligation d’agrandir de nouveau avec sa popularité sans cesse grandissante. Heureusement, elle compte beaucoup d’espace et réussit à réutiliser ses installations; la grange qui abritait initialement la brasserie à ses débuts sert aujourd’hui de boutique et contient un petit système de brassage qui se prête bien aux expérimentations.

Si vous empruntez la route à travers le Vermont, il ne fait nul doute qu’un détour par Hill Farmstead est de mise. Vous y trouverez assurément quelques bières à votre goût et après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on peut se targuer d’avoir fait un arrêt à l’une, sinon la meilleure brasserie du monde.

Questions-réponses en rafale avec Shaun Hill

Que faisiez-vous avant de devenir brasseur?

J’étais étudiant et je gagnais un peu d’argent en peinturant des maisons.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière?

Vers l’âge de 15 ans, j’ai fait un projet sur la fermentation dans un cours de science à l’école et c’est là que tout a débuté. J’ai commencé à brasser de la bière et c’est devenu un passe-temps.

La bière dont vous êtes le plus fier?

Comme on pourrait s’y attendre, Edward, notre American Pale Ale. Quelques fois, c’est notre Pilsner Mary. Art, notre Saison vieillie en fût de vin me rend également très fier chaque fois que nous la sortons. Une Saison vieillie en fût de vin était autrefois assez unique… aujourd’hui, c’est plus commun.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

Le brassage, c’est le brassage. Je ne crois pas qu’un style soit plus plaisant qu’un autre à brasser. Cela demeure de la production.

À boire… Tout dépend de la journée! Habituellement, une American Pale Ale, quelques fois une Pils et à l’occasion une Saison vieillie en fût de vin…

Votre ingrédient préféré?

Difficile de choisir entre l’eau et la levure… Les deux sont magiques.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

Une réflexion et une redirection de notre trajectoire.