Houblonnières du québec

Comprendre la culture du houblon : que se passe-t-il au champ?

Houblonnière
Photo Julien Venne

Vous le savez peut-être, il existe dorénavant une industrie de production de houblon au Québec. Toutefois, il peut être difficile de bien cerner les enjeux qui touchent à cette filière très complexe. Pour cette raison, Bières et plaisirs m’a demandé de décortiquer la production locale de houblon sous toutes ses coutures.

Au cours de l’été, je dresserai donc dans ces pages un portrait de l’évolution de l’industrie du houblon au Québec. Je préciserai également les défis et les opportunités qui attendent nos producteurs pour les prochaines années. Toutefois, avant d’aborder ces thématiques captivantes, je vous propose une visite au cœur des houblonnières québécoises. Ce tour d’horizon vous permettra de mieux saisir les tenants et aboutissants de cette culture très particulière.

Tout d’abord, il est important de mentionner que les houblonnières sont situées dans plusieurs régions du Québec. De l’Outaouais à la Gaspésie, nous dénombrons aujourd’hui plus de trente agriculteurs qui cultivent le houblon sur une base commerciale. Certains d’entre eux cultivent quelques centaines de plants alors que d’autres en ont des dizaines de milliers au champ. Vous comprenez que les modèles d’entreprises sont multiples. Ceci dit, un élément fondamental lie tous ces projets : le houblon est une plante exigeante qui nécessite des soins très particuliers.

Un printemps très chargé

Les producteurs de houblon du Québec s’affairent au champ depuis plusieurs semaines déjà. Dès le mois d’avril, ils doivent procéder à l’entretien du système de treillis. Rappelons-le, le houblon est une plante vivace qui grimpe sur environ 6 mètres de hauteur. Un assemblage de poteaux et de câbles est donc nécessaire pour permettre la montaison des plants. L’entretien de ce treillis peut comprendre le remplacement de certaines composantes ou le serrage des câbles afin d’assurer une tension appropriée dans tout le système. Une fois cette opération terminée, les producteurs peuvent se consacrer à leurs plants. Ils doivent alors procéder au taillage afin d’entretenir les souches et les rhizomes.

En mai, les travaux à effectuer au champ se succèdent à une vitesse effrénée. Il faut par exemple installer les cordes qui serviront de tuteurs pour les plants. Puisque ces cordes sont arrachées lors de la récolte, on parle ici d’une tâche qui doit être répétée annuellement. Cette étape est laborieuse puisqu’il faut travailler en hauteur pour attacher les tuteurs au treillis. En outre, il faut du personnel au sol pour effectuer l’ancrage. « Cette tâche est probablement la plus laborieuse, car plusieurs manipulations sont nécessaires », décrit Maggy Drouin de la Houblonnière la Clé des Champs. Selon Francis Gagné de Houblon des jarrets noirs, l’opération qui suit s’avère toutefois encore plus exigeante en termes de besoin de main-d’œuvre.

Une fois les tuteurs posés, il faut palisser les plants. On doit ainsi sélectionner les tiges les plus vigoureuses et les enrouler sur les tuteurs. Les tiges excédentaires sont ensuite détruites afin que la plante puisse concentrer ses énergies sur les pousses palissées. Cette tâche se fait manuellement et nécessite un savoir-faire particulier : une mauvaise exécution pourrait réduire les rendements.

Toujours en mai, la fertilisation doit être entamée, notamment avec l’application de composts ou autres engrais de ferme. Les pratiques de fertilisation s’échelonnent ensuite sur plusieurs semaines. Ainsi, on doit s’ajuster aux besoins variables des plants, ceux-ci étant en constante évolution lors de la saison de croissance. En parallèle, le producteur doit se soucier de la condition phytosanitaire du houblon en procédant au contrôle des mauvaises herbes et des maladies. À ce sujet, notons que les défis sont nombreux. Sous les conditions climatiques du Québec, plusieurs pathogènes du houblon font la fête. Le plus important d’entre eux est sans contredit le mildiou du houblon, un organisme qui s’apparente à un champignon. Celui-ci peut diminuer les rendements en plus de détériorer la qualité des cônes récoltés. Pour pallier cette problématique, les producteurs doivent favoriser les actions préventives qui permettent de réduire l’humidité dans la houblonnière. En outre, ils doivent tailler les plants malades et procéder à l’application de produits phytosanitaires.

On se prépare pour les récoltes

En été, les agriculteurs doivent se méfier de certains ravageurs. Au Québec, les plus importants sont les tétranyques, les cicadelles et certaines espèces de lépidoptères. Pour minimiser les dommages, les agriculteurs doivent faire de la prévention, utiliser des produits phytosanitaires ou encore lutter contre ces pestes en favorisant la présence de leurs ennemis naturels. Toutes ces pratiques sont mises en place selon différents paramètres : le seuil de tolérance de la culture, les conditions climatiques à venir, le délai avant la récolte, etc. Vous comprendrez que chaque décision prise au champ fait l’objet d’une analyse approfondie!

C’est avec l’arrivée du mois d’août que l’on commence à penser aux récoltes. De la mi-août à la mi-septembre, les producteurs de houblon entrent ainsi dans une période charnière. Ils doivent cueillir les plants au champ, récolter les cônes, les sécher, les presser en ballots et les entreposer avant de les transformer. Afin d’assurer la qualité du produit, toutes ces étapes névralgiques doivent être réalisées dans les règles de l’art. Comme le mentionne Sarah Auger de la Ferme du Ruisseau Vert, toutes ces étapes font appel à des équipements spécialisés qui ne sont pas nécessairement à portée de main des petits producteurs. Ceux-ci doivent donc s’armer d’ingéniosité pour atteindre leurs objectifs. En observant le travail des producteurs québécois, on peut définitivement les qualifier d’artisans aux qualités multiples.

Un élément clé pour réussir en agriculture

Compte tenu de tous ces défis, on peut se demander pourquoi les gens se lancent dans la production de houblon. La réponse est simple : on exerce le métier d’agriculteur par passion. En outre, il faut savoir savourer le fruit de son travail. « Il n’y a rien de plus satisfaisant qu’un brasseur qui me félicite pour la qualité de mon produit », mentionne Charles Allard de la Houblonnière Lupuline. Luc Fortin du Domaine Brune Houblonde retire quant à lui un grand plaisir à faire visiter sa ferme. Les gens y découvrent des arômes exaltants et peuvent en apprendre davantage sur cette épice étonnante.

Le métier d’agriculteur et celui de brasseur ont beaucoup en commun. Dans les deux cas, il faut faire preuve d’une motivation inébranlable pour surmonter les défis et besogner pendant de longues heures. Tous deux sont exigeants sur les plans physique, technique et financier. De l’extérieur, on pourrait percevoir le quotidien des deux professions comme bucolique, voire idyllique. D’un côté, on s’imagine les agriculteurs se prélasser à l’ombre d’immenses plantes odorantes. De l’autre, on peut penser que les brasseurs s’amusent uniquement à procéder à de délicieux contrôles de la qualité… On doit toutefois comprendre que ces deux routines commandent en réalité un travail acharné, nourri par une profonde passion. En cette saison qui bat son plein, je propose donc que nous levions nos verres à la santé des producteurs et des brasseurs qui mettent leur produit en valeur!