Bonne fête Saint-Bock! Retour sur l’histoire de la brasserie

Le Saint-Bock
Photo Yan Lortie

Avec sa Bible de bières provenant de vingt pays et sa quarantaine de lignes en fût, Le Saint-Bock est un incontournable brassicole à Montréal. Et la brasserie artisanale, qui fête ses dix ans cette année, n’a pas fini de grandir.

Si vous cherchez de la bière artisanale sur la rue Saint-Denis, à Montréal, suivez la murale bleue, où deux anges veillent sur une chope de bière couronnée d’une auréole. Vous pourrez choisir parmi une sélection de 850 sortes de bouteilles importées et 44 lignes de fûts locales et importées, dont une vingtaine brassées maison. Bienvenue au Saint-Bock.

Assis à l’intérieur, une dizaine de touristes anglophones écoutent attentivement leur guide, qui leur présente quelques bières. « L’été, on a souvent des groupes organisés qui passent par ici. Ça fait partie d’un tour des microbrasseries », explique Martin Guimond, fondateur de la brasserie, qui attire autant les touristes que la population étudiante du Quartier latin.

En sirotant sa boisson gazeuse au bar, l’homme d’une quarantaine d’années raconte de long en large l’histoire de son projet, qui a connu un début rocambolesque. « Le Saint-Bock, c’est une histoire à la Cendrillon, avec un gars sans le sou, sur le bord de la faillite, dont les parents ont hypothéqué leur maison pour l’aider, illustre le verbomoteur. Mais finalement, tout fonctionne tout le temps. »

Tout semble fonctionner si bien tout le temps, que le propriétaire envisage de passer dans la cour industrielle, quelque part en 2017. Et peut-être même une petite sœur pour 2018.

Débuts précaires

Loin derrière lui le temps où Martin Guimond devait gratter ses fonds de poche pour payer les rénovations du local de 150 places assises. Car si la brasserie a connu un succès dès son ouverture, l’homme derrière a galéré pendant six mois avant, et plusieurs années après. Et le Saint-Bock a bien failli ne jamais voir le jour, faute de fonds.

Sur un projet de plus de 450 000 $, il a dû s’endetter de quelque 100 000 $ pour le mener à terme. « Je n’avais pas une cenne pour payer les rénos. Je vivais dans le local, je travaillais vingt heures par jour et je dormais sur le plancher avec une couverture de peinture sale et des oreillers en sac Zellers. »

C’est en grande partie de ses mains qu’il a remis à neuf l’ancienne boutique de vélo, avec l’aide de Dominic Charbonneau, qu’il décrit comme une « personne clé ». Ce dernier a été le premier brasseur du Saint-Bock, jusqu’en janvier 2011. « Je l’ai croisé au Mondial de la bière en juin 2006, et je lui ai parlé de mon projet. Il a tout de suite voulu embarquer », raconte Martin Guimond.

Le vendredi 13 octobre de la même année, le Saint-Bock ouvre ses portes au public, avec vingt lignes de bières invitées. Six mois plus tard, une quinzaine de bouteilles font leur entrée sur le menu. Et environ un an après l’ouverture, Dominic Charbonneau produit les premières bières, dans la salle de brassage vitrée située au fond du local.

Il fabrique d’ailleurs encore ses créations pour la brasserie artisanale, cette fois sous-licence dans les cuves des Brasseurs du Monde, où il est maintenant brasseur en chef.

Comme lui, d’autres acteurs de la scène brassicole québécoise ont passé par Le Saint-Bock avant de voler de leurs propres ailes. On pense notamment au cofondateur de la brasserie artisanale Boswell, Philippe St-Cyr, qui, jusqu’à l’été dernier, était brasseur en chef. Le cofondateur de l’Isle de Garde, Michaël Ruel, a quant à lui été gérant au Saint-Bock.

Préliminaires

Comme la grande majorité des adeptes, Martin Guimond, natif de Saint-Jean-sur-Richelieu, a découvert la bière artisanale au début de sa vingtaine. C’était l’été 1997, et le monde de la microbrasserie en était encore à ses balbutiements.

Il venait de déménager à Montréal avec un colocataire, qui lui, était un passionné de bière. « Chaque fois que j’ouvrais le frigo à l’appart, il y avait des bières bizarres, comme le Scotch Ale McEwan’s », se souvient celui qui buvait alors de la Black Label et de la Molson Dry. C’est au mythique Pub Le Saint-Élisabeth qu’il découvre la bière anglaise Boddington. Il venait de faire son intrusion dans le monde de la bière de microbrasserie. Et c’est à ce moment qu’il renonce aux grands joueurs pour les petits.

Alors qu’il quitte sept ans plus tard son poste comme attaché de presse pour Hydro-Québec, il réalise un plan d’affaires pour un projet qui, à l’époque, n’existait pas. « J’ai fait le tour du Québec, mais je ne trouvais pas ce que je voulais : un brouepub-resto-bar à bières importées. »

Mais son projet devra attendre encore trois ans, car il décide d’accepter un poste en communication marketing à la Ville de Québec. C’est aussi pendant ce temps qu’il commence à brasser maison et à s’intéresser aux techniques de brassage. « Je préparais mon après contrat, qui terminait en avril 2006. »

Aujourd’hui, c’est le dixième anniversaire de la brasserie que Martin Guimond et son équipe, d’une cinquantaine d’employés, préparent. Et ils promettent des bières rares, ainsi que beaucoup de surprises lors de l’événement, qui aura lieu le 24 septembre.