Une Session d’après-midi avec Thierry Gautrin

Thierry Gautrin - Personnalités

Thierry Gautrin
Photo Valerie R. Carbonneau

Thierry Gautrin a le nez enfoui un peu partout. Et il aime le monde, ça se sent dès les premières minutes de notre rencontre… Avant même d’apprendre qu’il partage sa vie à la maison avec sa femme et quatre enfants. Grand curieux de nature aux champs d’intérêt assez larges, il aime jaser. Tellement qu’en cours de route, l’entrevue bifurque et on se met simplement à discuter de tout et de rien devant deux désaltérantes Session IPA… Car, des questions, il en a lui aussi beaucoup à poser!

À l’âge où il buvait déjà de la bière comme beaucoup de jeunes adultes, l’ingénieur mécanique décrochait un premier contrat chez Labatt tout juste après l’obtention de son diplôme. Son mandat : trouver un moyen de déjouer le bogue de l’an 2000, si l’apocalypse survient. Le jeune génie – dans le sens d’ingénieur – était responsable d’informatiser tous les processus, soit de les écrire et ainsi trouver un plan de contingence pour remédier au fameux “bogue”. Après, il ne lui restait qu’à aller angoisser chez lui en attendant que ça passe! « Le soir du jour de l’an 2000, je croisais les doigts vraiment fort pour qu’on ne me téléphone pas… » Inutile de préciser qu’il n’a pas reçu d’appel.

Son aventure chez Labatt s’est poursuivie tandis qu’on l’embauchait peu de temps après à titre de contremaitre des concierges; pendant tout son parcours au sein de la brasserie, il est passé par le magasin central et la maintenance, a touché à l’ensemble de la ligne de production, a conduit les camions de livraison, même qu’il a brassé pas mal tout le portefeuille de bières que détenait le géant à l’époque à divers endroits dans le monde, et ce, grâce à un programme de maitrise qu’on lui a payé à Birmingham. Bref, c’est vers 2005 qu’il est revenu au Québec et qu’il se fit offrir un poste comme directeur d’usine chez Boréale. D’ailleurs, il est fier de partager qu’il était de la dernière extension qu’a subie la brasserie avant qu’ils produisent des canettes, et que ce projet s’est mérité une distinction en 2009 en matière d’efficacité énergétique en remportant le prix du grand lauréat du concours Excellence Mieux Consommer d’Hydro-Québec.

Le jeune professionnel est passé de personne vraiment impliquée à développer des recettes pour développer de la bière à maître dans l’art pour aider les autres à se partir en affaires. Et sa clientèle est issue à 80 % de l’industrie brassicole.

Fonder sa firme pour aider son prochain

Avec son chapeau de consultant, sous la bannière Rousseau-Gautrin, Thierry Gautrin a l’habitude de conseiller et suivre de près les microbrasseries dans leur développement et leur expansion et prend plaisir à partager ses observations et sa façon d’opérer. « Le domaine est toujours en effervescence et a connu une extrême croissance avec la naissance de nombreuses micros très intéressantes offrant des produits incroyables… Seulement, le problème sera de gérer cette croissance du portefeuille de produit et d’offre versus le choix du consommateur et de l’espace tablette. Un bon plan d’affaires, un bon système qualité, des investissements calculés et un bon plan de match sur trois à cinq ans est et important, voire primordial. Mes clients qui réussissent le mieux regardent et planifient avec nous leur besoin en augmentation de capacité de production sur trois ans minimum. Et on cible les plans d’investissements… pas trop de place pour l’improvisation donc… »

D’ici les trois à cinq prochaines années, Thierry Gautrin voit dans sa boule de cristal une harmonisation des brouepubs, des microbrasseries et de la distribution. « Sur le plan de la production, certains devront gérer des hausses de croissance de volume, d’où l’importance lorsque je débute un mandat de consultation d’établir un plan de match d’investissement en fonction du plan d’affaires », réitère-t-il. Pour lui, une chose est claire : le portrait de l’industrie va changer. « Les grandes brasseries voudront acquérir d’autres brasseries plus petites, tandis que certaines microbrasseries auront de la difficulté à suivre le rythme, ça se voit déjà en fait. Je crains une épuration du milieu, alors que ceux qui auront réussi à se démarquer auront le champ libre. »

Point de vue recettes, bien qu’il ne soit pas aux commandes d’une microbrasserie, Thierry Gautrin croit au développement brassicole avec les ingrédients du terroir. D’ailleurs, le jeune entrepreneur est également investisseur dans une microdistillerie d’absinthe située dans les Cantons-de-l’Est et dont il vante sans hésiter la matière première qui pousse ici même, dans nos champs québécois.

« Le principe de MacAllen, à Rawdon, soit de la ferme à la bière, me plaît bien », ajoute celui qui se considère pourtant comme un homme de terrain. Il ne faudrait pas se surprendre si un jour il laisse tomber la consultation pour mettre les mains à la terre… « Chimie, physique, génie, microbiologie… La bière est rassemblée autour d’un éventail de sciences qui me font tripper bien raide! »

Former la jeunesse… brassicole!

Les besoins en formation dans le milieu sont énormes et celui qui travaille depuis deux ans à monter un concept d’institution brassicole est bien placé pour en parler. En effet, ses partenaires et lui préparent actuellement la deuxième phase d’un programme de formation qu’ils ont mis sur pied en fondant l’Industrie Brassicole du Québec (IBQ). « La demande est bonne et on est largement sollicités », précise-t-il, agréablement surpris de recevoir non seulement des appels de France et de Belgique, mais même depuis l’Afrique!

Affiliée à l’École de technologie supérieure (ÉTS), l’IBQ consiste en une approche 1/3 théorique et 2/3 pratique. Un programme de cours monté expressément pour les besoins du milieu, explique dans ses mots l’ancien directeur d’usine aux Brasseurs du Nord. « À l’époque, j’aurais bien aimé avoir accès à ce type de programme pour former mes employés! », termine-t-il.