La Nébuleuse qui monte, qui monte…

Nébuleuse
De gauche à droite : Nicolas, Serial Brasseur, Jeremy, Endoctrineur en Chef, Alexis, Agitateur Survitaminé, Arthur, Capitaine du Zeppelin, Romain, Bienti c Cere- visiae, Francesco, Baron Tavernier, Benjamin, Caporal de Production et Kouros, maître-fermenteur). Photo Benjamin Maillefer

Renens. Banlieue nord-ouest de Lausanne. Un cube de verre, de tôle ondulée vert sapin et de poutrelles métalliques grenat, qui a longtemps abrité les IRL, Imprimeries réunies de Lausanne. C’est maintenant un incubateur d’entreprises, entre autres dans la biotechnologie, avec le joliment nommé Hackuarium. À l’une des portes, un petit panneau frappé d’un dirigeable et des mots « La Nébuleuse ». Nous y voilà. La Nébuleuse est, à mon humble avis, la microbrasserie à garder à l’œil en Suisse… mais pourquoi donc ?

Le plus impressionnant, en fait, c’est sa croissance rapide. Dans un contexte suisse où les microbrasseries, dans leur écrasante majorité, ne cherchent pas à s’agrandir, ou du moins pas rapidement, la Nébuleuse fait un peu tache. D’un premier brassin début 2014 à plus de 3000 hl produits en 2015, la trajectoire est impressionante. On pourrait penser avoir affaire à une bande de jeunes encravatés arrivistes partis pour la gloire et motivés par le seul tiroir-caisse… et ce serait se tromper lourdement.

Partage du travail

Cette croissance, on la doit surtout à une répartition claire des rôles. Des trois cofondateurs, l’intarissable Kouros Ghavami, « maître-fermenteur », pilote le côté brassage pendant que Jeremy Pernet, Lausannois pur jus et « endoctrineur en chef », se consacre au côté commercial. Le troisième larron, par qui tout a commencé, Arthur Viaud, étant quant à lui le « capitaine du Zeppelin », assume la direction du tout. Une situation fort différente, donc, de l’entrepreneur démarrant en solo et contraint de jongler sur tous les tableaux, qui reste fortement majoritaire dans la région. Ce d’autant plus que le trio fondateur s’est bien agrandi depuis.

Pourtant, et on s’en rend très vite compte en discutant le bout de gras avec eux, malgré cette croissance rapide, la priorité reste clairement de produire de la bière de caractère. Derrière leurs étiquettes au graphisme soigné, les bières régulières, dites annuelles, sont de très bon niveau : Weizen (Überweisse), Porter (Malt Capone), Steam Beer (Stirling), IPA (Embuscade) et une spéciale belge (Namur Express). Ayant longtemps brassé sur les installations spartiates de feue la Brasserie Buse, Kouros s’applique à tirer le maximum de l’outil de production moderne qu’il a maintenant à disposition, affinant les bières brassin après brassin, et cela se ressent positivement dans le verre.

Expérimentations

Et puis il y a les Ephémères du Zeppelin, en principe, quatre bières saisonnières destinées à n’être brassées qu’une seule fois, et dont, fort habilement, les avis de décès sont diffusés sur les réseaux sociaux. Les Ephémères sont naturellement un terrain d’essais et d’expérimentations : bière fumée (Brewstache), Pilsner doucement hérétique (Philsner), Strong Ale anglaise au pamplemousse et pomelo – avec la peau blanche, pour en tirer l’amertume – (Shaddock), ou Barley Wine de Noël aux figues (Grinch), le terrain couvert est large et la réussite généralement au rendez-vous. En cet été 2016, les deux éphémères présentes sur nos tablettes sont la Chela (No Es Corona), annoncée comme « Mexican Kölsch » et la Rijkrallpa, collaboration avec Cerveza Cumbres (à Lima, au Pérou), bière doucement acidulée inspirée des Chichas de Jora péruviennes, avec du maïs de Jora et des herbes de Cuzco.

Sortir de la zone de confort

Mais tout n’est pas que folles expérimentations et bombes gustatives. Sur demande de quelques bars locaux, la Nébuleuse a, courant 2015, introduit la Zepp, une blonde de soif distribuée uniquement en fût dans le grand Lausanne. Sa raison d’être étant de pouvoir offrir une gamme complète à quelques bars arrivant au terme de leurs contrats-brasseur avec l’une des deux multinationales brassicoles dominant le paysage suisse.

Une manière aussi de se donner de la visibilité en local auprès du grand public, pour l’attirer ensuite hors de sa zone de confort avec le reste de la gamme. En les poussant un peu, si nécessaire; l’hiver dernier, les compères ont froidement remplacé pour quelques mois l’Überweiss par une Dunkelweizen, Weizen brune livrée en lieu et place de la Weizen ambrée habituelle. Un coup de force doucement rigolard, accompagné d’une étiquette comme maladroitement corrigée au feutre, qui semble avoir passé la rampe sans trop susciter de protestations.

Bref, la Nébuleuse se profile de plus en plus clairement en Suisse romande comme une microbrasserie susceptible de toucher un public très large sans pour autant vendre son âme ni laminer le caractère de ses bières, d’une manière qui n’est pas sans rappeler certains grands noms de la microbrasserie québécoise, et c’est, il faut le dire, parfaitement réjouissant.

lanebuleuse.ch