Quand les brasseries s’impliquent…

Les bonnes causes

Rescousse

Collectes de fonds, insertion sociale, production locale… Les brasseries trouvent des moyens pour adhérer aux mouvements qui leur tiennent à cœur, et donner une place à la responsabilité sociale et environnementale. Tour d’horizon pour connaître la motivation derrière certaines d’entre elles.

La rainette faux-grillon est classée espèce menacée au Québec. Le gouvernement Trudeau a annoncé cet été l’interdiction de toute activité pouvant nuire à cette petite grenouille, dans des régions de la Montérégie. Un développement urbain a même dû être annulé, car il menaçait sa survie.

Cette espèce, vous l’avez aidée. Pour chaque bière Rescousse achetée, de la brasserie Dieu du Ciel! (DDC), 0,11 $ a été remis au programme Faune en danger de la Fondation de la faune du Québec, laquelle permet de réaliser des initiatives visant à protéger et améliorer les habitats des espèces fauniques indigènes menacées ou vulnérables au Québec. «On a toujours eu à cœur l’environnement, qui est malmené ces temps-ci, explique Stéphane Ostiguy, le directeur général de la brasserie. Le fait de s’impliquer rend publiques des causes écologiques moins connues. Et on prend conscience qu’on empiète souvent sur nos territoires sauvages.»

Le Projet Rescousse a permis d’amasser depuis 2011 près de 73000 $, et près du double depuis sa création en 1999, avec Jérôme C. Denys, fondateur de la microbrasserie Le Cheval Blanc. La rainette faux-grillon n’est pas la seule à en avoir profité. La Fondation compte 231 projets qui ont profité de cette aide financière, notamment pour le chevalier cuivré, le phoque d’eau douce et le grand pingouin.

Comme DDC, plusieurs brasseries s’impliquent pour des causes qui leur tiennent à cœur. Certaines développent des programmes d’insertion professionnelle. D’autres encouragent les producteurs locaux en ne produisant que des bières à base d’ingrédients locaux. Quand les brasseries s’impliquent, c’est la communauté et l’environnement qui en bénéficient.

«C’est intéressant de voir comment certaines entreprises vont au-delà de leurs activités régulières pour tenter d’influencer leur clientèle à une cause pertinente», note Marie-France Turcotte, professeure en responsabilité sociale et environnementale à l’Université du Québec à Montréal. La spécialiste s’intéresse notamment aux «enjeux des attentes sociales. C’est d’observer comment les entreprises répondent, ou pas, aux attentes sociales et aux pressions de mouvements sociaux et environnementaux.»

DDC répond aussi aux mouvements sociaux. La collaboration avec Projet Rescousse prenant fin cet automne, la brasserie a approché cet hiver l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). L’organisme sans but lucratif produit et diffuse des recherches afin de contrebalancer le discours économique dominant de droite.

«On ne s’attendait pas à ça, dit Philippe Hurteau, chercheur à l’institut. C’est la première fois qu’une compagnie privée veut nous financer. Et ça nous a surpris, car l’on se montre habituellement critique envers la participation privée. Mais on a trouvé l’offre intéressante et on aime leurs bières. C’est un honneur auquel on n’est pas habitué comme chercheur.»

C’est au tour de la bière Sentinelle, une Ale blonde de style Kölsch, de collecter des fonds. La brasserie versera 0,10 $ par bouteille vendue à l’IRIS.

Certifié B Corp

La Brasserie New Deal Co., qui ouvre ses portes au courant de l’automne, a adhéré au mouvement B Corp, un organisme qui promeut la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. L’initiative américaine regroupe plus de 1600 compagnies de différents secteurs, dans une quarantaine de pays, toutes certifiées B Corp.

«On a bâti nos valeurs sur la certification B Corp, une tendance lourde en entreprise», explique Daleyne Guay, le président de la brasserie. Non seulement les bières de la brasserie sont 100 % bios et locales, mais l’équipe joue le rôle de mentor auprès d’entreprises en démarrage, et a développé un programme d’achat d’actions.

La brasserie collabore également avec le SDEM SEMO Montérégie, un organisme d’insertion professionnelle des personnes handicapées. «On a refusé d’automatiser la chaine d’emballage pour donner une chance aux plus démunis, souligne M. Guay. Le plus important, c’est le volet humain. Et c’est une raison de se lever le matin.»

Beau’s All Natural, en Ontario, aussi certifié B Corp, a lancé en juillet un programme d’achat d’actions, dédié exclusivement aux employés, actuels et futurs, de la compagnie. L’objectif à long terme est que 100 % des actions appartiennent aux employés.

«Nous voulons que toutes les décisions soient prises par ceux qui travaillent pour la brasserie, au lieu d’avoir des objectifs uniquement  financiers, précise Steve Beauchesne, le cofondateur de la brasserie. Ce programme permet également aux employés de partager le succès de la compagnie, au lieu de n’avoir qu’une ou deux personnes qui s’empochent des milliards, comme c’est le cas chez les gros joueurs… à qui nous ne vendrons jamais!»

Projet Rescousse à la recherche d’une micro

Avec la fin, cet automne, de la collaboration avec la brasserie Dieu du Ciel!, les instigateurs du Projet Rescousse sont à la recherche d’une brasserie prête à entreprendre la collecte de fonds.

Le Projet Rescousse est l’initiative de deux biologistes, Alain Branchaud et Andrée Gendron, qui ont eu l’idée de développer une bière pour les espèces en périls. «Je produisais un document sur le chevalier cuivré, le seul poisson que l’on trouve uniquement au Québec, et qui est en péril, quand l’idée m’est venue, raconte M. Branchaud. On a approché plusieurs microbrasseries, et c’est Jérôme C. Denys, de la microbrasserie Le Cheval Blanc, qui a embarqué.»

La première version de la bière Rescousse, une rousse de blé sur lie, est lancée en décembre 1998. Une partie des fonds sont versés au programme Faune en danger de la Fondation de la faune du Québec. Le dossier a été transféré quelques mois plus tard aux Brasseurs RJ, alors nouveaux acquéreurs de la petite microbrasserie. Sous cette bannière, une deuxième version de la bière est créée, une lager noire. «C’était du bonbon, s’exclame le scientifique. Ce qui était intéressant, c’est qu’on pouvait faire connaître d’autres situations d’espèces en périls.»

Pour plus de renseignements sur le Projet Rescousse : rescousse.org