Hazed and Confused  (première partie)

west coast

Si vous lisez cet article, il est probable que vous ayez été frappés de plein fouet par la vague houblonnée de la côte Ouest à un moment dans votre vie. Certains dès la première écume et d’autres, une fois coincés par une marée insurmontable. Comme à chaque fois, le tsunami finit par se retirer. Disons qu’à l’inverse de la catastrophe naturelle, l’état des lieux cette fois-ci est positivement impressionnant.

Presque partout sur le continent et dans plusieurs régions du monde, c’est possible de se faire verser une pinte fraîche de Pale Ale collante, étincelante et sèche. Depuis que Fritz a utilisé le nouvellement développé houblon Cascade de l’Oregon dans sa Liberty Ale en 1975, les variations sur le thème se sont multipliées. Des Triples IPA aux Sour IPA en passant par les India Pale Lager. Je n’irai pas jusqu’à brandir le spectre du déclin de l’empire amérisant, mais je suis à l’aise de vous dire qu’un glissement s’opère en cette terre natale.

Depuis plusieurs mois, le terme IPA moderne ou IPA non-filtrée circule alors qu’on évite plus souvent qu’autrement de parler d’East Coast IPA. La tendance, peaufinée et maitrisée par John Kimmich, vers ce genre de Pale Ale a eu écho jusque dans le berceau et une petite révolution est en train de s’opérer le long de la côte opposée. Plusieurs brasseur(e)s y adhèrent et mettent, par la même occasion, leur brasserie sous les projecteurs. C’est ton tour IPA laiteuse, non-filtrée et moins amère de la côte Est.

Half Door Brewing

En février dernier, de façon naïvement impromptue, le premier brassin de haut calibre s’est manifesté. Cette fois-ci, pas de cachette, elle s’appelle East Coast Pale Ale. Plutôt excitant mais j’ai quand même mes réserves, ce n’est pas la première fois qu’une tentative se manifeste. Et rarement pour le mieux. Mes yeux sont braqués sur le Petco Park, qui n’est qu’à quelques dizaines de mètres de la balustrade où je suis perché, quand la pinte trouve son chemin jusqu’à moi. Pas de doute, c’est trouble et pulpeux car je ne vois soudainement plus le stade.

Ça ne s’arrête pas là, bien sûr. La salade de fruits vint rapidement à mon nez et je compris tout de suite à quoi j’avais à faire. Un richissime bol de céréales fruité à 5,4 % avec sa part de toundra résineuse. Une bière à mâcher, juste assez amère et massivement aromatique. C’est à ce moment que je me suis mis à espérer que cette tendance finisse par s’installer près de chez moi. Les bières d’Half Door étaient solides dès le départ sans être spectaculaires mais le vent venait de changer à cet instant. Depuis, je les ai plus sérieusement à l’œil. Tout récemment ils ont relâché la Buzzwords, une double IPA à 8,7 %, qui n’a que très peu d’égales, même au Vermont ou en Nouvelle-Angleterre.

Monkish Brewing

Ce qui est maintenant presque un culte, a débuté un certain 1er avril 2016 avec le supposé lancement d’une IPA collaborative, la First Thing First, avec la réputée microbrasserie de Brooklyn, Other Half. Une boîte de Torrance connue pour maîtriser le Foudres et les concoctions plus matures se lancerait dans les East Coast IPA… un 1er avril ? Faut croire que j’ai sous-estimé Henry Nguyen sur sa capacité de capitaliser sur une demande grandissante pour ce genre de variation sur un thème surexploré. Je le savais rusé, talentueux et à l’écoute de son instinct mais ce 1er avril, il m’a fait sourire. Ce lancement ne fût que le premier d’une longue série, quasi hebdomadaire, où les files d’attentes ont atteint le niveau d’inacceptabilité plutôt rapidement.

Les Canceling Cats, Days of Underoos, Water Balloon Fighters, Spock it, Supa Dupa Fly, Sticky Green & Bad Traffic et Damfino se sont succédé comme une pluie torrentielle avec les mêmes dénominateurs communs : des étiquettes avec panache et une qualité rigoureusement contrôlée. Si ce n’est pas à la hauteur, pas de lancement. C’est arrivé dans le passé et ça arrivera encore, c’est peut-être là une des plus belle facettes de leur philosophie d’entreprise. Avec Henry, vient aussi l’esprit de famille qui déborde au-delà des murs de la microbrasserie. Avec la scène locale qui cache d’autres trésors comme Phantom Carriage, il devient difficile de ne pas quitter l’autoroute lorsqu’on approche la région.

Highland Park Brewery

Si Monkish Brewing est une microbrasserie incontournable dans la région de Los Angeles, The Hermosillo, attaché à Highland Park Brewery, est assurément mon brewpub préféré. Chacune de mes incalculables visites s’est déroulée de la même façon, en repoussant le plus loin possible le moment où je dois quitter. Que ce soit pour la cuisine, l’ambiance ou la diversité des bières.

The Hermosillo rayonne différemment que la majorité. Je n’irai pas jusqu’à dire que Highland Park Brewing tricote ses Pale Ale dans l’esprit de la côte est mais le résultat est souvent sur une médiane qui leur est propre. Le meilleur exemple est la Partly Cloudy qui, comme son nom l’indique, n’est pas filtrée mais possède tout de même une amertume virile pour compenser l’immense bouquet. Pour la première cuvée, les houblons utilisés furent Nelson, Hallertau Blanc et le sud-africain J-17. Le meilleur est à venir dans leur cas.

Tiens donc. Au moment d’écrire ces lignes, nul autre que Henry Nguyen se trouve à brasser chez et avec Trillium Brewing. On dirait que le remous s’homogénéise et prend des allures d’une trouble et délicieuse accalmie.